‹ Louis XI. Tome premier: Le dauphinChapitre 103 sur 129 · Pilot de Thorey, p · texte numérisé non relu

Pilot de Thorey, p

2. Ibid., p. 256. | 3. Ms. de Genève 154 (cité par Beaucourt, v. p. 135).

La fille de Savoie, que Louis conivoite, s'appelle Charlotte. Le dauphin est surtout préoccupé d’une dot qu'il fait connaître : 4oo 000 écus soldés immédiatement. Si l'argent manquait, en attendant le payement intégral, remise entre ses mains du comté de Nice avec toutes ses dépendances. Le duc Louis accueille favorablement ces propositions. Le Savoyard est aussi fin que le Français; il sait bien qu'il y aura à faire rabattre sur ses conditions. Il en réfère à son vieux père, Amédée VIII, qui est l’anti-pape Félix V.

En même temps que Louis envoie un ambassadeur à la cour de Savoie, il fait partir en Normandie Geoffroy Chausson, un de ses maîtres d'hôtel. Les relations entre le père et le fils demeuraient d’ailleurs, en apparence, courtoises. On se faisait des cadeaux au jour de l'an; et l’année précédente Louis avait adressé à son père ce présent, au moins étrange, un léopard. Mais le dauphin Louis aimait les fauves. Le roi prit fort mal ce grand projet d'alliance de son fils avec la Savoyarde. Mais, à sa manière, il biaise et délaie, faisant répondre qu’il ne pouvait prendre une décision au sujet du mariage avec la fille de Savoie avant l'issue de sa guerre avec l'Angleterre. Il faisait dire qu’un mariage avec la fille du duc de Buckingham lui agréerait davantage. Une troisième ambassade du dauphin Louis se rendit auprès du roi; et Geoffroy Chausson et Rogerin Blosset lui parlèrent au nom de leur maître.

Ces délégués firent au père un exposé bien curieux!. Le dauphin avait attendu jusqu'à présent pour se remarier ; mais sa condition et son âge lui faisaient une loi de ne point différer plus longtemps. Le roi, et tout le royaume, doivent désirer que Louis ait des enfants ?. Jadis, « lui estant en jeunesse », le roi l'avait marié suivant ses propres convenances

1. « C’est ce que Geffroy Chausson a dit au roy de par Monseigneur et à Messeigneurs du grant conseil... » (Bibl. Nat., ms. fr. 15 537, fol. 5 (28 novembre 1450). Ce précieux manuscrit a été analysé par Beaucourt, V. p. 137-147.

2. En tout cas, ce ne pouvait être immédiatement, vu l'âge de Charlotte.

(Louis pense à sa malheureuse union avec Marguerite d'Écosse). Aujourd’hui qu’il est en âge de savoir ce qui lui est bon et agréable, il veut prendre femme à son gré, et «ordonner d'elle et de son estat à son bon plaisir ». Il allègue la grosse dot. Le dauphin aura des facilités pour recouvrer le duché de Milan, Gênes et autres seigneuries, car le duc de Savoie l’assistera de toute sa puissance. Et, comme toujours, de dauphin Louis pleurait sur sa misère. Sa pauvreté était grande, comme chacun pouvait le voir. Le dauphin avait à tenir état de fils aîné de roi, et il ne possédait ni seigneurie, ni revenus pour s’entretenir. Louis demandait donc une autre seigneurie, celle de Guyenne, par exemple, qui n’a pas beaucoup de valeur, et que le dauphin pouvait s’employer à conquérir. Il se faisait innocent et priait son père de ne pas ajouter foi aux mauvais rapports qui avaient été colportés sur son compte. On l'avait fait chasser sans motif; on avait porté contre lui des accusations contre lesquelles il ne cesserait jamais de protester |

A son habitude, Charles, qui n’était point dupe de ces belles paroles, ne se pressa pas de répondre. Il envoya des étrennes à son fils, et aussi un de ses conseillers, Thibaud de Luçay, chargé de lui faire connaître ses intentions‘. Le roi désirait que son fils fût marié conformément « au bien et profit de Jui et du royaume ». Ce mariage avec une fille de Savoie ne lui paraissait pas répondre à ces conditions. L’enfant n’était pas d'âge nubile, et déjà la maison de France avait contracté des alliances avec celle de Savoie. Aïnsi le roi conseillait une alliance matrimoniale avec Éléonore de Portugal, ou la sœur du roi de Hongrie, unions qui présentaient, selon lui, de grands avantages. Il rejetait simplement la demande de Louis relative au duché de Guyenne. dE

Et le roi faisait dire encore qu'il n'avait point chassé son fils, qu'il l'avait autorisé à se rendre en Dauphiné d’une

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