Arch. nat., K. so
mettre le prix pour acheter, en 1471, le « secrétaire des secrets » du duc de Bourgogne qu'il a peut-être vu à son passage en France'. Commynes rejoindra à la prochaine occasion celui qui représente l'intelligence et l'avenir. Ainsi, en 1472, pendant la campagne de Normandie, Commynes a quitté lecamp bourguignon et il est venu trouver Louis aux Ponts-de-Cé. La rage stupide et l’emphase de son maître l’ont dégoûté, lui qui est la mesure et le naturel. On confisque les biens du transfuge en Flandres. Il retrouvera d’autres avantages en France. Commynes est le frère en esprit du roi Louis. L'intérêt peut les mener tous les deux : mais la raison l’emporte dans le choix d’un parti à prendre. Philippe est pensionné à 6000 livres et fait un mariage opulent en Poitou. Louis le paye d’ailleurs d'une monnaie qui n’est pas très loyale, les terres confisquées sur Louis d'Amboïse, vicomte de Thouars.
Voici Philippe riche du domaine d’Argenton : le petit seigneur de Renescure est Monseigneur d’Argenton, sénéchal du Poitou, capitaine de Poitiers. Il est le confident du roi qui a enfin trouvé son pair. Auprès de Louis, Commynes s’enquiert de tout, et il apprend à connaître l’Europe, lui qui sait déjà la Bourgogne et l'Angleterre. Il cherchera à modérer son maître dans l'affaire de la succession de Bourgogne. Car il n’est pas homme à frapper fort, mais juste. Philippe sera ‘le spécialiste des affaires d'Italie, de Savoie, de Milan et de Florence. C’est lui que réclamera Louis pendant sa première attaque. Et Philippeestl’homme unique aux yeux de Laurent de Médicis, « le véritable élève de votre Majesté et le meilleur ministre de sa volonté. Il est considérable par son talent, sage, d’un noble esprit », écrira Laurent de Médicis au roi*. Louis, malade, passera un mois chez lui. Et Philippe assistera Louis à ses derniers moments. Le roi Louis est son maître, son bienfaiteur. Il demeurera le « prince digne
1. Kervya de Lettenhove, Leltres el négociations, I, p. 31, 74-75. 2. Desjardins, I, p. 173. |
de très excellente mémoyre », à qui l’on doit la vérité.
C'est pour le grand souvenir de l’avoir assisté et servi que Philippe écrira ses Mémoires, à la requête d'un autre serviteur du roi, Mgr l’archevêque de Viènne, cet Angelo Gato, « philosophe et médecin ».
La vie du roi est telle : dans la belle saison, il parcourt le royaume, ou bien suit les expéditions; mais, dans le temps d'hiver, il réside en ses bonnes villes de la Loire, au cœur de son royaume.
Dans les premières années de son règne, Louis demeura surtout à Amboise, à Tours, allant parfois chasser à Montrichard ou dans la forêt de Chinon.
Orléans, Meung-sur-Loire, Montargis et la Motte d'Égry furent ses résidences favorites entre les années 1465 et 1466.
Orléans, c’est la ville sainte, miraculée de la France, dont Louis a confirmé les privilèges en 14671, donnant aussi des foires à Montargis‘. À Orléans, le roi n’est pas chez lui; il est dans le domaine de la duchesse, mais il tient sans doute à y demeurer. Louis n’a jamais oublié l’aimable accueil que lui firent les habitants à son entrée dans la ville, le 30 septembre 1467, les chœurs, les chants, les échafauds. IL est passé trop vite alors ; on lui a présenté les clés, un soir, à la lueur des torches?. Mais le roi sait que les Orléanais sont des gens