Pilot de Thorey, p. 360-36r
L'ALLIANCE AVEC LA MAISON DE SAVOIE | El LA FUITE À GENAPPE
Mais si Louis a tant travaillé pour son Dauphiné, il ne renonça jamais à exercer une action en France ; et il se faisait renseigner sur ce qui se passait à la Cour. Il avait des espions auprès de son père, comme il en avait eu auprès de sa femme !. Il disait alors de Charles : « Le roi se gouverne aussi mal que possible, mais j'ai intention de mettre ordre en son fait. Quand je serai près de lui, je chasserai Agnès, et je le mettrai hors de toutes ses folies ; et toutes besognes iront bien mieux qu’elles ne vont?. » Le roi, disait-il encore, s'amuse à reprendre Gênes et à s'assurer la possession d’Asti, au lieu de reconquérir la Normandie. Il convient d’abattre Pierre de Brézé, quines’apercevra de rien, car on l'a fait «emboucher » par la belle Agnès. Charles ratifiera le fait accompli.
Le duc de Bourgogne est dans la combinaison; il doit prêter 100000 écus, et plus, pour exécuter ce grand dessein. Car Philippe le Bon avait fait dire à Louis qu'il ne voulait pas s'entendre avec le roi, mais bien avec lui, que le royaume Jui appartenait mieux qu'au roi, que la vraie place de Charles était dans un ermitage, comme le duc de Savoie$. Voilà ce que
1. « Habebat in domo paterna qui cuncta sibi que nosse poluissent nuntiarent » (Basin, III, p. 245). Fragment dans Duclos, IT, p. 6r.
2. Procès de Guillaume Mariette, dans les preuves de Mathieu d'Escouchy, III, p. 288. |
3. Le dieu de Savoie, comme il nommait Félix V ({bid., III, p. 286).
révéla du moins un certain Guillaume Mariette, notaire et secrétaire du roi, puis maître des requêtes de l'hôtel du dauphin, qui jouait un double jeu et finit par parler imprudemment. Arrêté à Lyon, enfermé à la Bastille, il fut décapité et écartelé à Tours pour ses « démérites ». Le dauphin avait perdu son argent. Agnès devait succomber à un mal soudain en 1450. L'année suivante commençait le procès de’ Jacques Cœur, le grand argentier qui avait financé la campagne de Normandie, accusé d'avoir empoisonné la dame. Mais il était coupable surtout, dans l'esprit du roi, d’une « conspiralion contre sa personne » : ce qui ne peut se comprendre que d’une aide pécuniaire accordée au dauphin qui n'a jamais cessé de conspirer et d’intriguer du fond de son Dauphiné. C'est assez la coutume des grands financiers de miser sur les aventures et les révolutions.
Le duc de Savoie est à la fois le portier de l'Italie et le puissant voisin du Dauphiné. Il règne sur son duché, les montagnes de”neige et les terres que baigne le grand lac de Lausanne, au bout duquel est Genève qui fournit le poisson à tout le pacifique pays. Là se tiennent les grandes foires où l’on vient d'Allemagne, d'Italie, de France et d'Espagne. Pays pauvre, mais marchand, avec ses vallées où l’on trouve foison de bœufs et de vaches, et un peu de vin. Le Savoyard régente aussi son Piémont, le pays des mules, riche et fertile, plaisant !. Qui gouverne en Dauphiné doit vivre en paix ou en guerre avec ce puissant voisin. Louis avait incliné vers la paix. Dès 1446, il avait conclu avec le duc de Savoie un traité par lequel ce dernier renonçait aux droits qu’il prétendait avoir sur le Valentinois et le Diois ? ; le duc avait reçu de lui la somme de 54 000 écus d'or* et lui avait remis les titres de la
1. Héraut Rerry, le Livre de la description des pays, P 53, 54, 57. 2. Pilot de Thorey, 1, p. 68. :