‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 105 sur 137 · ENTRETIENS AVEC LE ROI · texte numérisé non relu

ENTRETIENS AVEC LE ROI

il fut saigné deux fois le dimanche 30. La duchesse d'Aiguillon, sa nièce, et les maréchaux de Brézé et de la Meilleraye, ses parents, vinrent aussitôt loger au Palais-Cardinal, où le roi accourut de Saint-Germain et fit éclater à tous les yeux son désespoir V Le lundi, la matinée fut bonne, et Ton conçut quelque espoir; mais, vers trois heures de l'après-midi, un long crachement de sang et une extrême difficulté à respirer ranimèrent tout à coup les inquiétudes. Il demanda lui-même à se confesser à Tévêque de Chartres, qui, dans la nuit du lundi au mardi, célébra la messe devant le lit du cardinal et le communia'. Dans toutes les églises de Paris des prières publiques étaient dites et Louis XIII vint une seconde fois de Saint-Germain '. Un peu soulagé par deux nouvelles saignées, le malade put s'entretenir longuement avec son royal maître \ Sa voix, auparavant devenue très-faible, se raffermit pour cet entretien suprême. « Sire, dit-il, voici le dernier adieu. £n prenant congé de Votre Majesté, j'ai la consolation de laisser votre royaume dans le plus haut degré de gloire et de réputation où il ait jamais été, et tous vos ennemis abattus et humiliés. La seule récompense de mes peines et de mes services, que j'ose demander à Votre Majesté, c'est qu'elle continue à

a nro/éréeSt envoyé à Mv de Fontenay-Mareuil, ambassadeur du, roi à Hotne» (Bibliothèqae nationale. L^-**, n*3315.)

I Récit de ce qui s'est passé un peu avant la mort de Mf le cardinal de Richelieu, arrivée le jeudi 4 décembre 1642, sur le midi. (Bibliothèque nationale, ,. „ , ^ . "^0, f. 296 à 300.)

passé, etc,,f. 2.

manuscrits. Fonds Dupuy, t. 590, f. 296 à 300.) * Journal de ce qui s est fait et prt

» Idem.

* Récit de ce qui s'est passé un peu avant la mort, etc», f. 297, r*.

400 PUASES DIVERSES

honorer de sa protection et de sa bienveillance mes neveux et mes parents, Je ne leur donnerai ma bénédiction qu'à la charge qu^ils ne s'écarteront jamais de Tobéissance et de la fidélité qu'ils vous doivent et qu'ils vou sont vouées pour toujours*. » Le roi le promit à Richelieu, qui lui recommanda les ministres alors en fonction et en particulier Mazarin^dont il dit qu'il ne savait personne plus digne que lui de le remplacer. Louis XIII s'engagea à suivre, en cela comme en toutes choses, les avis du cardinal, et, comme on apportait au malade deux jaunes d'œuf , le roi voulut les lui présenter lui-même et le servit de ses propres mains*.

Le soir venu, le mal ayant redoublé et deux nouvelles saignées ayant été jugées nécessaires, il demanda aux médecins combien de jours il avait encore à vivre ; et comme ils hésitaient à lui répondre, « Monsieur Chicot, dit-il en s'adressant à l'un des médecins du roi, je vous conjure, non comme médecin, mais comme mon ami, de me parler à cœur ouvert. — Monseigneur, répondit le médecin, je crois que dans vingt-quatre heures vous serez mort ou guéri. — C'est parler comme il faut, répliqua Richelieu. Je vous entends'. » Au milieu de la nuit du mardi au mercredi, vers deux heures du matin, le malade voulut recevoir l'extrême-onction. Sa chambre est remplie de maréchaux, d'évèques, d'abbés,

* L«Ure d*Henri Arnauld, du 6 décembre lB4it. V. aussi \\ Louis XIII» par le P. Oriffet, t. III. p. 575.

* Béeit de ce qui s'est passé un peu avant la mort^ etc., t. 297, r*, » Idem, f. 298, r*. Le P. Oriffet, t. III, p. 576.

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