‹ Louis XI. Tome premier: Le dauphinChapitre 34 sur 129 · LE · texte numérisé non relu

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livre, avec ses illustrations romantiques. M. Mély Janin a fait représenter, avec grand succès, sur le Théâtre Français, Louis XI à Péronne. On attend une « tragédie qui nous est promise par notre plus brillant poète, Casimir Delavigne, et dans laquelle sont retracées, dit-on, avec une grande 2. toutes les terreurs qui PEAR Cent la fin de Louis XI.

Ce n'est qu'une PT historique que Victor Hugo a voulu suggérer dans son célèbre roman, Notre-Dame de Paris”. Nous ne pensons plus qu'à l'admirable poète visionnaire des pierres de Notre-Dame et du Paris vu à vol d'oiseau. Mais, sous sa première forme, avant qu'il y replaçät les digressions lyriques et archéologiques qui donnent aujourd’hui seulement leur valeur à son roman u est certain que Victor Hugo a cru faire autant œuvre d’'historien que de romancier. Victor Hugo n'a-t-il pas eu le dessein très louable «d’inspirer à lanation l’amour de l'architecture nationale “ » ? Il avait lu Du Breul*, et surtout Sauval°. Il a utilisé abondamment, interprété d'une manière pittoresque et folle les informations, les copies de comptes, les dissertations que nous a laissées cet original érudit de l’époque de Louis XIV. Les épisodes des Bohémiens, des queux ne sont qu'une interprétalion outrée des réveries ct des dissertations de l’extravagant Sauval.

1. Avis de l’éditeur Barba, 1827.— Onlit ceci dans Charles Liskenne, Hisloire de Louis XI. Paris, Guyonnet, 1830 : « le roi cruel, le seul même qu’on puisse comparer à deux ou trois monstres vomis par les guerres civiles de Rome, mais qui a rendu à la nation le plus grand service, en l’affranchissant d’une multitude de petits tyrans ». L'ouvrage est une compilation à prétentions philosophiques.

2. Commencé le 25 juillet 1830, ce roman fut terminé le 15 janvier 1831.

3. La note ajoutée à l'édition de 1832 indique qu'il he s’agit pas de chapitres nouveaux, mais de suppressions reprises.

4. « C'est là, l’auteur le déclare, un des buts principaux du livre; c'est là un des buts principaux de sa vie. » (Note de l'édition de 1832.)

5. Jacques Du Breul. Le Théâtre des antiquitez de Paris. Paris, 1612, in-4°.

6. Où il prit les noms et les fonctions de certains de ses protagonistes.

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Le héros de Victor Hugo, Gringoire, n'est qu'un nom; il ne ressemble pas du tout au vrai Gringoire, l’auteur des Moralités et des Sotties, le contemporain de Louis XII. Victor H ugo a utilisé la Chronique scandaleuse, c’est-àdire le journal parisien de Jean de Roye, et il a mis en scène le médecin Coitier, Tristan l'Hermite et Louis XI, exactement comme Walter Scott’. Le « retrait où dit ses heures M. Louis de France », c’est la Bastille où Le roi se fait lire ses comptes et montre aux ambassadeurs flamands la cage de fer (Hugo la nomme par erreur une des fillettes du roi, appellation qui convient seulement, suivant Conmynes”, aux chaînes attachées à une boule). Louis examine la cage du complice de Jean Balue, tandis que M. de Verdun pleure dans les ténèbres. Maître Olivier, le « Figaro terrible », arrache au roi malade d'innombrables bénéfices. Mais il faut bien avouer que Notre-Dame, la bonne maîtresse du roi, assiégée par les gqueux, est un épisode extravagant et enfantin qui prête à sourire. Le film aidant, il est à craindre que ces images violentes s'imposent de plus en plus à l'esprit du public. Cette friperie du Théâtre du boulevard du Crime est peu différente d’ailleurs de celle du Théâtre Français ! Elle est tout de même plus divertissante que le ronron solennel, entendu pour la première fois, le 11 février 1832, quand Casimir Delavigne y fait représenter une platitude, Louis XI, tragédie, qui passa si longtemps pour un chef-d'œuvre, et qui ne mérite que l'oubli.

