‹ Louis XI. Tome second: Le roiChapitre 73 sur 289 · Commynes, I, p · texte numérisé non relu

Commynes, I, p

était quelque peu refroidi : il tint conseil une partie de la nuit. Louis ne perd pas confiance dans les ressources de son esprit. Il fait de grandes promesses à tous ceux qui pourraient l'aider ; et comme il savait le pouvoir de l'argent, il ordonna de distribuer 15 000 écus : ce fut Balue, qui avait beaucoup contribué à la venue du roi à Péronne, qui remplit cette mission de confiance et se réserva d’ailleurs une partie de cette somme. |

Le conseil de Charles était divisé. La plupart des conseillers estimaient qu'il y avait lieu de donner la sûreté à Louis, vu qu'il accordait la paix en la forme où elle avait été mise par écrit. Mais d’autres préconisaient qu'on s’assurât de lui, rondement et sans cérémonie, et qu'on fit venir son frère, Charles de France. Le roi prit les devants et fit lui-même des ouvertures, offrant la paix, de tout réparer au sujet des Liégeois pourvu qu'on le laissât retourner à Compiègne ; il proposait des otages. |

Et pendant la troisième nuit, Charles ne se déshabilla pas. Il marchait dans un grand trouble, se jetant seulement deux ou trois fois sur son lit. Commynes se promenait avec lui dans la chambre. Au matin, Charles était plus irrité que jamais, plein de menaces, et prêt à passer à l'exécution d’un mauvais coup. Si le roi consentait à l'accompagner à Liége, pour l'aider à tirer vengeance de l'évêque qui était son parent et qu'il jurât la paix, il lui ferait grâce. Et tout à coup, Charles sort pour aller dans la chambre du roi lui dire ce qu'il avait sur le cœur. |

Mais Louis avait eu dans la place un ami discret : c'était Philippe de Commynes qui l’avait averti des intentions de Charles à son sujet. Il savait le grand péril qu’il allait courir. Devant ce furieux, Louis averti ne résistera pas. La voix de Charles est tremblante, ses gestes brusques; il demande à Louis s’il veutjurerletraité de paix. Le roi répond que oui. Et le duc lui demande encore s’il ne veut point venir avec lui à Liége pour l’aiderà tirer vengeance des Liégeois, car illetient

pour responsable de leur trahison. Et le roi répond qu'il était content d'y aller, d'y mener des gens en grand ou petit nombre, comme bon semblera à Charles’. Le duc de Bourgogne est aussi surpris que réjoui. On apporte le traité de paix qui est tiré du coffre du roi, ainsi que la vraie croix que Charlemagne portait, et qui s'appelle la croix de victoire. Louis prête serment, tandis que sonnent les cloches et que les gens se réjouissent de cet accord. Il regarde avec amitié et reconnaissance le chambellan de Charles de Bourgogne, ce Philippe de Commynes qui l’a sauvé *.

Le 14 octobre, le roi écrivait une lettre au grand maître de France, le comte de Dammartin. Il rappelait les longues discussions des gens de son conseil avec ceux de son beau frère de Bourgogne. Enfin il était venu jusqu'à Péronne, et il avait tellement besogné que, grâce à Notre Seigneur, tous deux avaient juré la paix sur la vraie croix et de « secourir l'un l’autre à jamais ». Son frère de Bourgogne avait déjà demandé des actions de grâces dans les églises de son pays. Sur quoi Charles avait su que les Liégeois avaient pris son cousin, l'évêque de Liége, qu'il voulait délivrer. Il l'avait supplié de lui prêter secours, vu que l’évêque était son parent, et d'aller avec lui jusqu'aux marches de Liége qui sont proches : « Ge que je Iluy ay ottroyé, et ay mené en ma compagnie partie des gens de mon ordonnance... en espérance de brief retourner, moyennant l’aide de Dieu ». Et le roi demande que l'on fête l'événement, qu’on renvoie les francs-archers qui foulent toujours le pauvre peuple3. Une circulaire semblable est rédigée à l’usage des bonnes villes.

Alors le roi Louis se met à sa table, et il signe l’étonnant

1. Voir le récit analogue fait à Jean Bourré par un témoin (G. Bricard, Jean Bourré, p. 108).

2. Commynes, p. 146-150. Cf. Lenglet du Fresnoy, Preuves, III, p. 17.

3. Lettres, Il, p. 289-291. — M. de Reilhac écrivait au contrôleur, le 13 octobre : « Le roy s'en va demain avec M. Bourgogne en Liége et y va de très bon cœur... Je suis arrivé à l'heure que j’eusse voulu avoir esté perdu en Jérusalem ; mais, Dieu mercy, le maistre et ses serviteurs sont en sûreté » (Lenglet du Fresnoy, Preuves, IIE, p. 8r).

paquet de lettres « donné audit lieu de Péroune, le XIV° jour d'octobre, l’an de séree mil GCCC soixante- huit, de nostre regne le huitiesme..

Mais est-il roi A Car le conseil de Charles lui fait signer le reniement de toute son œuvre. La fiction est toujours la même : une journée a été tenue à Ham en Vermandois entre les gens de notre très cher frère le duc de Bourgogne et les nôtres ; cette journée a été remise à Péronne où nous nous sommes rencontré avec notre frère et cousin. Et après avoir entendu plusieurs requêtes et doléances, nous sommes tombés d’accord sur les points suivants, etc. Le duc de Bourgogne recevra les tailles, les aides de quelques prévôtés de Picardie et nommera les élus d'Amiens? ; en don, il aura la terre de Mortagne, la jouisssance paisible du grenier à sel de Grandvilliers“. Sans empêchement des offi- <iers du roi, il recevra l'hommage des vassaux du comté de Ponthieu, des prévôtés de Vimeu, Beauvaisis, Foulloy 5. Ses serviteurs, vassaux et sujets sont exemptés du service personne] pour la défense du royaume‘. La prééminence du sceau du duché de Bourgogne estreconnue en matières de créance’. Mainlevée est donnée des terres saisies sur le duc de Bourgogne et sur ceux qui avaient embrassé son partif. Louis reconnaissait la juridiction du duc de Bourgogne et celle de son grand conseil. Ainsi il reniait son œuvre qui tendait à l'assimilation et à l'unité”.

Et surtout Louis devait renoncer, pour le Parlement de

. Le traité du 14 est dans Lenglet du Fresnoy, Preuves, IIX, p. 22- rade Voir les a. qui suivent, p. 43, 44, 47, /9, 52, 53, 54, 56, 58, 60, 62.

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