‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 11 sur 137 · S8 ÉTAT DE LA COUR · texte numérisé non relu

S8 ÉTAT DE LA COUR

mença par blâmer silencieusement, puis par interdire ces excès. Il résista à Tinfluence de conversations souvent obscènes, d'exemples pernicieux, et le fils d'Henri IV a été, après Louis IX, le plus chaste, le plus continent des rois de France. Dans toute notre histoire, il n'est peut-être pas de caractère royal qui ait moins subi que celui de Louis XIII l'action directe du milieu dans lequel il s'est développé. Ou plutôt il a subi cette action, mais en sens contraire, car on ne se dérobe jamais à l'empire des spectacles qui ont frappé l'enfance. Mais, tandis que les uns cèdent au courant qui entraine tout autour d'eux, d'autres, beaucoup plus rares, sont doués d'une force assez puissante pour réagir. De ceux-ci •la vie, qui n'est qu'un long contraste, apparaît comme une singularité presque choquante aux contemporains, comme un curieux sujet d'étude à l'observateur lointain et impartial.

La jeune imagination du Dauphin fut de bonne heure frappée par les effets singuliers que produisait à la cour la conduite d'Henri lY. L'histoire, qui se maintient volontiers sur les hauts sommets, et qui d'ailleurs est parfois aussi excessive dans ses engouements que dans ses réprobations, s'est laissé séduire par cette figure si attachante, si populaire, si véritablement française, d'un roi dans lequel s\*st on quoique sorte identifié l'esprit de la nation et est venue se placer l'àme de la Franctî, et qui, politique d'action plus que de ponsoo, a tour à tour cédé, résisté, transigé toujours à propos, ot a ou

sous BBNRI IV.

l'honneur d'inaugurer à Tégard de l'Allemagne ce système national entrevu par François l" ot par Henri II et que devaient détinitivement faire triompher Richelieu, Mazarin et Louis XIV, Mais, comme rien ne saurait nous faire dévier de la poursuite du but que nous nous sommes proposé, nous devons ne pas hésiter à présenter même les côtés défavorables d'Henri IV, si cet examen, qu'ont jusqu'ici négligé avec soin ses historiens, est indispensable pour bien montrer comment s'est formé intellectuellement et moralement son fils, dont nous étudions le caractère.

On a beaucoup loué Louis XIV de l'esprit de règle, d'ordre et de discipline introduit par lui dans les habitudes et le langage de la cour, puis de la ville, de cette urbanité qu'il fit pénétrer dans les mœurs, de cette majesté incomparable rayonnant sur tout ce qui l'entourait, de cet air de véritable grandeur s'imposant bientôt comme un modèle a toutes les capitales de l'Europe, qui l'imitèrent sans pouvoir l'égaler. Combien ces éloges seraient plus vifs encore si l'on connaissait mieux l'état tout à fait contraire de la cour d'Henri IV, et par conséquent si l'on savait ce qu'il a fallu d'efforts opiniâtres, de persévérance dans la volonté, d'omnipotence dans l'autorité royale pour conduire en quelques années la société française d'une grossièreté presque avilisante à la plus exquise politesse ! Sans nous arrêter trop longtemps sur ce qui n'est qu'épisodique dans cette étude, nous ne pouvons néan-

moins nt^-gliger de montrer lus Irisles tableaux qui se sont olFerts de bonne heure à l'imagination prématurément excitée du fils aîné d'Henri IV.

Le goût ne saurait devancer les mœurs. Or, nu commencement du xvn* siècle, tes mœurs, qui avaient conservé la rudesse gauloise, s'étaient en outre viciées par la corruption do l'Italie en décadence et par cette licence propre aux temps de violence et de guerres civiles. La chevalerie avait disparu sans que se fussent encore établies les mœurs réglées des temps modernes. Le vice se déployait librement, ne songeant ni à se déguiser ni à se contraindre. La valeur n'avait pas diminué, mais, rude et brutale, elle n'était plus accompagnée, comme au moyen âge, de cette loyauté chevaleresque, de cette générosité magnanime qui formaient jadis sa parure. Les homînes braves étaient encore nombreux, les Véritables gentilshommes, fort rares. La coor, sur laquelle se modelait ta nation, étalait au grand jour les habitudes les plus grossières. Le roi vivait ouvertement avec ses maîtresses, comme sa première fumtne avait vécu avec ses amants. Henri IV, qUl tivait liggravé ses propres écarts par son indîffércncd pour ceux de la reine, de telle sorte qu'on avait vu dans la bonne intelligence des deux époux une es^ pèco do consentement mutuel ii la violation dt! toute morale ', Henri IV, qui poussa le scandale jusqu'à altcnlcr à l'honneur des princes do sa fa-

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mille, autorisait par son exemple tou» les désordres et tolérait une dissolution qui n'a jamais atteint de telles limites. Ce n'est pius un Tallemant des Réaux, écrivain fort suspect , dont nous invoquons ici le témoignage. C'est un témoin désintéressé, sincère, naît, dévoué à Louis XIII comme à Henri IV, et qui ne s'adresse dans sa déposition ni à ses contemporains ni à l'histoire.

Le langage du roi, celui des premiers officiers de la couronne, leur attitude envers le Dauphin, les moyens d'éducation employés avec lui, cette promiscuité répugnante de deux reines légitimes * et de nombreuses maîtresses avouées', des jeux vulgaires et bas, des divertissements dépourvus de noblesse et de distinction, des conversations crûment obscènes, tout indique une profonde et générale dépravation. Bientôt, et soua Louis XIII même, on surprendra une action toute conti'aire exercée par la roi sur la cour et par le grand monde sur la nation. Bientôt se produira ce mouvement dû d'abord à l'exemple de Louis XIII, puis h Tinfluence de quelques personnes d'élite, grâce auxquelles on verrtl le goût se redresser, la langue se réformer avec lés mœurs, les esprits dévenus plus raffinés s'élévér & la conception des jouissances délicates et à l'intel-

I Margneriie àe Valoii, première fomma lègiliini' d'Henri IV, el Mario ila

dgi Ésattita, U princaaa* de Condé.

le Dayelle. lu Rsbourn, mi d'Ëluige, la cdmtèsai

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