Ibid., G. 4ar
4. Ibid. — Sur d'autres dons à Saint-Martin, Arch. d'Indre-et-Loire, G. 382, 427, 434.
Sur le treillage d'argent substitué à la vieille grille de fer autour de la châsse, voir Giraudet, Jlisioire de Tours, 1, p. 250.
mante et viéille église, nommée Notre-Dame-la-Riche. Le roi s’y intéressa : il fit édifier un portail avec une image de la Vierge, et l'église fut décorée par Jean Fouquet, son peintre. |
Tout ceci nous montre combien Louis, citoyen de Tours, a contribué au développement de la ville. Il a parfaitement compris le caractère et les intérêts de chacun, sans oublier les siens. Louis avait, en somme, trouvé l’ancienne ville marchande en partie ruinée. 11 lui avait imposé son activité et ses vues. Il ne faut pas s'en tenir à l'impression que nous donne la lecture des délibérations et des comptes de la municipalité. La cité se dit souvent pauvre et foulée; mais les bourgeois de Tours étaient plus riches qu'ils ne l’avouaient. On le verra bien par les splendides constructions qu'ils vont bientôt réaliser. Mais nous possédons à ce sujet un témoignage bien intéressant, que l'on peut dater vers 1477. C’est l’épître latine de Francesco Florio à un.ami de Rome. Il était humaniste et pratiquait, certes, l'hyperbole. Ce Florentin habitait dans la maison de François Thomas, chanoine de Saint-Gatien. Il avait quitté sa Toscane depuis seize ans et il espérait bien de finir ses jours en France, dans la paix et la tranquillité. Il terminait une Histoire des amours de Camille et d'Émilie, qu’il dédia à Guillaume Tardif, et qui n’est qu’un souvenir des Amours de Lucrèce et d’Euryale d’Æneas Sylvius. |
Florio nomme la Touraine « le verger de la France ». La ville de Tours dépasse, en renommée et en grandeur, les cités les plus célèbres; elle a une enceinte fortifiée garnie d’une multitude de tours; ses portes sont larges et belles; ses rues, entretenues avec soin, présentent une grande animation et offrent les produits des divers corps de métiers. Florio admire ses maisons amples et élevées, les grands monuments religieux, Saint-Gatien, Saint-Martin, Saint-Julien, le château de Tours, érigé sur le tombeau de Turnus, dans la cour
intérieure duquel s'élevait la chapelle royale où les musiciens, choisis parmi les plus habiles du royaume, et dirigés par le célèbre Ockeghem, chantent tous les jours messe et vêpres. L'abbaye de Marmoutier n'est pas loin, ainsi que la caverne de saint Martin. Florio décrit les Montils, place si bien faite pour satisfaire aux goûts du roi qui recherche avant tout le calme et les plaisirs de la chasse. Et Louis lui apparaît, au milieu de sa cour, comme un Auguste modérant l'univers par ses lois, son admirable sagesse et sa prudence. Tours, pour notre humaniste, est une autre Rome ; Fouquet, le plus grand des artistes de son temps. Mais Florio aime tout de la Touraine dont il a vanté les poires de bon-chrétien, les fruits et le climat. |
C'est tout cela qu'aïmait Louis, et qui était en grande partie son œuvre. |
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Tite-Live — Copié vers 1467 dans la maison du Cardinal Balue et terminé par ordre de Louis XI (Bibl. de Tours, Ms. 984)
Sans que nous puissions dire qu’un art original, un esprit nouveau sé montrent chez nous au temps de Louis XI, nous constatons que des artistes et des écrivains ont paru dans notre pays et qu'ils se distinguent, plus nettement qu'’autrefois, de leurs confrères du Nord et de la cour de Bourgogne qui les avait en quelque sorte monopolisés. C'est qu'il y eut une France autour de Charles VII, autour de son fils.
