LOUIS XI — II | L < . PI. XV
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GRAV. BRAUN
La chasse au cerf (Bibl. de la fundation Smith-Lesouëf à Nogent-sur-Marne, Ms. 70, fol. 7)
d'Orléans, fera fondre pour lui des bombardes. Louis fait établir des quais sur les bords de la Loire, du côté de la ville, pour la mettre à l'abri des inondations et pour qu’on puisse y décharger des marchandises. On exhausse les chaussées *.
Le roi est touché quand il fait son entrée à Saint-Aignan, le 17 février 1466, reçu en qualité d'abbé et de chanoine. On Jui présente le surplis, dont il se vêt, l'aumusseet une bourse*. On admire la vénération qu’il a pour saint Aignan, oùilya sans doute un dessein politique : Saint-Aignan est l’église détruite par les Anglais. Les Orléanais, fidèles au souvenir de Jeanne d'Arc, y sont sensibles ; eux seuls en France parlent encore de la Pucelle. Ils fêtent régulièrement l'anniversaire de la délivrance de la cité. Leur évêque, Thibaud d’Aussigny, a créé des indulgences en l'honneur de ce jour. Louis cause avec les habitants : il les a fait s'assembler aux Halles pour délibérer au sujet de la nouvelle enceinte. Les chanoines de Sainte-Croix, de Saint-Pierre Empont, de Saint-Aignan y ont fait opposition, car il faut démolir quelques-unes de leurs maisons 5. Mais tout s'arrange, les travaux sont bientôt commencés. Louis fait ciseler une châsse d'argent pour mettre le corps de saint Aignan, deux autres plus petites pour placer sa mentonnière et son bras. Il donne une grosse cloche qui porte son nom; il fait continuer les grands travaux de la réédification de l’église; il recommande la plus grande promptitude dans tout cela, avant de quitter la ville. Quand il séjourne à Orléans, l’ordre y règne; Louis fait pendre larrons et malfaiteurs.
Mais ce n'est pas une simple maison, celle que le roi Louis fit édifier au chevet de Saint-Aignan, la vaste église ; elle semble un. petit palais, très gai, avec son appareil de briques et de pierres, ses fenêtres à choux fleuris qui coupent
la toiture, sa porte d’entrée à arc surbaissé où sont des
1. Lottin, Recherches, I, p. 319. — 2. Ibid., p. 319. 3. Ibid., 1, p. 320; Arch. du Loiret, CC. 56r.
sirènes, des chimères et des bêtes ailées. Le long de l’église, au chœur si haut où rayonnent des chapelles, le roi a une terrasse et un jardin. De cette terrasse’, étayée de deux tourelles, on aperçoit le grand pont, la Loire et ses grèves, des saules : paysage plat et nu, mais si clair, qui incline au repos. C’est bien la demeure du roi: un mystique limpide.
Que Louis est heureux, en 1470, de pouvoir annoncer aux Orléanais la naissance de son fils, né le 30 juin après minuit! Les chanoines de Saint-Aignan ont reçu la lettre le r° juillet, et le même jour ils font une procession générale. Les notables s’assemblent dans la salle du chapitre de Sainte-Croix. Il y a un dîner à l'Hôtel de Ville. Le dimanche, le lundi, le mardi, on allume des feux de joie dans les carrefours. Les rues sont parées. On porte aux processions le luminaire, comme à la Fête-Dieu. Chacun des douze procureurs tient un cierge, armorié aux armes du dauphin. Une fontaine crache du vin, le bon vin d'Orléans”, devant l'Hôtel de Ville, jusqu'à minuit. La joie est grande, le vin coule : personne n'est oublié, ni les pauvres de l’Hôtel-Dieu, ni les malades de la lèpre qui sont cantonnés dans les environs et boivent aussi le vin. Pierre Ogier fait des prédications. On danse le soir à
1. Les restes en sont encore visibles, là où est aujourd'hui le Séminaire. Onse rend très bien compte de la disposition des lieux sur le plan de Fleury (1640). D. Lottin, Recherches, 1, indique que ce travail aurait été fait en 1480. Au mois de juillet 1480, le roi fait mettre au-dessus de la nouvelle Porte de Bourgogne qui venait d'être Ler-
minée, ainsi que les murailles, son image à genoux devant la Vierge et saint Aignan, le tout couvert d’un tabernacle :
Icy voyez le roy pourtrait
Louis onzieme qui parfait
A Saint Aignan, puis en briefs jours À clos les murs, fossez et tours.
Ses bienfaits lui soient examen, Priez pour lui : dites amen.
