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LOUIS XI. — II PI. XIV

GRAV, BRAUN

Charlotte de Savoie, femme de Louis XI (Recueil de portraits d'Arras)

LA MAISON DU ROI ET SES SERVITEURS 220 neurs, s’intéressail à l'instruction des pauvres, des écoliers. Tous l’aimaient. |

Et Charlotte donna à Louis six enfants : Joachim, qui vécut quelques mois et dont le duc de Bourgogne fut le parrain * ; Louise, qui mourut l’année de sa naissance (1460). Le troisième enfant fut Anne, intelligente et sage, que son père aima tant et qui fut, comme lui, très avisée : c'est la dame de Beaujeu qui a tous ses traits. Et Louis appréciera beaucoup son mari, Pierre de Beaujeu, fils du düc de Bourbon. Louis était très généreux pour Anne, en confiance avec son mari. Jeanne, l’autre fille de Louis, était cette pauvre enfant, malade et bossue, que le roi avait imposée comme épouse à Louis d'Orléans *?.

Charles est l'unique fils si attendu, demandé à la Vierge, qui fut tant choyé et fêté quand il naquit, le 30 juin 1430. Louis l’a voué à Notre-Dame du Puy en Anjou *. L'image du dauphin fut placée sur le tabernacle de Chartres, et le roi mit le nouveau-né dans la confrérie du Saint-Esprit. Le petit Charles aura bientôt une suite de gardes“. Antoine de Vesc et Jean de Daillon, seigneur du Lude, Jean Bourré veillaient sur sa santé et son instruction. Louis se préoccupe de tout, de ses dents, de ses rhumes. Mais le dauphin était soigneusement gardé à Amboise, où l’on n'entrait plus. Il fallait craindre les épidémies de Tours, la peste en particulier. Louis avait perdu un enfant de la peste, le petit François, en 1473. Charles fut malade d’un mauvais rhume et d’une fièvre. Alors Louis tremblait et le faisait soigner. Il tremblait pour l'héritier et l'héritage, celui qui inspirait à tous la crainte.

Ce n’est pas avec les gens de sa famille que Louis travaille.

1, Né à Genappe le 17 juillet 1459. |

2. C'est l'enfant qui fut si mal accueillie quand elle naquit en 1464. Le roi Louis attendait un fils. Il fut de fort mauvaise humeur quand la reine accoucha, et il se plaignit des cris qu'elle faisait. (Amb. Mil., II, 88). — 3. Arch. nat., KK. Ga.

4. Sur la maison de l'enfant, voir Bibl. nat., ms. fr. 5855, p. 769. — Sur celle de ses frères et sœurs, ibid., p. 7972.

5. À Gandilhon, op. cit., t. XX, p. 383-386.—- Voir les lettres de Bourré,

11 a une autre famille de serviteurs qu'il s’est choisie, qui sont les exécuteurs de sa pensée. Il convient de la situer vers le temps que nous avons adopté pour esquisser Île portrait du roi Louis. Monseigneur de Craon, Georges de la Trémoille, celui que le roi nomme « Monseigneur le comte », ou « son ami », qui fut lieutenant général au comté de Champagne, est un homme de confiance. François de Genas, président de la Chambre des comptes du Dauphiné, général des finances en Languedoc, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, qui conduira les négociations relatives à la réunion de la Provence; Guyot Pot, le bailli de Vermandois; Imbert de Batarnay, seigneur du Bouchage, « Monseigneur du Bouchage », qui a commencé à servir comme écuyer valet de chambre au début du règne ets’estenrichi des dépouilles d'Armagnac, un habile négociateur ; Guillaume de Cerisay, normand, un homme dur, que le roi imposera comme maire aux Angevins, et qui fut le riche ami de Commynes. Le grand maître est Antoine de Chabannes, rentré en faveur en 1467.C'est l’ancien capitaine des Écorcheurs, serviteur de Charles VII, la plus puissante physionomie de chef de guerre de ce temps'. Tristan L'Hermite, le prévôt des maréchaux, un homme décidé et prévoyant, mais si fidèle, brave soldat, vieux serviteur de son père; Philippe de Crevecœæur, lieutenant du roi en Picardie et en Artois, plus connu sous le titre de seigneur d’'Esquerdes, qui avait ‘été fait prisonnier par les Français à Montlhéry, se rallia et servit très fidèlement Louis; le sire de Baudricourt ; Joachim Rouault, ancien routier, qui cessa de plaire; Odet d’Aydie, comte de Comminges, qui administre le Languedoc; Jean, seigneur de Doyat, gouverneur d'Auvergne, un parvenu, mais habile et sûr; le comte de Marle, maréchal de France.

