Pommes. Cf. Littré, ad. v. surin
Charlotte de Savoie est la femme que Louis s’est choisie contre le gré de son père. Mais Louis avait eu en vue la grosse dot et l'intérêt qu'il portait à son Dauphiné’. Charlotte était Sans beauté, au témoignage de Commynes et à en juger par l’'admirable dessin qui nous conserve son portrait?. Elle a de grands yeux, doux et tristes, un air contraint et timide, si honnête, une figure de paysanne qui porte la couronne, le surcot des princesses, la robe héraldique.
C'était une femme douce et pieuse, très simple, dépensant son argent en charités®. On la reçoit, le 16 janvier 1464, avec de grands honneurs à Amiens lorsqu'elle arriva enceinte dans sa litière. Les bonnes gens crient Noël, et tout le clergé l'attend devant le parvis. L'évêque lui présente la vraie croix à baiser, l’introduit à Notre-Dame où elle fait ses dévotions tandis que jouent les orgues. La reine quitte bientôt l'Évêché pour aller demeurer chez Jean Vilain, avocatdu roi,au Marché aux fromages. Elle se montre accueillante, lit elle-même les lettres de l'Échevinage. Elle recommande un barbier pour soigner les malades de l’Hôtel-Dieu {. Charlotte était secourable à ses domestiques, à tous; elle faisait élever à ses frais deux petits enfants. Mais la reine demeura une femmetimide, sans pouvoir. Un jour, le maire de Tours refusa l'entrée à son
1. Les rapports avec la maison de Savoie ont souvent été difficiles. — Louis commença par scplaindre du duc de Savoie qui ne payait pas la dot (Desjardins, I, p.105). Il prétend le soustraire à l'influence de conscillers indignes, en 1461. Bonne de Savoie, la sœur de Charlotte, épousera Galéas. Le malheur de la Savoie fut d'être secourue par Charles le Téméraire. Alors le bruit courut que Louis se disposait à mettre la main sur la Savoie. Yolande la régente, ayant quitté Gex pour se rendre à Genève, le 27 juin 1475, avec ses deux fils, Philibert et Charles, Olivier de la Marche s’'empara de la duchesse. L'attentat fut manqué. Louis se fit alors livrer Philibert et son petit frère, qui furent gardés à Chambéry. (Commynes, I, p. 364-367.) Le roi conserva un instant leur mère au Plessis jusqu’à son accord. ({bid., p. 368.)
2. Bibl. nat., Cab. des Estampes, Recueil des dessins d'Arras, N3 28 d., fol. 5. Un autre portrait dans Gaignières, costumes, Cab. des Estampes O%:5, fol. 4, d'après un vitrail qui se trouvait derrière le grand autel du couvent de l'Ave Maria, à Paris.
3. Voir un compte si intéressant de sa maison (Arch. nat., KK. 68) et A. Gandichon, op. cit., t. XX, p. 374-378.