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flanquée de deux tours rondes à chapeau pointu. Et l'on doit traverser une sorte de campement, entouré de fossés, où se tiennent les gardes, les pages, les gens du commun de la maison. On pénètre dans une cour assez grande qu'une barrière sépare des carrés de légumes. Quand on la traverse de biais, on rencontre un abreuvoir et un puits, et l’on gagne un bel escalier à vis. Sur le grand côté de cette cour règne une jolie galerie!, cloisonnée de verrières. Elle mène à la petite chapelle de Saint-Jean qui se retourne à angle droit avec les bâtiments d'habitation *. La façade donne sur le parc enclos de barrières où sont des jardinets carrés. Les communs et les écuries bordent l’autre côté de la cour et butent à la vis. Longtemps le Plessis avait été une maison de chasse, comme les Forges, mais plus importante. Louis y avait ses chiens et ses oiseaux, ses lévriers, ses daims et ses dogues à colliers de cuir rouge de Lombardie. Et dans le parc, on lâchait lièvres, renards et sangliers pour les faire courre par les chienst. Louis y avait des volières, quatre grandes cages pour ses oiseaux, perdrix, cailles, mouettes blanches, paons blancs. Dans la prison® sont quelques prisonniers portant de grosses chaînes à sonnettes et de curieux fers avec .des boules, des bracelets à serrure que fabrique M° Laurens Wrine, canonnier. En ce temps, le vieux château fut abattu. On renouvela le mobilier, la tapisserie usagée. On apporta des bancs, des tables, des escabeaux. On installa des cuves
1, Le roi aimait les galeries : il y faisait sa promenade et passait sans être vu du dehors. On trouve ces galeries à la. Salle-le-Roi, à Amboise, à Cléry et dans certains -sanctuaires (A. Gandilhon, op. cit., t. XXI, p. 84).
‘2. En 1479,établissement au château d'un curé, d’un vicaire et de deux chapedlains (Bibl. nat., ms. fr. 32577, fol. 371Y°).
3. Bibl. nat., Cab. des Estampes, Top. Va 71, fol. 30, 31, 32; W. H. Louvyrette et -de Croy, Louis XI et le Plessis-lès-Tours, Tours, 184r. Cf. l'inventaire raisonné des titres de la procure du couvent des Minimes du Plessis (Arch. d'Indre-et-Loire, H, 690).
4. J'ai tiré tous les détails qui suivent du compte de la chambre du roi de 1478- 1481 (Arch. nat., KK. 64).
5. On monte trois forges au Plessis pour faire une cage de fer. 11 y a une prison avec un (reillis de fer (fbid.). Le roi y avait quelques prisonniers d'Arras. Mais d'une daçon générale, le roi Louis s'en débarrassait en les envoyant à Tours.
pour les bains. Et M° Jean Bourdichôn, enlumineur, demeurant à Tours, peignit dans la chapelle une nouvelle image de Notre-Dame, le roi faisant porter avec lui, à sa dévotion, l'ancienne.Jean Bourdichon colorie dans la chapelle l’image de saint Martin et du pauvre, que Jacquet François, faiseur d'images, avait taillée dans le bois. Il peindra encore les grands rouleaux que tenaient des anges de trois pieds où on lisait l'inscription Misericordias Domini in œternum cantabo, que le roi avait fait placer en plusieurs lieux!. C’est bien tout le luxe du Plessis.
Ainsi le roi s'était installé, lui qui avait toujours été sur les routes, dans ses rendez-vous de chasse, ou flotté sur les maisons de bois de ses chalands. On ne porte plus à dos de cheval son lit et sa cuve pour les bains. On place quelques meubles dans sa chambre, des bancs et son horloge portative qui sonne les heures”. Le roi a ses baignoires, ses chandeliers, ses coquemars, ses tisonniers ; on calfeutre les galeries. Louis fait apporter ses livres®, quelques volumes d'histoire et des traités de médecine. Il a deux jeux de billard et deux jeux de boules. Dans sa chambre sont les cages rondes de ses serins et des petits oiseaux que le roi aime tant. Louis a près de lui ses chiens préférés qui dorment sur des coussins de laine. Quelques clous dans les boisages et l’on suspend sa tapisserie. Pierre Benoist s'occupe du jardin.
Telle est la maison du roi au Plessis. Et parfois on doit déménager en hâte, quand la Loire déborde. On évacue toute
1. Arch. nat., KK. 64, fol. 126. — Bourdichon a peint en ce temps-là pour le roi da « ville de Caudebec » (Ibid., fol. 91).
2. Ibid., fol. 124 "°. — Dans sa chambre, il y a « deux tableaux esquelz sont collez et assiz les pourtraitures de deux damoïselles faittes sur papier » et trois chandeliers d'argent doré à ornements de feuillages (document cité par A. Gandilhon, op. cit., t. XXI, p. 22).
3. Jean Bourdichon écrit pour lui le Papaliste, qu'il enlüumine de dix-neuf « riches histoires » (Arch. nat.,KK. 64). Louis a acheté à Regnault Fillole, écrivain de Tours, deux livres de médecine (/bid., fol. 16r v°). Fillole écrit pour lui « un petit traité du régime » (Ibid., fol. 168 vo).