Paris a été ruiné et quelque peu délaissé à la suite de l’occupation anglaise. Une autre société est sortie de tant de misères. Marchands et bourgeois, gens de finances et d’offices sont les rois du jour. On le vit bien quand Jacques Cœur fit édifier à Bourges sa splendide maison, avec tourelles, chapelle, grandes salles à plafond en carènes où le magnifique argentier rêve un instant sa vie et les aventures d'outre-mer, s'amuse des allégories du commerce, de la richesse et de la pauvreté : splendide, charmante maison bourgeoise, où il contemple l’envers du monde, la parodie de la chevalerie.
Au temps de Louis XI, cette bourgeoisie d'offices'et de finances monte vers la noblesse, la remplace. Beaucoup de ces nouveaüx riches auront, comme Jacques Cœur, leur maison bourgeoise et seigneuriale, à la ville ou aux champs. Maçons, peintres, tapissiers, orfèvres, écrivains vont tra-
1. Bourré au Plessis, à Jarzé, à Langeais; Étienne le Loup, maître d'hôtel, à Clos- Lucé; Baude Meurin, notaire, qui fait édifier un château fortifié à la Motte-le-Roy, près de Saint-Benoît-sur-Loire. |
vailler pour cette nouvelle clientèle. A côté des cercles nobles et courtois, à peu près seuls jadis à donner le ton, nous entendrons parler le clerc et l’homme du peuple.
Le temps est passé aussi où les artistes fréquentaient les deux cours de France et de Bourgogne pour se retrouver à. Paris. C’est sur les bords de la Loire, lumineux et languides, dans le centre de la France, en Bourbonnais et en Auvergne, qu'ils vont surtout vivre et produire leurs œuvres. C'est à Tours que chanta et travailla M° Jean de Ockeghem, chapelain de la chapelle royale et trésorier de Saint-Martin, musicien subtil et puissant, salué par tous les contemporains comme le maître de son art’.
L’'avènement de Louis XI a d'abord eu une conséquence imprévue pour la poésie française. Après son sacre et le court séjour qu'il fit à Paris, le roi Louis avait regagné sa chère Touraine. La route qui menait à Tours passait par Meung-sur-Loire. Suivant la coutume, en signe de joyeux avènement lors de la première entrée d’un souverain dans une ville, on délivra les prisonniers. Or, il y avait dans la basse-fosse de Meung un prisonnier de l’évêque Thibaud d’Aussigny qui était un clerc : c'était François Villon. Il revit la lumière du jour, et il dit sa prière pour le « bon roi de France », un titre qui n’a pas été donné souvent au roi Louis, prince dur à Iui-même et aux autres. Et François lui souhaitait de vivre autant que Mathusalem, de pro-
1. Michel Brenet, Musique el musiciens de la vieille France. Paris, 1911, p, 21-28. — Jean de Ockeghem (Mém. Soc. Hist. de Paris, XX, 1893). On peut suivre dans les comptes, d'année en‘année, la composition de cette chapelle. (Bibl. nat., fr. ms. 325r1, fol. 243.) On trouve, à côté d'Ockeghem en. 1466 : Jean de Lannoy, ‘Jean de Modène, Wacquet Festrier, Jean Ecatefer dit Cousin, David de Lannoy, Martin Courtois, Jean Le Clerc, Vincent le Muet, Jean de Fontenay, Picrre Gillier, Étienne Rouille” Chaque année, Jean de Ockeghem touchera.sa robe fourrée..Le roi doit aimer la musique. Lorsqu'il fonde des messes, il spécifie qu'elles sont « à notes » ; elles sont aussi d'un prix plus élevé. Il dota Cléry d'orgues et il confirma les privilèges des ménestrels de Paris (Arch. nat., JJ. 206, fol. 131), laissant voyager librement à travers
la France « les chanteurs et recordeurs de chansons » qui gagnent ainsi leur pauvre vic (A. Gandilhon, op. cit., t. XXI, p. 72).
créer immédiatement douze beaux enfants, tous mâles :
Loué soit-il et Notre Dame Et Loys, le bon roy de France!
