‹ Louis XI. Tome premier: Le dauphinChapitre 74 sur 129 · Dom Vaissète, XI, p · texte numérisé non relu

Dom Vaissète, XI, p

LE 2 LÉ . Me

Il s’'enferme dans la robuste forteresse de l’Ile-Jourdain, où Louis le fait bloquer afin d'empêcher le renard de fuir. Au mois de janvier, Jean IV capitule sans grande résistance ; ct il doit sortir de la ville, venant humblement au baisemains.

Mais Louis n’est pas dupe de cette humble attitude : il est au moins aussi rusé que le renard. Il le fait prendre, lui, son fils, ses deux filles et sa femme; toute la famille est conduite, sous bonne garde, à Carcassonne.

Et l'on courut au butin, à l’Ile-Jourdain, où furent trouvés des biens considérables et de très riches joyaux. Ainsi ce repaire de la Garonne est mis en la main du roi.

C'était un jeu maintenant de confisquer le comté de Rodez que tenait Jean, bâtard d'Armagnac: Louis paraît à côté de son ancien gouverneur, Bernard d'Armagnac, comte de la Marche, et frère de Jean IV; car il sait oublier ses rancunes. A Toulouse, le dauphin recueille des subsides, et il fait son entrée dans Rodez; puis il reçoit le serment de fidélité des Élats, à Albi.

Jean de Lescun, bâtard d’Armagnac, s’est réfugié dans la place de Sévérac, sur les frontières du Gévaudan; terrifié par la masse des troupes qui l'entourent, il capitule. Louis sait venger l'autorité royale menacée. Il laisse pour gouverner l'Armagnac Théaulde de Valpergue, bailli de Lyon, et traverse l'Auvergne. |

Ainsi Louis rentre dans les derniers jours d'avril 1443, à Montils-lez-Tours, bien garni d'argent".

1. Le 6 février il fuisait répartir dans les diocèses d'Agde et de Viviers les aides à

lui accordées par les États des Sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne pour les frais de la guerre (Arch. nat., K. 67, n° 33).

Dans le même temps où le roi Charles faisait porter secours à Dieppe, il avait décidé la reprise des négociations avec l'Angleterre. Ainsi convient-il d'agir lorsqu'on sait la lassitude de son ennemi. La paix est désirée par tout cœur chrétien. Mais surtout les Anglais se montraient assez fatigués de là guerre et disposés à profiter de la médiation de leur allié, le duc de Bretagne. Le 11 février 1444, Henri“VE faisait délivrer des pouvoirs aux ambassadeurs qu'il se proposait d'envoyer en France : William Pole, comte de Suffolk ; Adam Moleyns, doyen de Chichester, garde du sceau privé, d’autres que connaissait parfaitement Charles d'Orléans, et qui étaient ses amis.

La paix, une dure besogne, aussi dure que la guerre, aussi remplie de dangers pour ceux qui vont tenter de la réaliser ! Comment fléchir l'orgueil anglais, comment amener ce peuple méthodique, qui tire de chez nous le pain et le vin, à renoncer à l'occupation de la terre de France ? On a d’abord pensé à un rapprochement par le moyen d’une union matrimoniale. Et le noble comte de Suffolk, descendant de marchands, homme très humain, qui connaissait bien notre pays où il était demeuré prisonnier, qui aimait notre langue au point de pouvoir écrire en français des vers amoureux, l’indulgent gardien de Charles d'Orléans, va passer en France pour demander pour son jeune roi la main de l'enfant char-

Page 1