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payer le salaire d'une suite fort réduite par la disgr&ce, persistant toujours & s'adresser à son fils, mais en vain, elle avait abaissé son orgueil jusqu'à implorer cet ancien protégé qui, d'ami intime, était devenu un intermédiaire entre la mère et le fils, puis avait abandonné la mère dont il était resté l'inexorable ennemi; Richelieu fut sourd k cet appel. La reine mère, partout rebutée, tomba jusqu'à la plus profonde misère. Dans les derniers mois de sa vie, elle parut vouloir étaler son dénûment. A l'approche de sa mort, à Cologne, on la vit montrant à tous ses vêtements déchirés, sa chambre vide de meubles, etla veuve d'Henri IV, l'aocienne régente de France, la mère d'un roi dont le nom était grand à l'étranger, la femme qui comptait quatre de ses enfants parmi les souverains de l'Europe, mourut abandonnée dans une misérable chambre d'auberge, sans être sûre qne ses dettes seraient payées. L'histoire n'offre pas d'exemple plus saisissant de l'ambition ch&tiée. Mais quand une mère est ainsi punie par son fils, c'est pour lui qu'est le châtiment. Quelles qu'aient été les fautes de Marie de Médicis, et sa persistance à se joindre jusqu'à la fin à ceux qui prenaient les . armes contre le roi de France, quelques criminels projets qu'elle ait un moment formés en faveur de Gaston et au détriment de Louis XIII, celui-ci dut profondément gémir de s'être montré implacable, et le tableau d'une si triste mort a sans doute souvent hanté ses nuits d'insomnie et de sonffrances.
Les derniers jours de l'existence de Richelieu ne
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furent pas moins cruels pour l'homme. Non-seulement sa santé délabrée et son corps épuisé lui faisaient pressentir une fin prochaine; mais aux souffrances physiques vinrent s'ajouter de véritables tortures morales. Si les témoignages irrécusables que nous venons de produire établissent la continuité de la confiance et de l'affection de Louis XIII pour son ministre, il n'en est pas moins certain que celui-ci, extrêmement ombrageux et méfiant, n'a jamais cessé de mettre en doute des sentiments qui pourtant se manifestaient sans interruption. C'est parce que le roi connaissait bien cette nature inquiëte et soupçonneuse à l'excès, qu'il a toujours multiplié les preuves de son dévouement inaltérable et de son inébranlable amitié. Mais Richelieu considérait comme non avenus les témoignages donnés, et, négligeant le passé, il tenait constamment les yeux fixés sur l'avenir qui lui apparaissait de plus en plus sombre. Ce fut là le tourment de sa vie et comme l'expiation de son admirable génie. Car les hommes les plus éminents, ceux qui semblent placés hors de pair par les dons qu'ils ont reçus de Dieu et par leur haute situation, expient toujours par quelque côté leur supériorité. Dans le milieu de l'année 1642, Richelieu succombait sous la crainte incessante d'une chute. Plus haut il était monté, plus la catastrophe d'une disgrâce lui semblait imminente. Sur le sommet, en apparence inaccessible, où il s'était élevé, il ne pouvait détourner son regard de l'abîme. Ce vertige moral, espèce de monomanie invincible, le minait
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lentement. Comme toutes lea terreurs chimériques que, dans le principe, on u'a pas su dompter, celleci s'était accrue avec le temps et devenait une véritable torture. Ce grand homme, sur lequel l'Europe avait les yeux fixés et dont l'esprit puissant agitait le monde, payait ainsi son tribut à l'humaine faiblesse. Celui qui avait réussi dans toutes ses eutreprises, parce qu'il avait tout fait converger vers le but poursuivi, celui dont la politique triomphait partout, et qui voyait son œuvre accomplie, les frontières de la France agrandies, la noblesse paralysée, l'autorité royale restaurée, les finances réorganisées, l'Espagne battue ; celui qui tenait dans ses mains vigonrenses toutes les forces vives de la nation, qui s'était rendu maître de tout ce qui a de l'influence sur la société, qui avait à ses ordres même l'opinioD publique qu'il dirigeait par ses poètes et ses gazetiers, avait perdu tout repos. Agité par des craintes imaginaires, ses nuits s'écoulaient sans sommeil, il croyait sans cesse avoir à disputer sa vie à des assassins. A son &me troublée apparaissaient constamment non les échafauds que sa politique inexorable avait fait dresser (Richelieu ne regrettait rien de ce qu'il avait accompli pour le bien de l'État), mais ses ennemis conjurés pour le perdre et préparant des trames nouvelles.
 un moment ses terreurs furent telles, et le délire de son imagination malade l'entraîna si loin, que Louis XIII montra une réelle irritation. Richelieu, dont les gardes dévoués veillaient à toutes les portes