‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 116 sur 137 · DÉLABREMENT DE LA SANTÉ · texte numérisé non relu

DÉLABREMENT DE LA SANTÉ

puisque, dès la fin de 1640, la diète do Raiisbonnc avait choisi ces deux villes comme devant être le siège d'un congrès, et que, par les préliminaires d'Hambourg, on avait établi la liberté de circulation entre les deux villes et la suspension des hostilités autour d'elles. Or ces préliminaires remontent au 25 décembre 1641, c'est-à-dire à une époque antérieure d'une année à la mort de Richelieu.

Ainsi donc, soit en donnant suite aux projets do négociations, soit en fortifiant les armées, afin de rendre par de nouveaux succès la paix plus prompte et plus avantageuse à la France, Louis XIII et Mazarin continuaient Tœuvre de Richelieu. Mais le moment approchait où Mazarin seul serait chargé de cette laborieuse tâche.

La santé du roi, ruinée de bonne heure par le régime débilitant auquel le soumettait la médecine du temps, déclinait visiblement. Ce corps, régulièrement affaibli par des purgations répétées et par des saignées périodiques, était depuis longtemps hors d'état de résister à une maladie un peu grave. Nonseulement la médecine do Tépoque avait exercé sur lui ses effets désastreux, mais des causes morales avaient contribué aussi à affaiblir une constitution naturellement vigoureuse et saine. En quelque sorte dès le berceau^ ce prince avait comprimé ses sentiments naturels et réussi à refouler au fond du cœur ses inclinations comme ses répugnances. Son aversion pour les bâtards se heurtant contre la volonté d'Henri IV, qui l'obligeait à vivre avec des frères

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instinctivement détestés; sa haine pour Concini se heurtant contre la volonté de Marie de Médicis, qui confiait le pouvoir à un favori abhorré de Louis.XIII ; certaines défiances conçues à Tendroit d'Anne d'Autriche, qu'il soupçonnait d'être demeurée Espagnole de cœur et qu'il voyait avec peine couvrant de sa protection plusieurs ennemis de Richelieu ; les rigueurs qu'il fut contraint d'exercer contre sa mère dont tous les torts ne suffisent pas à justifier le triste abandon dans lequel on la laissa mourir ; son vif penchant pour madame de Hautefort et mademoiselle de la Fayette, penchant qu'il se crut obligé de combattre et dont il triompha ; son affection pour tant de favoris dont il dut se séparer parce que tous aspiraient à renverser Richelieu ; la conduite de Gaston, chef do toutes les conspirations contre la royauté, et qu'on accusa de vouloir le remplacer un jour comme second époux d'Anne d'Autriche, ce furent là autant de souffrances cruelles qui déchirèrent le cœur de Louis XIII et firent de sa vie une longue et incessante immolation au devoir. Il fut torturé dans ses sentiments de fils, d'époux, d'ami et de frère. Il se vit condamné pour le bien de l'Etat à combattre les affections les plus naturelles à l'homme. Et pourtant il était né et il resta aimant et bon. Avide d'aimer, les déceptions qu'il subit ne le rendirent ni sec ni égoïste. Il se soumit à son sort sans rien témoigner de ses amertumes, car il était fier et il plaçait très-haut la dignité du souverain. Ses afflictions, qu'il garda pour lui seul, donnèrent à son visage cet aspect mélanco-

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lique qui le caractérise. Contenues, rarement épanchées, elles contribuèrent certainement à miner le corps çt à tarir de bonne heure les sources de l'existence. Jamais en Louis XIII la vie ne s'est épanouie dans tout son éclat. On cherche en vain dans son ftge mûr un de ces points culminants où l'homme, parvenu à la plénitude de ses forces, semble braver la mort, et qui sont si brillamment visibles chez Henri IV et chez Louis XIV, D'une maturité d'esprit extraordinairement précoce, Louis XIII a été prématurément vieux. Il n'y eut pas en lui une période do décroissance . physique succédant k une période ascensionnelle. L'affaissement fut lon^, mais continu. Dès qu'ont commencé ses souffrances morales (et elles ont commencé dès qu'il a pu observer, comparer et ju^er), l'infortuné prince s'est alangui. Il a sans cesse incliné vers la tombe dont il semblait toujours avoir l'image présente à ses yeux. On peut dire que, lorsqu'il est mort, il a achevé de mourir.

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