Quelle allégresse Balzac montre dans ses Loc drolatiques (1837) quand il rapporte les Joyeusetez du roy Loys le unziesme ! C’est la pure tradition tourangelle, pleine de sève et de santé. Car on n'avait pas gardé à Tours

1. Mais il a dù lire le mémoire du baron de Reiffenberg qui date de 1829. — 2. II, 78.

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le souvenir d’un Plessis sinistre, mais celui du « bon compaignon aymant beaucoup à jocqueter; et hormis les interests de son estat de Roy et ceulx de la religion, il bancqueltoist très fort et donnoyt aussy bien la chasse aux linottes coëffées qu'aux conils et hault gibier royal. Aussi les grimaulds, qui en ont fait ung sournois, monstrent bien qu'ils ne l’ont pas congneu, veu qu'il estoyt bon amy, bon bricolleur, et rieur comme pas ung ». Voilà ce qui se dit longtemps à Tours où l’on se transmuit la réponse du marmiton au roi, l’histoire de l'âne qui sait le temps’. Les gens de Tours sont bonnes gens; le vin est gai; la table succulente : Louis est des leurs. Tout cela est fort plausible dans la jeunesse et l’âge mûr de Louis, si on se refère aux conversations recueillies par les ambassadeurs milanais.

Comme il lui arrive si souvent, Alexandre Dumas, dans son Charles le Téméraire, est beaucoup plus près du sentiment de l’histoire (1860). Il est si charmant, et plein d'intelligence, le bon géant que l'impécuniosité et le succès obligent à faire des lignes, à aller à la ligne!

Le Gringoire de Théodore de Banwille *, qui fut représenté pour la première fois le 23 juin 1866, et que l'on donne encore à la Comédie-l'rançaise, est un petit acte brillant, justement dédié à Victor Hugo par son fidèle. Gringoire, on l’a déjà dit à propos de Victor Hugo, n'était pas un contemporain de Louis XI. C’est Villon que Banville a pensé mettre en scène; et ce n’est rien que quelques rimes brillantes sur les pendus, dans une action assez conventionnelle, entre les comparses Olivier le Daim, le poète affamé, Loyse, la fille de Simon Fournier, le roi qui pardonne et marie au lieu de faire pendre.

1. Voir les anecdotes recucillies par L. Bossebœuf, Dir ans à Tours sous Louis XI, Tours, 1890, p. 42-45. M. Rougé a bien voulu me le confirmer. >. Gringoire, comédie en un acte en prose. Paris, M. Lévy, 1866, in-18.

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Non, le dix-neuvième siècle ne sera pas seulement l’âge des romantiques, Il n’est pas que l’époque de l'intuition poétique, de la création individuelle que suscita la Révolution, de l'assimilation par l'esprit français des littéra-

tures étrangères. Le génie d’un Hugo, si prestigieux soiltil, ne doit pas nous faire illusion ; le dix-neuvième siècle fut surtout le siècle de la science et de l’histoire : c’est l’âge de,Pasteur et d'Augustin Thierry. |

On ne s'en rend pas encore compte, mais parallèlement aux découvertes scientifiques, nous venons de reconnaitre .le plus vaste des domaines humains, le plus mystérieux. Que la découverte d’une Amérique, au quinzième siècle, el d’autres terres inconnues, est peu de chose, à comparer au domaine qu'un sens nouveau nous révèle, au temps passé retrouvé!

L'homme moderne n’est plus comme l’homme d'autrefois, regardant sa vie présente, ou faisant des constructions et des rêves devant l'avenir. Il lui est possible, peu à peu, de les conférer avec tout ce qu’il a pu savoir ou imaginer du temps perdu, et qu'il a le moyen de retrouver, d'évoquer, par une opération de magie.

Parmi les précurseurs, une mention particulière doit être accordée à Honoré Capefigue, qui a donné, à notre sentiment, le portrait peut-être le plus juste du roi

. Louis XI dans son Histoire de France au moyen âge. Capeñfigue est un homme oublié de la manière la plus injuste. Il a voulu écrire une histoire conslitutionnelle et administrative. Sans être un érudit de première force,

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