Le chancelier est Pierre Doriole, général des finances, qui conduira les grands procès politiques, ceux de Balue, du comte de Saint-Pol, de Nemours. Pierre Doriole est le fils

1. Voir la belle lettre qu'il écrivit au roi en 1480 (fr, 6987, fol. 343) et la noble réponse de Louis.

d'un maire de la Rochelle ; il connaît à fond l'administration des Comptes; et le roi lui a fait épouser la veuve de Guillaume de Varye, général des finances, Charlotte de Bar. Jean Bourré, qui est devenu Monseigneur du Plessis, est un homme de toute confiance : il surveille les constructions. Jean de Daillon, chevalier, seigneur du Lude, gouverneur du Dauphiné, a été nourri avec le roi dans sa jeunesse. Il abuse eton l'abuse; mais il sait tirer parti de tout, celui que Louis nomme plaisamment « maistre Jehan des Habiletez ». Le seigneur de Concressault, Guillaume de Menypeny, est un Écossais, bon spécialiste des affaires anglaises. L’évêque d'Albi, que Louis nomme son « ami », est également habile négociateur. Philippe de Commynes a des vues sur le monde. Le comte de Beaujeu est celui que Louis nomme son fils, et Taillebourg, son frère, comme le comte de Dunois. Jean de la Driesche, président de la Chambre des comptes, est un Flamand entreprenant (Van den Driesche), d'esprit élégant, un banni de Gand, d'abord réfugié chez Saint-Pol qu'il devait dépouiller'. Palamède de Forbin (M. de Solliers) aura la charge de lieutenant général des comtés de Provence et de Forcalquier. Jean de la Vaquerie, qui deviendra président du Parlement de Paris; Pierre Gruel, président du Parlement du. Dauphiné; Pierre Cadouet, prieur de Salles; Olivier Guérin, le maître d'hôtel; le seigneur du Lau, sénéchal de Beaucaire?, tels sont les fidèles du roi Louis. Mais son confesseur, l'évêque d’'Avranches, Jean Bochard, aura surtout pour mission de surveiller l’emploi de ses charités et de ses libéralités aux églises *.

Le plus singulier, le plus célèbre des serviteurs du roi est Olivier le Mauvais, Olivier le Daim, des environs de Courtrai,

1. Sur ce personnage, dont le roi excusera plus tard les pilleries et la trahison, da lettre de Jacques Coitier (Lenglet du Fresnoy, Preuves, IV, p. 94).

2. Le « plus aymé » du roi, enrichi par lui, il était cependant passé en 1468 au service des Bourguignons. Par M suite, gouverneur de Perpignan et du Roussillon,

3. Arch. d'Indre-ct-Loire, G. 420. Il prendra cependant le titre de conseiller et <onfesseur (/bid., p. 76). — En 1462, le confesseur était Jacques Albert.

barbier, négociateur auprès des Gantois, que Louis comble de faveurs. C’est un intime, qui fait ses commissions, des voyages!. Le barbier de ce temps, c’est aussi un chirurgien, un agent de renseignements, celui qui veille sur la santé publique. Il rase et il saigne. C'est à la requête de ce « bien amé valet de chambre et premier barbier, Olivier le Mauvais », que le roi donna leurs statuts aux barbiers de France, en 1465°. Ce règlement, qui réagit contre l'ignorance, qui vante Îla propreté, préconise la connaissance anatomique des veines, l'hygiène pour la nation, est l'œuvre d'Olivier. Il ose parler au roi; et Louis paraît l'avoir craint au cours de ses maladies.

Mais le plus intelligent, celui qui ressemble au roi comme un frère, demeure Philippe de Commynes.

Faut-il esquisser la physionomie de Commynes? Qui n’a été sensible aü noble et doux langage que Montaigne aimait? Commynes est un Flamand et bel homme. Il est né sans doute dans la seigneurie paternelle de Renescure où son père Colard, chevalier de la Toison d’or, souverain bailli de Flandres, fut l’un des serviteurs préférés de Philippe le Bon. Philippe a été l’écuyer attaché à la personne de Charolais. Il a combattu à ses côtés à Montihéry. Mais l’avisé écuyer ne suivra pas jusqu’au bout ce fou. Chevalier à vingt-deux ans, Philippe a aidé son maître à se tirer des mains des Gantois; c'est des mains de Charles le Téméraire qu'il a tiré Louis à Péronne. Philippe admire la dextérité de Louis. Il gagnait 18 sous par jour à servir le Téméraire. Louis n'eut qu’à y

1. Bibl. nat., ms. fr. 32511, fol. 527; il s'occupe aussi de la literie (/bid., fol. 354"°). Le roi le charge, une seule fois, d'aller d'Amboise à Paris « pour prendre et apprehender au corps aucunes personnes dont il lui avoit expressement baillé la charge » (Bibl. nat., ms. fr. 6558, fol. 83). Pendant les chevauchées du roi, Olivier veille sur le panier plein d'eaux distillées dont use le roi à son plaisir (/bid., fol. 89"°). Il va lui chercher des pies en cages (/bid.). Il fuit pour lui de petites avances de poche (Ibid.),

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