AU SIÈGE DE MONTEREAU ET DANS PARIS
Martin d'hiver. Hélas! Saint-Denis est à demi ruiné, incendié ; partout des décombres. Mais le dauphin peut bien s'arrêter devant les tombeaux de marbre et les statues d’albâtre, rehaussées d’or, qui représentent les rois ses ancêtres !, ceux-là dont il a lu l’histoire. Le plus récent mausolée est celui de Charles VI, le fou, et d’Isabeau de Bavière, l’Allemande qui a trahi. C’est celui de son grand-père et de sa grand'mère. Louis peut bien en tirer la leçon qu'un roi de France qui a épousé une étrangère la doit tenir absolument éloignée des affaires. Ainsi il agira, lui.
Paris se prépare à la solennelle réception, dont la perspective réconfortait les habitants?. Ils ont vu passer, sans dire mot, les trois-cents Anglais de Montereau, tous meurtriers et larrons qu’ils auraient bien voulu voir pendus. Aucun feu de joie n’a jamais été allumé pour une victoire française par les Parisiens. Ils vont se rattraper. Le roi Charles est un inconnu pour eux, dont se souviennent seulement les vieillards. Du dauphin Louis,on ne sait absolument rien, sinon son mariage glorieux. Mais,de la Porte Saint-Denis à Notre- Dame, les maisons se tendent de tapisseries, se décorent de feuillages. On dresse les échafauds où seront représentés les mystères. On aménage les fontaines qui verseront l’eau, le vin et le lait. Voici l'avant-garde et le corps des huit cents archers ; Louis chevauche un peu en arrière du roi. Il monte un coursier noblement houssé: il est armé en clair, à l'exception du chef qui est tout couvert d’orfèvrerie. Derrière viennent les pages vêtus de diverses couleurs. |
À la première Porte Saint-Denis, il y a un arrêt : le brave prévôt des marchands, Michel de Lallier, et les échevins sont venus saluer le roi; ils vont porter le dais sur sa têle, comme on le fait pour Notre Seigneur à la Féte-Dieu. Au couvent des Filles-Dieu, refuge pour les repenties et les