(Cf. Lottin, Recherches, I, p. 330.) En mars 1483, le roi fait don de sa maison à l'église.
2. Suivant une note de D. Lottin, Recherches, 1, p. 326, le vin d'Orléans eût été celui que préférait le roi à sa table et qu'il considérait comme plus propre à entretenir sa santé. Les gens d'Orléans réquisitionnent pour lui du raisin et des pêches qui lui sont portés en 1476 en hâte, de nuit (Arch. du Loiret, CC. 562, fol. 56).
la lueur des feux de joie; il y a des tables rondes, bal pour les bourgeois et les bourgeoises après dîner. La danse parcourt . les quartiers de la ville au son des instruments. On exécute la morisque, et la fontaine jette le soir de l’hypocras. On mange des pâtisseries que l’on nomme des dauphins, des tartes et des fromages blancs *.
Cléry est proche d'Orléans. En face de Meung-sur-Loire, sur le dos d’une colline, ceinte de fraîches prairies, de vignes et de moissons, il y avait un vieil oratoire, une simple celle que visita saint Louis au temps où cinq religieux, les Bons Hommes, yentretenaïent une maladrerie et vivaientdu marché d'Orléans. Ils cultivaient cette riche terre, comme l'avaient fait les Romains. Vers 1280, des paysans y avaient découvert, suivant une tradition, au pied d’un buisson, la statue d'une Vierge qui n'était peut-être qu’une antique Vierge-Mère. Ils l’emportent dans le sanctuaire voisin; et, dans cet âge de force et d'activité rurale, on construit, pour l’abriter, une autre église. Pendant des siècles, on adorera cette figure de la mère qui tient un enfant sur ses genoux, la Vierge.
Cette première collégiale, Salisbury l'avait détruite avant le siège d'Orléans. Dans ce pays, où les pieuses gens allaient en pèlerinage à Cléry, où d’autres exploitaient les bois, fréquentaient les marchés, les danses et les fêtes, rien n'avait plus serré le cœur de ces populations pieuses et agricoles. Le bâtard d'Orléans, un habile homme et pieux, qui connaissait si bien l'esprit des habitants, avait fait une fondation à Cléry, en 1444; un peu plus tard, Jacques Boucher, l’ancien trésorier d'Orléans, qui reçut chez lui Jeanne d'Arc, avait contribué à ta construction d’un portail. Maïs c’est Charles VII qui peut être considéré comme le premier restaurateur de l'église où il avait sa statue : il lui avait donné d'importants revenus sur les greniers à sel de la Normandie. Au jour du
1. Arch. com. d'Orléans, CC. 561; Lottin, Recherches, I, p. 322.
danger, quand le dauphin Louis s'était élancé à l'assaut de la bastille de Dieppe, il s'était mis sous la protection de la Vierge de Cléry. Il rappellera plus tard, quand il affranchira : d'impôts l’église, cette dévotion de son jeune âge, « très singulière ». Car il avait bien connu que Notre Seigneur, par l'intermédiaire de la glorieuse Vierge Marie, lui avait toujours donné « remède » en ses affaires : « Par quoy avons esleu nostre sepulture en icelle esglise!.» Mais Louis ne faisait que suivre la coutume des gens du pays, comme le bâtard d'Orléans qui y reposera avec sa femme Marie d'Harcourt. Le roi n'avait pas attendu ce jour pour faire des dons à Cléry; il avait présenté à l’église une lampe d'argent, en 1456, et, en 14671, il avait exempté d'impôts Notre-Dame, ruinée par les guerres, prenant en pitié la ville « qui est champestre et non close* ». En ce temps-là, son médecin, Guillaume d’Auge, sera fait doyen de Cléry. Ici, Louis est le continuateur de son père. Il agit comme ceux du pays, les Villequier. Avant la journée de Montlhéry, onu verra Louis venir prier à Notre-Dame de Cléry. Ainsi il fera avant son expédition en Normandie. Il lui donnera dessommes très importantes : 15733 livres en deux ans. Dans beaucoup de circonstances de sa vie, Louis aura une pensée pour Notre- Dame de Cléry. La Vierge est notre refuge, dira-t-il, l’espérance et protection de notre royaume“. Il lui adressera un vœu de cire à l’occasion de la naissance d’Anne de France, des vœux d'argent en forme d'oiseaux: il y fera dire des messes. L'église sera soustraite à la juridiction d'Orléans et elle aura ses propres indulgences. Le pape déclare que les rois de France seront chanoïnes de Cléry; Louis y vient remercier la Vierge, en 1471,à la naissance du dauphin. Mais