‹ Louis XI. Tome second: Le roiChapitre 16 sur 289 · bid., p. 208 (novembre 1461). — 3. Ibid., p · texte numérisé non relu

bid., p. 208 (novembre 1461). — 3. Ibid., p

comte du Maine, avec le duc de Bretagne, avec le duc d’Alençon, son parrain, dont il a rapporté la sentence donnée par son père. Il lui rend ses terres, excepté les places frontières*. À Jean, comte d’Armagnac, l’incestueux, Louis restitue également tout ce qui lui a été confisqué*. Charles d'Anjou, comte du Maine, avait élé comme un vice-roi au temps de Charles VIT. Louis l’attire cependant à lui, le reçoit à Tours, le charme et l’endoctrine.

[1 y avait deux hommes cependant auxquels le roi Louis ne pouvait se résoudre à pardonner, C’étaient ceux qui avaient cu le gouvernement au temps de son père : l’un était Pierre de Brézé, grand sénéchal de Normandie, et l’autre Antoine de Chabannes, son ancien ami, l’écorcheur, qui l'avait trahi *. Louis les fait bannir, à son de trompe, et il promet de bons écus à ceux qui pourraient leur mettre la main au collet.

Antoine convoque ses buns enfants, les soldats, se montre au milieu d'eux avec une robe d’or. Il reparaît en paletot de gros drap, comme un pèlerin, leur disant adieu. C'est un pauvre galant qui les salue et qui s'éloigne, puisque la roue de Fortune a tournéfî. Et le grand sénéchal, qui était pru-

1. Le 12 octobre, il annonce au duc de Bretagne la venue qu'il demandait du comte de Dunois, et celle du sire de Montauban, l'amiral (Lettres, I], p. 17).

2. Chastellain, IV, p. 195. Voir le procès du duc d'Alençon (Bibl, nat., ms. fr. 23841, fol. 133 et suiv. et ms. fr. 20430). — Il apaise son débat avec Aÿymon de La Rochefoucauld (Bibl. nat., P. Orig. 655, de Chambes).

3. Dès le 28 septembre, le roi écrit au chancelier pour lui témoigner sa satisfaction de la diligence « faite du procès d'Armagnac » (Lettres, II, p. 13). Les lettres d'abolition datent du 11 octobre (Bibl. nat., P. Orig. 94, Armagnac, 264, Bibl. nat., Du Puy 250, »r octobre 1461). | |

&. Chastellain, IV, p. 174.

5. Antoine l'avait poursuivi par ordre de Charles VIT en Dauphiné. On rapporta à Antoine ce propos de Louis que « sile povoit tenir, il feroit manger le cœur de son ventre à ses chiens » (Chr. Scand.,interpolation, If, p. 142-143).— Voir l'intéressant abrégé des faits du comte de Dammartin (Commynes, éd. Lenglet du Fresnoy, Preuves, IT, p. 320). Sur le procès, Bibl, nat., ms. Du Puy 250, 27 août 1462, 21 janvier 1463, » juillet et 20 août.

6. Chastecllain, IV, p. 176. — Prisonnier à la Concicrgerie, puis au Louvre et à la Bastille, ses bicns furent pillés par Charles de Melun qui les déménagea (Commynes, éd. Lenglet du Fresnoy, Preuves, II, p. 321).

dent, donne congé aux siens et va s’enfermer dans sa place de Nogent-le-Roiï. Va-t-il passer au service de ses ennemis, les Anglais? Non, ce vrai chevalier, plutôt que de trahir, a résolu de se rendre aux hommes de Louis qui le poursuivent, à Garguesalle, le grand écuyer, au Breton seigneur de Villers. Pierre de Brézé entre sous un déguisement à Paris et se remet entre leurs mains. Louis le fait enfermer à Loches. Brézé n'est pas maladroit qui fait taire toute haine et parle gracieusement de la gloire du roi. Le roi Louis est souple. Il a compris et le fait délivrer :.

Comme Louis sait déjà séduire! Il fait recevoir, avec de grands honneurs, à son passage à Tours, Charolais. Louis le présente à tout le monde. Jean d'Alençon, si sottement vaniteux, va porter ce jour-là la Toison d'or, ainsi que le comte du Maine. Louis et Charolais reprennent la partie de chasse, comme ils faisaient à Genappe. A son tour, Louis fait rechercher Charolais dans la forêt où il s’est perdu. Il lui donne l'hôtel de Nesle et lui promet le gouvernement de la Normandie?. Comme il est gracieux, le roi Louis, quand il s'agit de faire pièce à son oncle de Bourgogne! :

Mais le roi est tout pareil au dauphin. I] porte toutes choses dans sa tête, et n’apprécie que ce qu'il fait lui-même, combinant mariages et alliances, sans songer ni à l'âge ni aux convenances. Il promet sa fille Anne, née à Genappe, à Nicolas d'Anjou, puisqu'il est héritier de la Lorraine. Il fait le mariage du second fils de Bourbon, neveu du duc de Bourgogne, avec la fille du duc d’Orléans*. On le craint, car on sait bien qu’il n’agira jamais qu'à sa tête. Mais on n'apprécie pas qu'il fasse si peu de dépenses, qu'il diminue l’élat de sa maison, dédaigne les vêtements de soie et la pourpre des nobles hommes. Les vieux serviteurs de Charles VIT, dont il

1. Chastellain, IV, p. 183-185. Voir la lettre du sire de la Barde pour annoncer à Louis XI, le 19 novembre 146r, qu'il a procédé à son arrestation et aux interrogations. (Bibl. nat., fr. 20486, fol. 125.)

2. Chastellain, IV, p. 185-180. — 3. Le roi fit rompre ce mariage.

vient de rogner les pensions, les gens de l'Université, les ecclésiastiques de Paris, les nobles, tous ceux qui avaient du vivant du feu roi le privilège de vendre le vin au détail sans payer l'impôl murmurent'. Et Louis recueille pour lui la plus grande partie des profits de la vente des offices.

Louis, qui sait que l’expérience seule a quelque valeur, va bientôt quitter Tours. Il veut visiter les marches et confins de son royaume qu'il connaît bien cependant. Il tient à voir ses gens, car il sait que tout dépend des hommes.

C'est ainsi que le roi quitta Tours avec six compagnons. Aucune acclamation. Louis a fait crier à son de trompe que nul, sous peine de mort, ne s'’avançät pour lui faire cortège. Le roi et ses compagnons sortent de la ville, tous habillés de drap gris, rudement, comme des pèlerins, avec une grosse patenôtre de bois pendue au col. Ainsi Louis s’en va pour visiter la Guyenne, ct les marches du Bordelais. Mais plus loin, il y a cependant une troupe armée de cent vingt hommes qui les suit. C'est une chose qu’on n'a jamais vue. Avait-on rencontré jusqu'à ce jour esprit plus subtil et actif*?

Louis veut tout voir, et voir tout seul. Il regarde de loin Bordeaux. C’est un fait qu’un jour, sur la Gironde, voguant dans un petit bateau, il fut aperçu d'une nef vagabonde montée par d'aventureux Anglais. Ils mettent la voile au vent et tirent sur lui une bordée pour lui couper le retour. Ses cinq compagnons, nageant vigoureusement de la rame, le ramènent à grand peine vers Bordeaux ; et le roi de se eacher parmi les roseaux de la rivière en attendant la marée favorable*.

Quand Louis revient à Tours, c'est pour recevoir les nations

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