AFFAIBLISSEMENT DE LA SANTÉ
de ses prétendus ennemis acheva d'épuiser ses forces. Abreuvé d'inquiétudes, torturé par des soucis qu'il se créait à lui-même, bien plus malade d'esprit que de corps, et fournissant sans cesse des aliments nouveaux à son imagination ardente, Richelieu se tuait lentement. Ce pouvoir suprême qu'il redoute tant de se voir arracher, c'est de ses propres mains qu'il va l'anéantir, en hâtant encore la fin d'une vie qui s'échappe.
Il n'avait pas supporté sans de vives souffrances le long voyage qu'il dut accomplir pour se rendre de Tarascon à Lyon, puis de Lyon à Paris. Porté dans une confortable litière sur les bras de ses gardes jusqu'à Roanne, et s'acheminant à petites journées, ayant ensuite descendu la Loire jusque près de Bourbon-Lancy, puis jusqu'à Briare, dont il suivit le canal qui le conduisit à Nemours, il s'était fait ensuite porter à Fontainebleau, puis à Yalvein, d'où, 8*embarquant sur la Seine, il se dirigea sur Paris ^ Partout il avait reçu les marques du plus profond dévouement. Le roi s'était empressé do venir l'attendre à Fontainebleau et lui avait prodigué les témoignages les plus incontestables d'une vive affection. Dès l'arrivée du cardinal à l'hôtel d'Albret, Louis XIII vint l'y voir. « Il l'embrassa étroitement par deux fois et ils furent tous deux assez longtemps sans parler, ce qui s'attribua à l'excès de la joie*. » Après
* Gazette de France du 18 octobre 1642.
■ Lettres d'Henri Amauld, abbé de Saint-Nicolas, aa président Barillon. (Bibliothèoue nationale, manuscrits, fonds français, t. 20635, copies. Lettre dtt 19 octobre 1642.)