‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 12 sur 137 · AVERSION DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

AVERSION DU DAUPHIN

ligence du beau idéal. Bientôt enfin, en même temps que la règle et Tadministration s'introduiront dans FEtat, en même temps que le gouvernement approchera de son point de perfection, c'est-à-dire de la grandeur dans Tordre, commencera à poindre cette fleur de politesse dont le parfum exquis va se répandre sur tout le grand siècle. Mais alors ni les sentiments n'étaient ennoblis, ni la langue disciplinée, ni le goût épuré, ni la cour policée. Point de décence dans le maintien, point d'ornements délicats dans le langage. Nulle part on ne saisissait les finesses du bien dire et les sentiments des convenances. C'était partout comme une émulation et une enchère de galanterie commune et presque cynique. La vulgarité et la corruption s'étaient peu à peu iniiltrées jusque dans les couches les plus profondes de la société.

Tel était l'état de la cour, tel l'état de la société française modelée sur elle, quand le jeune Dauphin commença à observer, à comparer, à juger. C'est sur les scènes les plus grossières, c'est sur les tableaux les plus licencieux que se reposèrent ses premiers regards. Mais, dépourvu de faiblesse, il résista à un contagieux entraînement. D'un goût naturellement pur et sain, d'un esprit juste et droit, il discerna bien vite et condamna la perversité de son entourage. Une de ses premières préoccupations fut, comme il le dit lui-même, de « fuir l'amour, » dont il apercevait, avec une invincible répugnance, autour de lui les tristes effets. « Serez-vous aussi

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ribaud que le roi? » lui demande sa nourrice. «Non,» répond-il après un moment de réflexion * .

Cet éloignement pour les plaisirs illégitimes, qui caractérisera le prince « aux amours spirituelles et aux jouissances toujours vierges, » comme a dit un contemporain, le Dauphin sut bien le manifester dès sa plus tendre enfance, et de la façon la plus claire, par une haine insurmontable contre ses frères bâtards. Ils étaient ses compagnons de jeu et de table, parce qu'on les lui imposait. Mais, par instinct, il les abhorrait, les frappant sans motif, les supportant avec peine auprès de lui et refusant absolument de les nommer ses frères. Henri FV, l'ayant un jour battu de verges sans parvenir à vaincre une résistance opiniâtre, lui en demanda la cause. « Ils ne sont pas fils de maman', » répondit le Dauphin. Le jour où la comtesse de Moret, une des nombreuses maîtresses du roi, accoucha d'Antoine de Bourbon, qui fut plus tard comte de Moret, comme on annonçait au Dauphin qu'il avait un nouveau frère : « Qui est-il? demanda-t-il fort étonné. — Monsieur, lui répondit-on, c'est madame la comtesse de Moret qui est accouchée d'un fils. — Oh ! oh I il n'est pas à papa. — A qui est-il donc? — Il est à sa mère, rien qu'à sa mère ; et, ajoute Héroard, il ne voulut jamais dire autre chose, tout fâché et comme s'il allait pleurer'. » Lors de la naissance de Jeanne- Baptistisne de Bourbon, fille d'Henri IV et de Char-

1 Journal d'Héroard. Journées des 9 juin 1604 et 21 octobre 1608.

* Idem. Journée du 26 février 1605.

* Idem. Journée du 9 mai 1607.

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