‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 106 sur 137 · DE LA MALADIE · texte numérisé non relu

DE LA MALADIE

de gentilshommes, et les personnes dé sa maison s'y introduisent aussi, avides d'assister à cette scène solennelle. Le curé de la paroisse de Sain t-Eus tache, portant les saintes huiles, entre à son tour. Il fait observer au malade que le rang qu'il occupe dans rÉglise dispense de lui adresser toutes les questions habituelles. Mais Richelieu supplie qu'on le traite « comme le commun des chrétiens. » Après l'énumération des principaux articles de la foi, le prêtre lui demandant s^il les croit : « Absolument, répondit Richelieu, et plut à Dieu avoir mille vies, afin de les donner pour la foi et pour l'Église. — Pardonnez-vous à tous vos ennemis? lui est-il demandé. — De tout mon coeur. Je prie Dieu qu'il me condamne si j'ai eu d'autre intention que le bien de là religion et de l'État*. » Pressa par le prêtre de supplier Dieu de lui rendre la vie et la santé. « A Dieu ne plaise, répondit-il, je ne demande ni l'un ni l'autre, mais sa seule volonté. » Comme le curé de Saint- Ëustache le prie de donner sa bénédiction à l'assemblée, le malade s'y refuse en disant : « Hélas ! je n'en suis pas digne*. » Puis U se recommaiade aux prières de tous les assistants qui ne peuvent lui répondre que parleurs cris et leurs larmes'.

' * RéeU de ce qui t'ett passé, ete.^ t. 298. r«. Cette réponse de Richelieu est évidemment l'origine du mot : « Je n*ai point eu d'autres ennemis que ceux de l'Etat, » mot que l'on commence à trouver dans les mémoires de Madame de Motteville (coUection Michaud, p. 42), et dans ceux de Monglat. (/d^m, p. 133.) Il en a été de ce mot comme de tant d'autres qui ont été condensés après coup pour exprimer une pensée dont le fond seulement appartient à celui à qui on les attribue. Nous avons préféré la version contenue dans un récit qui a été rédigé le lendemain même de la mort de Richelieu, aux affirmations d'auteurs qui ont écrit longtemps après l'événement.

* Journal de ce qui s'est passé, etc.» pp. 2 et 3.

• Idem, p. 4.

402 RÉSIGNATION OË RICHELIEU.

Le mercredi 3 décembre, les médecins rênoncërent à toute espérance. Mais un empirique, nommé Le* fevre, et qui venait de Trpyes, prétendit sauver le cardinal. Il lui fit prendre une potion et avaler une pilule qui, en effet, soulagèrent beaucouple maladeS Celui-ci put s'entretenir longuement avec de Noyers et de Chavigni et montrer sa lucidité et sa pénétration ordinaires en traitant plusieurs affaires de TÉ^ tat^ Vers quatre heures, il reçut de nouveau la vi* site du roi qui ne crut pas à la réalité d'une guérison et témoigna de nouveau une vive douleur. Louis XIII, qui ne devait plus revoir son ministre, s'éloigna fort affligé, et, avant de quitter le Palais-Cardinal, il se rendit auprès de la duchesse d'Aigailloa, à laquelle il témoignade ses sentiments d'affliction'. Cependant, une seconde pilule, 4onnée vers le soir par l'empirique, produisit encore un si bon résultat, que le bruit du rétablissement du cardinal se répandit dans Paris. La nuit ne fut pas mauvaise. Tandis que Richelieu reposait assez paisiblement, plusieurs de ses serviteurs priaient et communiaient dans la chapelle du palais, où se disaient à la fois deux messes, Tune d'action de grâces, l'autre pour les agonisants \ Celle* ci seule avait sa raison d'être.

La matinée du jeudi 4 décembre parut d*abord jufr*

4 Histoire de Louis Xttt du P. Griffet, t. III, p. 577. • Journal de ce qui s'est fait et passé, etc., p. 3.

s Béeit de ce qui s'est passé, ete,^ f. 300, r*.

A « D«iix religieax, lison8*nous dans le Journal déjà iwiatA, dliwat étm%,

passé, etc., p. 4.)

LA CRISK MORTELLE. (03

tifier les espérances conçues la veille. Le malade put recevoir, sans en être fatigué, la visite du Père le Mairat» supérieur des jésuites, qui lui apporta des reliques^ Il vit aussi, vers dix heures, des gentilshonunes envoyés par Monsieur et par la reine, lesquels il entretint avec une présence d'esprit et une netteté de vue remarquables. Puis peu à peu chacun se retira pour aller prendre du repos et il ne resta auprès du malade que sa nièce et le maréchal de Brézé. Vers onze heures, il tomba tout à coup dans une grande faiblesse. « Ma nièce, dit-il d'une voix encore fort nette, épargnez-vous la douleur de me voir mourir. Retirez-vous, je suis bien mal^. » La duchesse d'Aiguillon s'étant éloignée tout en pleurs, un carme, le Père Léon, est introduit par le maréchal de Brézé, et, se jetant au pied du lit, « Monsieur, ditril au malade, me reconnaissez-vous encore? — Oui, mon père. » Il était un peu plus de onze heures du matin. L'agonie commençait. Peu à peu, dans la chambre du moribond, et sur la sinistre nouvelle, ont pénétré les officiers de la garde, les gentilshommes, les évèques, les serviteurs, tous se pressant les uns les autres et contemplant une dernière fois le cardinal. Trois quarts d'heure durant, le Père Léon lui adresse les exhortations suprêmes* «Voulez-vous recevoir la dernière absolution? lui dit-il ensuite. — > Oui, lui est-il répondu d'une voile qu'on entend & peine. — Monsieur, ajoute le carme^ pour signe à

t Idem,

s Récit de ce qui s'est passé, etc,, fol, 2tl9« ft

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