LES CHRONIQUEURS BOURGUIGNONS
Si Louis XI, ami de l’histoire *, n’a pas été bien soucieux de faire écrire la sienne *, la maison de Bourgogne a pris de plus grand soin, en entretenant ses chroniqueurs, qu'on nommuit indiciaires, de faire publier ses gestes fasdueux. Nous connaissons donc le roi Louis surtout par ses ennemis. Longtemps même les sources bourguignonnes, abondantes, célèbres, ont été les documents presque uniquement employés par les historiens. |
Dans la maison de Bourgogne, ces loyaux serviteurs, sinon bien appointés, du moins traités avec de grands égards, forment comme une famille. Chastellain est le père en doctrine d'Olivier de la Marche qui n'écrira ses
1. Voir le joli ms. de la Bibl. Nat., fr. 4943 et Léopold Delisle, le Cabinet des manuscrits, I, 79- La chronique abrégée de Pierre Choisnet (Bibl. Nal.. ms. fr. 42) a été faite pour le roi et peut-être relue par lui. Voir aussi l'édition princeps des Grandes Chroniques de France donnée par Pas- 47 Bonhomme en 1477. Cf. J. Lesellier, Guillaume Danicot.
Jean Castel, abbé de Saint-Maur, notaire et secrétaire du roi, fut rer de rédiger la chronique officielle, comme le fit Jean Chartier pour Charles VII (Bibl. Nat., Gaignières, 772). Sa chronique fut prise à Saint- Denis par ordre de Louis X1 en 1482 el on ne l’a pas retrouvée. Jean Castel apparaît dans les comptes royaux en 1463-1464, et il y a lieu de croire qu'il fut le successeur direct de Jean Chartier (Ch. Samaran, La Chronique latine de Jean Chartier, dans 0 Bibl. de l'Ecole des Charles, 1926,
Mémoires que pour l'aider ; Molinet succédera à Chastellain ; et le gentil Jean Lemaire de Belges, son parent, reprendra sa plume et son office. Tous parleront du roi Louis en partisans; mais ils n’en parleront pas avec ce dénigrement perpétuel qui caractérise Thomas Basin : tant il est vrai que nos rancunes personnelles l'emportent sur l'esprit de parti.
Nous n'avons plus que des fragments de Chastellain ’ , le grand Georges, orateur verbeux, grandiloquent, et parfois si obscur que l’on se demande ce qu’il a bien voulu dire. Mais Chastellain est un très honnête homme, s'il se montre un vrai tenant du pire goût, un artiste dans le mauvais sens du mot.
Chastellain est né dans le comité d’'Alost vers 14065. Nourri par la « main de Bourgogne », il a habité la France pendant dix ans, entre 1435 et 1445, ayant des relations fréquentes avec la cour. Chastellain a aimé le roi Charles VII, et il plaçait la France au-dessus de toutes les nations chrétiennes. Le « gros homme flamand », comme on l’appelait, a modifié à peine son sentiment à l’époque des querelles de Charles VII et de Philippe le Bon. Chastellain est de la maison du duc et il instruit Charolais, son fils. Il aime les missions, le faste, les fêtes, lout ce qui est extérieur et reluit. Mais il sait tracer aussi de magnifiques portraits, très vivants. Il a observé la maison de son maître, déploré la violence de ses passions. Chastellain a vu avec curiosité Louis venir à Genappe. Il a salué son avènement au trône de France *, protesté de sa fidélité et de son dévouement envers l'hôte de la maison de Bour-
1. Œuvres, éd. Kervyn de Lettenhove, 1863, 8 vol. in-8, avec une table malheureusement assez défectueuse. (Académie Royale de Belgique.)
2. Voir en particulier son poème : Entrée du roy Loys en nouveau règne Fes 1-35).