Beaucourt, V. p
manière temporaire, pour recevoir des hommages et des aides. Or, Louis n'avait jamais manifesté aucun désir de rentrer; bien plus, il avait mécontenté le roi par son attitude envers les églises du Dauphiné. Et l’on prétendait même qu'il allait s'emparer du Comtat Venaissin qui appartenait au pape, agissant ainsi contre Dieu et l’Église. Au besoin, l'évêque de Maillezais rappellerait à Louis qu'il avait chassé les quatre conseillers que le roi avait placés près de lui lors de son départ, et que depuis il avait renvoyé plusieurs gens de sa maison sous le prétexte qu'ils faisaient savoir au roi ce qui s'y passait. | |
On s'inquiétait beaucoup, à Montils-lez-Tours, de ce qui allait arriver, Dunois plus que tout autre, car il possédait une partie du Valentinois. Il chargeait le roi d'armes du roi, Normandie, de se rendre en hâte vers Monseigneur de Savoie pour lui faire connaître la surprise que Charles éprouvait en voyant traiter ce mariage sans son FODSERMIEMERt On demandait une réponse écrite! | |
Mais le dauphin avait pris toutes ses mesures pour réaliser son projet; et le 14 février 1451, au couvent des Frères- Mineurs, à Genève, le contrat était signé. La dot de la future épouse fut enfin fixée à 200 000 écus, sur lesquels le duc de Savoie payait 15 000 écus comptant. Comme la fiancée n'avait que douze ans, en attendant la consommation du mariage, le duc de Savoie devait lui servir une pension de 5 000 écus d'or*. | | ne La cérémonie du mariage devait être célébrée à Chambéry, où résidait alors la Cour de Savoie. Le roi d'armes, Normandie, arrive dans cette ville le 8 mars; mais il est bientôt reconnu. Le dauphin lui fait demander ses lettres pour les faire parvenir au duc de Savoie : « Allez vous ébattre quatre ou cinq jours à Grenoble, et l’on vous défraiera bien. » Nor-
1. Procès-verbal de Normandic, dans Duclos, INT, p. 68. 2. Pilot de Thorey, p. 321-323. Bibl. Nat., ms. fr. 1966, fol. 297.
mandie refuse, car il a appris que la célébration du mariage devait se faire le lendemain. On l’amuse. Jean Raymon, pannetier du dauphin, qui le rencontre à l’église, lui dit : « Monseigneur le dauphin m'a chargé de vous dire de faire bonne chère et qu’on vous tiendra bien aise. » Et comme il se rendait au château, Normandie vit entrer dans la chapelle le dauphin qui portait une longue robe cramoisie fourrée d'hermine; puis la princesse Charlotte, vêtue d’une cotte ajustée avec un manteau de velours cramoisi. La cérémonie du mariage s’accomplissait!. |
Et le héraut Normandie-n’eut plus qu’à rentrer en France, porteur d’une missive du duc de Savoie pour le roi Charles£. La cérémonie des noces était accomplie avant qu'il eût reçu les lettres du roi de France, disait-il. Que le roi ne prenne pas la chose en déplaisance, mais qu'il s’en réjouisse pour le grand bien qui en pourrait résulter! Et de son côté, le prince de Piémont, frère de l’épousée, reconnaissait le dauphin Louis pour son seigneur et maître. Il promettait de l'aider contre tous, sans excepter Le roi, si celui-ci, mécontent des épousailles, voulait faire quelque dommage au dauphin. l
Voici maintenant la nouvelle dauphine qui va faire le voyage du Dauphiné et rejoindre Louis à la Côte-Saint-André, au mois d'avril 1451. Le 2 avril, la fillette entrait dans la ville de Grenoble. Et les gens du chapitre font, à ‘cette occasion, des jeux, dressent un « sépulcre » devant le portail de leur église“. Les principales villes votèrent des dons de joyeux avènement que Louis faisait toucher pour les'employer à ses affaires et à celles de la dauphine. Louis se montrait géné-
1. Procès-verbal de Normandie, rédigé par Jean de la Loëère, dans Duclos, III, p. 73.
2. Bibl. nat., ms. Du Puy 762, fol. 23; Duclos, II, p. 68-75.
3. Arch. de Turin, Negoz. con Francia, paquet IX, n° 12 (cité par Beaucourt, V, 144). |
h. Pilot de Thorey, p. 321-322 n. Ce peut être une Picta ou une mise au tombeau.