‹ Louis XI. Tome premier: Le dauphinChapitre 59 sur 129 · Basin, I, p · texte numérisé non relu

Basin, I, p

6. Lettre aux habitants de Reims, du 24 février 1440 (Beaucourt, III, p. 529-531).

«en luy demonstrant le grant mal qu'il commençoit au roy et au povre peuple de ce royaume! ». Mgr de Bourbon ne répond que par des paroles outrageantes. Il déclare cependant qu'il laissera passer les gens d'armes. Mais le lendemain, quand le roi Charles se rend au château de Loches, le sire de Chaumont lui en refuse l'entrée.

Le roi Charles va-t-il subir le sort du roi Richard que ses cousins déposèrent et emprisonnèrent? Il se le demande*. Mais le bon connétable est de retour, le dur Breton, lippu et si laid, qui sait imposer l’obéissance à une armée et aussi la faire manœuvrer. Avec lui, avec son beau-frère Charles d'Anjou, avec le précepteur congédié de Louis, le comte de la Marche, le roi descend en Poitou. Il marche contre son fils:

il veut « avoir son fils* ».

Louis se tient à Niort, soulevant l’enthousiasme des villes où il supprime les aides; il parle de réformer les abus. Le duc d'Alençon, qui a occupé pour lui, avec deux grosses garnisons, Melle, la Roche, assiège Saint-Maixent. Mais Richemont a poussé vigoureusement les hostillités, repris Melle, occupé Mircbeau, Sainte-Néomaye et l'Isle; et le voici aux portes de Niort. Alors le dauphin et le duc d'Alençon parlementent. Ils veulent gagner du temps, attendre les secours du duc de Bourbon, les écorcheurs de Chabannes, et peut-être aussi les Anglais de Huntingdon, traîtreusement. Tandis que le roi, confiant dans ses médiateurs, célèbre Pâques à Poitiers, le duc d'Alençon enlève le château de Saint- Maixent. On accourt prévenir le roi Charles qui se lève de table en hôte, accourt à Saint-Maixent qu'il reprend bientôt. On coupe des têtes. Mais la plupart des traîtres sont déjà à l'abri, à Niort, chez le Dauphin :.

1. Mémoires des plaintes... (Chronique de Mathieu d'Escouchy, II, p. 11. 2. Tbid., 111, p. 11. — 3, Ibid., p. 12. — Voir la circulaire du roi, datée de

Guéret, le à mai 1440 (Duclos, IE, p. 12). h. Chartier, 1, 256. Cf. Le passage de la Chronique Martiniane, p. 42, qui doit

contenir une vantardise de Chobannes

LA PRAGUERIE- 131

Alors le duc d'Alençon emmène en hâte Louis dans la montagne d'Auvergne, limitrophe du Bourbonnais, où sont rassemblées les forces de Charles de Bourbon. Il y a là de bonnes forteresses que connaît bien Louis ; il va convoquer les États à Clermont, solliciter leur appui, et obtenir des seigneurs le serment contre le roi. Il se tourne habilement vers le pays de Languedoc; il s'adresse aux Dauphinois comme à ses sujets directs. Et partout Louis se donne comme un libérateur attendu qui abolira les aides et réalisera la paix avec l'Angleterre. Il fixe la date d'une réunion des États à Lyon. Et peut-être fait-il agir le duc de Bourgogne qui, en ces jours, propose sa médiation au roi Charles et charge son écuyer, Berirandon de la Broquière, d'obtenir le pardon pour le fils et l'oubli pour les rebelles. C’est assez dans sa manière.

Le roi est plutôt enclin à la paix, lui qui, dans ses lettres missives à ses bonnes villes, cherchera toujours à diminuer le rôle joué par le dauphin dans la révolte. Mais Richemont poursuit ses succès. Il enlève Ébreuil, Charroux, Aigueperse. Louis est dans Saint-Pourçain, attendant le secours des Écorcheurs. Le roi continue à cueillir les forteresses, et il va assiéger Saint-Pourçain. Il a fait connaître aux rebelles les conditions auxquelles il acceptera leur soumission. Que les seigneurs se montrent obéissants, comme ils doivent l'être envers leur souverain naturel, qu'ils congédient les gens d'armes et de trait qui entretiennent depuis si longtemps la guerre sur la terre de France : « Car toute la guerre du dit royaume appartient au roy et à ses officiers, et non à aultre... [tem, qu’ilz rendent au roy monsecigneur le daulphin, son filz, en l’obéissance qu'il luy doit faire, et que à ce le vueillent induire et conseiller; et s’il vouloit faire le contraire (que Dieu ne veuille !), que en ce ne le veuillent aucunement conseiller, ne favoriser ou conforter, ne le recevoir et lenir en leurs villes et places, contre la volonté du roy, son pere. » Sur quoi, Charles donnait la liste des personnes et des forteresses qui devaient lui être livrées.

La réponse des rebelles devait être portée au roi Charles par des messagers. Ïls ont toujours tenu le roi pour leur souverain seigneur. Charles leur demande de licencier Îles gens d'armes : mais ils allèguent qu'il veuille bien, de son côté, faire cesser la « dolente pillerie » du pauvre peuple par tout le royaume. A l'article concernant le dauphin, les rebelles formulaient de grandes réserves. Ils lui conseilleront de se rendre « devers le roy son père, le plus brief que faire se pourra, pour luy faire l'honneur, révérance et toute obéissance en loute humilité, ainsi qu'il appartient ». Mais ils estiment « trop aigre » l’article qui prévoyait la remise des conseillers de Louis. La venue du dauphin pourrait bien s'en trouver retardée, car il est « chef d’entre tous et de toute leur compagnie! ».

Voilà le vrai mot qui dépeint alors Louis. Il va rédiger sa requête particulière qui le montre mieux encore dans son impatience, dans son besoin de commander, dans son humilité feinte* : « Mondit seigneur le dauphin requiert au roy qu'il luy plaise qu'il soit et demeure tousjours en sa bonne grâce et bienvucillance, ainsi qu'il desire et a toujours desiré sur toutes choses de ce monde, et que s’il a prins aucune desplaisance en chose qu'il ait faicte ne qui soit advenue le temps passé, luy plaise de luy pardonner ct les mettre hors de son cœur. » Louis entend couvrir ses partisans el demandera pour eux des lettres d’abolition. Brusquement nous arrivons au fait : « Item, pour entretenir l'estat de mondit seigneur, plaise au roy luy bailler son Daulphiné, car il luy semble qu'on luy fait tort que pieça ne l’a eu, veu que les autres daulphins l'ont eu, ès temps passés, en moindre aage qu'il n'est de present. » Mais le Dauphiné ne sera peut-être pas suffisant pour assurer les dépenses de Louis : le roi pourra

1, Mathieu d’Escouchy, III, p. 17-22.

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