Ainsi nous devons à Louis XI le Grant Testament de François Villon, qu'il ignora sans doute. Nous lui devons la plus belle confession. lyrique qui aït peut-être jamais été faite.
C'est un- hasard. L’art de Villon représente cependant quelque chose de l'esprit nouveau de ce temps-là. Dans son Testament Villon a mis toute sa vie passée, le Paris qu'il a connu jadis, les aspects de la France qu’il avait parcourue. Il rit et il pleure tout ensemble. Maître François est bien le pauvre homme orgueilleux qui parle, et ce n’est plus un homme de cour. Il dit la volupté et la vision de la mort. Il maudit et il prie; il bafoue les puissants et les riches ; il fait son examen de conscience; et surtout il parle une langue rapide, artiste et populaire, qui rend un accent jamais entendu jusque-là. | |
Mais le temps du roi Louis n'est pas celui de la poésie. C'est l'âge de la prose, du doux langage dont se servira Commynes, et que Montaigne admirera tant. C’est le moment où l’on remet en prose les grandes fictions de jadis et les romans d'aventure. Ce n'est pas une époque de grand art : c'est une époque de vérité, où le décor et le détail l'emportent sur:la vision de l’ensemble. C’est le temps où Gréban, à Notre-Dame, vient de concevoir son grand Mystère de la Passion. Gréban a dressé comme uñe cathédrale littéraire, fait agir et parler la centaine de personnages figurant dans le drame divin. Ces représentations de mystères, avec leurs diableries, sont la grande nouveauté de l’époque. On admire les costumes des protagonistes. On reproduit les tableaux de ces scènes théâtrales à l’occasion des grandes fêtes populaires, à l'entrée du roi à Paris et dans les autres villes de la France. Et tout ceci aura la plus grande influence
plastique sur les miniaturistes, sur les sculpteurs d'images qui, à l’envi, fixeront les attitudes des personnages du drame divin, les scènes des mystères dont les saints sont les héros, les gestes des bourreaux qui les supplicient en parlant l’argot de la rue ou la langue des malfaiteurs.
Et cette époque de vraie piété sera celle des livres d’'Heures, des missels que les enrichis, les bourgeois, les gens de financeset les nobles achèteront, à Paris, mais principalement à Tours. |
Un nom domine tous les artistes à qui nous devons les miniatures des livres d'Heures, souvent charmantes, qui les illuminent : c’est celui de Jean Fouquet, le peintre brillant, le chef d'atelier dont les petits ouvrages nous émerveillent encore par l'éclat de leur coloris, la vérité des personnages et de leurs costumes, par cette atmosphère souriante, la douce sérénité de la lumière que Jean Fouquet trouva à son berceau. Il était né à Tours? vers 1415, pense-t-on. Fouquet est un peintre moderne qui sait la technique des Flamands, mais qui leur doit moins qu'à l'Italie et au séjour qu'il fit à Rome où il a peint le portrait d'Eugène IV. Bien des fois, dans les paysages de France, Fouquet placera les colonnes torses de Saint-Pierre ou les architectures antiques. Mais Jean Fouquet est surtout le peintre des foules, des maisons de bois, des gros chevaux harnachés, des manoirs parmi les saules, des rivières claires qui brillent dans un trait d'argent. Il s'entend à composer une scène, logiquement. À Tours, les Italiens eux-mêmes l’admirent, surpris. C’est un maître, disent-ils, qui excelle dans de vivants portraits, qui
1. Voir surtout Paul Durrieu, les Anliquilés judaïques el le peintre Jean Fouquel, Paris, 1907, in-fol.; La Légende et l'histoire de Jean Fouquet, Paris, 1907 (Annuaire- Bulletin de la Société de l'Histoire de France).
2. « Bon paintre et enlumineur du roy Loys XI, Jehan Fouquet, natif de Tours », comme l'indique la note de François Robertet. — « Jehan Foucquet, peintre du roy, pour entretenir son estat, LX 1.» (Bibl. nat., ms. fr. 32511, fol. 354, ad. a. 1495).