A LA FIN DE SA VIE
de son palais et raccompagnaient jusque dans ses visites chez le roi, alla jusqu'à exiger de son maître le renvoi de cinq officiers de la garde royale, lesquels il soupçonnait d'un projet d'attentat contre ses jours*. Louis XIII, qui sait l'injustice de ces soupçons, résiste. Le cardijaal veut alors se retirer dans son gouvernement du Havre, car là seulement, ditil, il se croira en sûreté. Le roi céda et ses cinq officiers furent sacrifiés. Ce ne fut pas la moindre preuve d'affection qu'il donna à son ministre. Louis XIII sentait bien qu'il commettait un acte injuste. Son cœur le lui imposa. Il eut pitié de l'état lamentable de Richelieu, et il satisfit le caprice d'un malade. Mais son esprit si droit, si équitable, en fut froissé. n en eut quelque honte et il dédommagea par des dons considérables ceux qu'il éloignait iniquement de sa personne.
Si courte qu'eût été la lutte, l'acharnement avec lequel Richelieu avait impérieusement exigé l'exil
* Ces cin^ officiers étaient Tréville, BeauDuy, TiUadet. la Salle et des Essarta. Voir, au sujet de cette affaire, que l^istoire a démesurément grossie, plusieurs mémoires adressés par Richelieu au roi et publiés dans le tome VII, pp. 155. 163, 168 ot 173 des Papiers d'État, lettres et instructions diplomatiques de Richelieu. Voir aussi les lettres adressées à Richelieu par Cnavigni pendant tout le mois de novembre. {Même volume, pp. 178, 179, 180 et 181.)
En appréciant cet incident, M. Ayenel a vivement blâmé Richelieu, ce oui est naturel. Mais nous nous étonnons que le savant éditeur ait ajouté :«0n comprend les résistances et l'impatience du roi : n*avait-il pas fait asses en abandonnant la tête de son favori?» En laissant punir Cinq-Mars, Louis XIII n'avait fait que son devoir de roi. Cinq-Mars, traître à la France et vendu aux Espagnols, méritait la mort. Pourquoi présenter sa condamnation comme un sacniice fait par le souverain aux vengeances du ministre ? Il faut laisser aux romanciers le soin de faire de Cinq -Mars une touchante victime de la haine du cardinal et un favori immolé par un roi qui l'aimait. Nous avons vu qu^une première inclination de Louis XIII s'est changée en répulsion, dès que se sont révélés les projets ambitieux de l'inconsidéré jeune homme. Louis XIII n'a eu, en réalité, aucun sacrifice à faire en le laissant condamner.