Ord., XIX
ho INTRODUCTION
On voit combien tout est tendancieux et légendaire chez Claude de Seyssel qui se réjouira surtout de trouver l'œuvre du roi Louis brisée par les parlementaires et les gens des États de 1484. C’est lui qui rapportera encore la tradition des pendus branchés aux arbres que développeront Walter Scott et Théodore de Banville : « Et s'il le commandoit chauldement, il avoit Tristan l’'Hermite, son prevost de mareschaulr, homme sans pitié qui l’executoit aussi promptement et n’y avoit de luy aucun appel, tellement que l’on veoil autour des lieux où le dit roy se tenoit grant nombre de gens penduz aux arbres, et les prisons et aultres maisons circumwoisines pleines de prisonniers, lesquelz on oyoit bien souvent, de jour et de nuyt, crier pour les tourmens qu'on leur faisoit, sans ceulx qu'’estoient secrettement gettez en la riviere‘... »
Et il s’agit d’un écrivain qui est presque le contemporain du roi! |
On oublie encore que c'est pour son fils que le roi Louis XI a fait rédiger par Pierre Choisnet le Livre des trois eages *, un ertrait très important des Chroniques de France, que le roi a sans doute pris la peine de relire luimême. Îl voulait que son fils sût l’histoire de ses prédécesseurs, el celle de son pays; il lui signala quels étaient les dangers perpétuels qui menaçaient le royaume : la
1. Ce Tristan, c'est le bourreau borné et cruel, le plus terrible instrument des vengeances de Louis, le compagnon de ses derniers jours au Plessis, suivant les romantiques. Or, il a dû mourir peu après 1477. C'était un justicier que le prévôt des maréchaux, un brave soldat, intelligent et instruit, serviteur du père et du fils, et dont le rôle paraît avoir été assez effacé. Basin, si acharné après Louis XI, ne le nomme même pas. (Cf. André Lanier, Recherches sur Tristan l’Hermite, dans les Positions des mémoires pour le diplôme supérieur d'histoire de la Faculté des lettres de Paris, 1897, ere la notice que j'ai publiée dans les Mélanges Lot en 1925. M. Ch. Samaran vient de montrer que ce personnage est mentionné dans les
Comptes jusqu’en 1480. (Bibl. de l'Ecole des Chartes, 1926). Ch. de Beaurepaire le suit jusqu’au 18 octobre 1483.
haine et l'envie des Anglais, les divisions intestines, les rivalités de la Bourgogne, les querelles de famille’. C’est pour l'éducation de cet enfant que Louis XI a fait rédiger par le même Pierre Choisnet, astrologien et médecin, l’admirable Rozier des guerres, où nous pouvons retrouver tant de ses maximes d'État. Cet ouvrage est devenu classique depuis l’année 1522 où il a été imprimé. Compilation de traités antérieurs, le Rozier est un ouvrage original quant à la forme; ét, sous le nom de Guidon, il sera republié au même titre que le Traité d'éducation pour les filles du chevalier de la Tour Landry, et sous son nom”. Nous en possédons une copie, parmi beaucoup de prières adaptées par Pierre Choisnet aux besoins du roi. Là ce traité est précédé d’une préface qui ne se retrouve pas ailleurs, par laquelle le roi adresse son Rozier à son fils, afin que, venu en âge de comprendre, il puisse participer à son expérience en respirant chaque jour une de ses roses*. Rien ne montre mieux la pensée du roi, sa piélé, son souci de la chose publique, la supériorité qu’il affirme de l'expérience sur tous les autres enseignements. Le Rozier des guerres est peut-être, avec la correspondance du roi, les instructions aux ambassadeurs et les préambules des ordonnances, la source la meilleure pour connaître l'âme de Louis, le grand attachement qu'il conserva à la paix. | Mais Louis XI est un homme vraiment compliqué; il s’est montré également cynique, et il a eu des mots affreux. Ce n’est pas une raison pour oublier la valeur de principes permanents et directeurs qui ont été chez lui, 1. J'ai fait une longue étude encore inédite de ces extraits d’après le ms. de la Bibl. Nat., fr. 442, après Paulin Paris. (Manuscrits francois, IV, p. 126.) 2. À de Montaiglon. Le Livre du chevalier de la Tour Landry pour l'en-
seignement de ses filles. Paris, 1854, p. zii-Lv.. — J'ai consulté le Guidon, Bibl. Nat., Rés. Y2 22. — 3. Bibl. Nat., ms. fr. 442.
comme chez la plupart des rois de France, fondés sur La moralité et l'intérêt public.