‹ Louis XI. Tome second: Le roiChapitre 48 sur 289 · Commynes, 1, p · texte numérisé non relu

Commynes, 1, p

Ses gens meltent pied à terre, se donnent du cœur en commençant par défoncer des pipes de vin : ils plantent un piquet devant eux suivant la bonne et vieille tactique des Anglais !. Et, sans doute, ils eurent le tort de ne pas persévérer dans cette attitude et de remonter à cheval.

Les gens du roi venaient à la file par la forêt de Torfou et ils n'étaient pas d’abord en nombre.

Une escarmouche commence au bout du village de Montlhéry d’une manière assez confuse. Les Bourguignons, qui étaient les plus nombreux, prennent une maison, y mettent le feu, entrent dans la rue. Le vent les servait qui chassait le feu contre les gens du roi : ces derniers commencèrent à fuir. Les gens de Louis étaient massés vers le château de Montlhéry ; ils avaient un fossé devant eux. C’est un bon territoire, où les champs sont hérissés de blés et de grains. On s’observe, on se canonne. Les pièces françaises sont sur la colline, et leurs boulets passent au-dessus de la tête des Picards, tandis que les serpentines bourguignonnes de Charolais creusent des files dans l’armée royaliste.

Les archers du comte de Charolais marchaient à pied devant lui, venant de Longjumeau, et en mauvais ordre. On aurait dû faire une pause pour leur donner haleine, ce qu'on ne fit pas. Le chemin était long; les blés, drus et forts, les empêchaient d'avancer. Il était près de midiet il faisait « hideusement chaud ». Il fallait bien faire quelque chose si l’on voulait gagner la journée avant le soir. Les gens du roi Louis passent la haie qui les dissimulait; et c'est la mêlée avec les hommes d'armes, et surtout avec les cavaliers bourguignons qui se jettent sur eux si rapidement qu'ils n’ont pas le temps de tirer une flèche. Les Bourguignons se croient déjà vainqueurs. Car ils viennent de charger la colline où se tient Louis avec sa « bataille ». Mais, voyant

1. J'ai surtout suivi le témoin oculaire qu'est Commynes. Cf. l'Appendice de

B. de Mandrot à la Chronique scandaleuse, 11, p. 4oo-4n2. La relation publiée par Lenglet du Fresnoy (Commynes, Preuves, II, p. 484). Bibl. nat., fr. 1278, fol. 2710.

son avant-garde ramenée, Louis s'est jeté en avant. On crie : « Le roi est pris! » Mais il a relevé la visière de son casque : « Vous voyez bien, mes enfants, que je ne suis pas pris! » Il ajoute : « Retournez et n'ayez crainte, car la victoire sera à nous, ne fussions-nous plus que six pour combattre les Bourguignons ? ! » Et les gens du seigneur de Ravenstein et de Jacques de Saint-Pol sont rompus à plate couture, ramenés jusqu’à leurs chariots. La plupart s’enfuirent jusqu’à la forêt de Séguigny. On retrouva certains cavaliers au pont de Saint-Cloud, à Pont-Sainte-Maxence*i Nobles du Dauphiné et Savoyards les poursuivent. Ce fut un beau désordre.

Charolais avec ses compagnons était demeuré à la garde de son artillerie. Charles se croit vainqueur parce que les siens ont culbuté l'avant-garde française. Il monte à cheval, crie aux siens d'en faire autant et s’élance par la route d’Orléans pour couper la retraite à ses adversaires. Le voici, tout à coup, isolé dans ces champs de blé qui sont maintenant foulés, où une poussière aveuglante s'élève, dans ces champs, semés de morts et de chevaux, où l'on ne distingue plus rien. Il ne songe qu'à « chasser », à faire des prisonniers,suivant la coutume féodale. Il ne sait plus ce qu'il fait, court droit devant lui. On lui dit que les Français se sont ralliés. Charolais rencontre cette « flotte de gens de pied » qui fuyaient. Il les charge. Mais ce ne sont pas des moutons. Et l’un de ces Français se défend si vigoureusement qu'il porte au comte un terrible coup de vouge, et le blesse à l'estomac. Charolais reçoit un autre coup d'épée à la gorge, carila perdu sa bavière. Mais les gens du roi, qui viennent de faire un terrible massacre des Bourguignons demeurés à la garde des charrois, pillent et trouvent au retour à qui parler.

Les Français se sont retirés sur le fossé qu'ils occupaient

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