Beaucourt, III, p
mante et belle qu'est la fille du roi René. Et les seigneurs de France se mettent, eux aussi, en route pour prendre part aux travaux et aux fêtes dont l'ambassade anglaise allait ètre l'occasion.
La Saint-Valentin de l’année 1444 trouve réunis le roi René ct Charles d'Orléans. Tous deux ont l'expérience du malheur. Le roi René, qui a perdu son royaume de Naples, a retrouvé, bien apaisé, son Anjou. Et Charles a la cinquantaine : ïl écoute surtout son médecin Nonchaloir qui lui a conseillé de faire un somme sur son coussin. [ls échangent les dames de leur pensée :.
Avec quel plaisir Charles d'Orléans a fait connaître au roi, par son héraut Valois, que la solennelle ambassade des Anglais va bientôt descendre à Calais où l'attend Mgr de Bourgogne qui, depuis 1435, a fait sa paix avec le roi de France! Elle s'’avance par Harfleur, Rouen, le Mans; et Charles d'Orléans, qui a promis aux Anglais et aux Bourguignons d'être le héraut de la paix, fait connaître au roi qu'on pourra prendre journée dans ses États après les fêtes de Pâques. Car c’est vers Charles d'Orléans que se dirige l'ambassade de l'ami Suffolk. Elle arrive à Blois; et c’est de là qu'on s’embarquera pour Tours.
Le cortège des seigneurs, conduits par le roi de Sicile, monte à cheval et va recevoir les pléripotentiaires. Le r7avril, aux Montils, les ambassadeurs anglais sont introduits en présence du roi et baillent les lettres de leur maître « à son très haut et très excellent prince, notre très cher oncle de France ». Ces lettres étaient la courtoisie même; pour la première fois, dans des documents émanés de la chancellerie anglaise, avait été rayé le mot adversaire*. Ainsi le petit roi d'Angleterre, qui, pour la forme seulement, garde toujours le titre de roi de France, déclarc avoir été informé par ses émissaires de la
LS 1. Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 343-344. 2. Beaucourt, III, p. 274.
bonne et grande affection que le roi Charles porte au bien de la paix et à sa personne, du désir qu’il éprouve de mettre un terme aux divisions des deux royaumes et d’arriver à un appointement final. A Suffolk, grand maître de son hôtel, à d’autres de ses gens, à qui il peut ajouter foi, le roi de France n’a qu'à faire connaître ses intentions. Et Charles d'Orléans, tout chenu et empressé, les présente à la reine, à la dauphine d'Écosse, aux seigneurs de France. Il y avait là l’Anjou avec le roi de Sicile et le duc de Calabre son fils; la Bretagne avec le connétable de Richemont et son neveu le duc; Jean de Croy, le comte de Chimay, avec toute une ambassade, représentait la Bourgogne. é
Cette brillante assemblée devait faire naître l'occasion de fêtes qui, en ce temps nouveau, dissiperait la rancune des cœurs; et les gens d'autrefois demeuraient si sensibles au chant d’un oiseau, à l’éclat scintillant d’une prairie, aux premières fleurs de l’'églantier |
Ainsi l’on voit chevaucher dans la campagne, à la fête du premier mai, la reine, la dauphine, une suite nombreuse de dames qui vont parmi les champs, avec leurs galants',les Valentins, cueillir le mai. Chevaliers et écuyers les suivent au nombre de trois cents. Le lendemain,se présentait le duc de Bourgogne, suivi de deux cents chevaux. Et le 4, la reine de Sicile partit d'Angers, accompagnée de sa fille Marguerite, prenant son logement à l’abbaye de Beaumont, à une lieuc de Tours. Les Anglais vont lui faire visite. Le comte de Suffolk demeure sous le charme de la grâce de la princesse, la fiancée de son maître : elle a quinze ans, elle est déjà si belle ! On célèbre le mariage du comte du Maine, une manière de vice-roi, avec Isabelle du Luxembourg. Des joutes ont lieu sur la prairie; et l’on voit Pierre de Brézé et Suffolk présider un concours à l’arc entre les archers du roi et les
1. Bodleienne d'Oxford, ms. Digby 196, fol. 155 (cité par Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 345 ets.) :
archers anglais. Les Écossais, qui forment la garde d’honneur, gagnent le prix de 1 000 écus.
Alors reprend la discussion pour arriver à la paix finale. Les Anglais n'entendent toujours pas renoncer à leur souveraineté sur la Normandie et la Guyenne ; les Français exigent l'évacuation de ces deux provinces. Il faut bien arriver à une formule de transaction: ce sera celle d’une trêve de deux ans, comportant la suppression de toute guerre et la liberté du commerce entre les deux pays !. |
Ainsi, pendant deux ans, répondant aux requêtes pacifiques du Saint-Père, le roi de France assure que le sang humain cessera de couler. Et le roi de Sicile donnait pour épouse au jeune roi d'Angleterre sa belle enfant, Marguerite. Le dimanche 21 mai, le légat du pape célèbre les fiançailles. Etle comte de Suffolk, représentant la personne de son maître, se rend à l’église de Saint-Martin. Le roi paraît, donnant la main à son beau-frère le roi de Sicile, suivi par les princes du sang. Et la reine vient ensuite tenant par la main la reine Isabelle d'Anjou, escortée par la duchesse de Calabre. Mais la charmante fiancée est guidée par le dauphin Louis, lorsqu'elle traverse la nef pour être amenée au roi. Charles Ôle son chaperon, prend la jeune fille par la main, la conduit au légat qui lit la dispense légale et provisoire du pape. Il procède aux interrogations d'usage, devant Suffolk et Marguerite, et il les fiance. Alors le peuple, dans les nefs, bat des mains et crie : Noël! Noël! Car il croit comprendre que la paix descend du ciel. La reine de France va chercher maintenant la future reine d'Angleterre et la place à la droite de la reine de Sicile. Et le cortège se met en marche vers l’abbaye de Saint-Julien”. Un festin brillant est servi en l'honneur de la petite reine. Aux entremets parurent deux géants maniant de grands arbres dans leurs bras, et deux