Tuetey, I, p. 342; Lettres, [, p
Tandis que le dauphin avait mené les Écorcheurs en Suisse et en Alsace, le roi Charles et René d'Anjou gagnaient les marches de Lorraine. Le roi Charles occupait Épinal, sommait Toul et Verdun d’avoir à lui ouvrir leurs portes. Au mois de septembre 14/44, à la tête d’une immense armée qui ne comptait pas moins de trente mille hommes, il était sous les murs de Metz, aidant le roi René à faire rentrer cette ville sous sa domination !.
À vrai dire, il s'agissait moins d’un siège en règle que d’une suite d'escarmouches et de négociations qui devaient durer plusieurs mois. Aussi le roi Charles décida de rejoindre Nancy, où se tenait la Cour, pour y passer l'hiver.
René d'Anjou se retrouvait pour la première fois, après une longue absence, dans la capitale de son duché. Aimant le faste et la chevalerie, il en fait les honneurs. Et le roi Charles, longtemps triste et si pauvre, est aujourd'hui un puissant monarque. Il est le victorieux. Il va se montrer dans les longués robes de cour qu'il affectionne et qui couvrent ses jambes cagneuses. Il est amoureux et veut plaire *.
La reine et le dauphin sont venus le rejoindre, à la fin de l’année, avec leurs dames et leurs demoiselles. La reine de Sicile arrive, elle aussi, suivie bientôt par sa fille, la jeune reine d'Angleterre, que conduit Bertrand de Beauvau. Le
1. Beaucourt, IV, p. 47-58 ; Lecoy de la Marche, Le roi fiené, 1, p. 234-244. 2. Beaucourt, IV, p. 80-81.
marquis de Suffolk est entouré d'une brillante noblesse anglaise, le comte de Salisbury, le comte de Shrewsbury, Robert d’'Harcourt, de dames d'Angleterre aussi, comme Alice Chaucer, Marguerite Beauchamp.
On s'occupe des derniers arrangements relatifs au mariage de Marguerite d'Anjou, cérémonie que préside l’évêque de Toul. Les divertissements, les joutes se prolongent pendant huit jours et le roi parut lui-même sur la lice. Les seigneurs de l’hôtel du duc de Bourgogne arrivent, eux aussi. Et Bertrand de la Tour parade sur son magnifique coursier couvert d'une housse de drap d'or ornée de petites clochettes d’or, accompagné de dix gentilshommes vêtus de satin blanc. Il fournit douze courses contre cette jeunesse, le comte de Saint-Pol, Pierre de Brézé et le gentil écuyer Jacquet de Lalaing. Ainsi passe le temps à Nancy, jusqu’au départ de la jeune reine d'Angleterre, que Charles embrasse pour la dernière fois tandis qu'elle éclate en sanglots.
Mais le dauphin Louis, qui a vingt ans cependant, ne prend pas part à ces divertissements. Il ne les aime pas. Il était fatigué et malade au surplus. On le voit ratifier, par lettres personnelles, les accords des Messins avec le roi René; le dauphin suit les conférences qui vont placer sous la sauvegarde du roi les évêchés de Toul et de Verdun. Il procède à la liquidation inextricable de sa campagne d’Alsace ?..
Louis vient d'apprendre que sa colonne principale d’Écorcheurs a disparu dans l'embuscade du Val-de-Liepvre* : peu importe. [Il assiste aux conseils qui organisent sur de nouvelles bases l’armée royale". La petite Radegonde de France est morte, la fiancée du fils du roi des Romains. Et celui-ci ne garde plus aucun ménagement et réclame au dauphin une