‹ Louis XI. Tome premier: Le dauphinChapitre 36 sur 129 · Voir Georges Picot, op. cit · texte numérisé non relu

Voir Georges Picot, op. cit

figure fermée d’un paysan, qui a eu la passion de la terre, avec toutes les infirmités spirituelles et corporelles qui sont d’un homme. Trop heureux si nous avons pu modifier l’horrible figure qui fait peur aux petits enfants, et dont certains hommes, demeurés des enfants, se son épouvantés. Car il n’y a ici ni monstre, ni cages de fer, ni pendus, ni Plessis sinistre, ni un odieux hypocrite en prières devant les saints et la Vierge pour donner à luimême et aux autres le change sur ses crimes. C’est simplement un homme de ce temps que nous avons voulu Ævoquer, une figure de paysan, rusé et passionné terrien, qui a agrandi le domaine, qui a fait entrer dans ses propriétés l’Anjou, le Maine, la Bourgogne, qui a agi sans honneur mais de telle. façon que les Anglais ne sont jamais redescendus en France.

Une des conclusions qui se dégagent d’elles-mêmes de cette étude, c'est qu'il est même enfantin d'opposer le père au fils, comme l'ont fait les hommes de 1484, comme on l'a répété après eux. Louis a pris souvent le contrepied de ce qu'avait fait son père. Mais la force des choses, la qualité de l'institution monarchique, a amené le plus souvent Louis à continuer Charles. C’est la firme de la maison de France qu'ils ont représentée tous les deux. Les tempéraments différents du fils et du père, l’un plutôt indolent, l’autre prodigieusement actif, et même brouillon, font illusion, à distance. Mais s’il nous fallait résumer en quelques mots les institutions et l'esprit du règne de Charles VII, nous dirions que Charles est le souverain qui a reconquis le domaine, qui l'a organisé sur des bases juridiques, qui a combattu déjà dans une large mesure le mouvement féodal, qui a fait le grand procès de pairie qu'est l'affaire du duc d'Alençon, qui a assuré la

suprématie du Parlement de Paris. Le caractère du roi Charles VIT est politique et réfléchi. Trois grands actes dominent toute sa législation : 1° la Pragmatique Sanction qui règle les libertés de l’Église gallicane et stabilise les élections ; 2° l'ordonnance qui établit l’armée permanente et assure pour la première fois, par la taille, la perpétuité de l'impôt; 3° l'ordonnance qui prescrit la rédaction d’un grand coutumier afin d’uniformiser la législation des provinces.

Sur le premier point seulement Louis a varié : il a détruit la Pragmatique, mais pour la rétablir dans ses détails". Aucun roi n'a parlé à un pape comme l’a fait le roi Louis que Voltaire représente un cagot. Sur les autres points, Louis a continué la politique de son père. Il a précisé dans le détail l'organisation et la discipline des armées. Il a étendu le système de l’organisation municipale où il n'a pas innové. II a tiré des ressources beaucoup plus considérables des impôts, des tailles nouvelles, invention paternelle, ce qui lui valut la malédiction des chroniqueurs et de ceux qui les acquittèrent. Louis a, comme son père, morcelé l'autorité des Parlemenis. Même aspect processif des deux règnes; même défiance envers la maison de Bourgogne. On oublie que, quand Charles VII mourut, la guerre était sur le point d'éclater entre le roi de France et le grand duc d'Occident. Charles VII avait connu la Praguerie, les conférences des princes à Nevers, comme Louis XI a connu la Ligue du Bien public et les conférences de Conflans. Tant les mêmes causes devaient produire les mêmes effets.

Il y a seulement chez Louis un homme qui a eu la passion de tout voir, de tout organiser, de tout unifier, de

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