‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 118 sur 137 · L il:TAT DE LOUIS XIll · texte numérisé non relu

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mandait à chaque vingt pas. Et pourtant le premier gentilhomme de sa chambre et le capitaine des gardes, Souvré et Gharrost, le soutenaient dans sa marche, ayant chacun un bras passé > sous le corps du roî^^ Ce fut là sa dernière promenade. Il se leva encore parfois, mais sans pouvoir marcher, ni même se vêtir. Le 19 avril, après une très-mauvnise nuit, il dit à Dubois : « Je me sens bien affaibli et vois mes forces qui commencent bien à diminuer. J*ai demandé à Dieu cette nuit, puisque c'était sa volonté de disposer de moi, que je suppliais sa divine majesté d'abréger la longueur de ma maladie: » Puis, se tournant vers Bouvart, son premier médecin : « Vous savez, lui dit-il, qu'il y a longtemps que j'ai mauvaise opinion de cette maladie ici, et je vous ai prié et même pressé de me dire votre sentiment. » Ce que Bouvart ayant reconnu, le roi ajouta : u Je vois bien qu'il faut mourir. Je m'en suis aperçu, puisque j'ai demandé à M. de Meaux (son premier aumônier) et à mon confesseur les premiers sacrements qu'ils m'ont différés jusqu'à présent*. » A deux heures il se fit porter sur ce qu'on nommait alors une chaise à la romaine, où il se soulageait parfois des lassitudes du lit. Là, étant étendu la tête un peu haute, il fit ouvrir les fenêtres, et apercevant les tours de Saint-Denis : « Voilà mon dernier logis, m dit-il. Puis il recommanda d'éviter, quand on le

* Mémmre fidilê des choses qui se sont passées à ta mort du rou Lotâê XIII. roy de France et de Navarre^ fjaict par Dubois^ l'un des valets de ehamkre de Sa Majesté. Bibliothèque nationale, manuscrits, fonds français, tome 1U44, pièce 54.

« Idems

s'aggbave rapidement. 423

porterait à cette demeure, certains chemins défoncés, afin que les chevaux n'eussent pas trop de peinB^. — « Un jour, raconte Dubois, que je lui soulevais un peu haut son drap et sa couverture, il se regardait le corps, et, après s'être considéré un espace de temps, il dit, levant les yeux au ciel : Mon Di€u ! que je suis maigre ! Et en effet, ajoute Dubois, il n'avait que la peau et les os, et on lui voyait les cuisses et les jambes si menues qu'il n'y avait que les genoux qui faisaient remarquer en cet endroit un peu de gros. Le reste semblait un squelette*. »

Dans un danger si pressant, et la mort s'avançant impitoyable, Louis XIII se résolut à trancher d'une façon définitive' la délicate question de la régence. Depuis plusieurs semaines, cette préoccupation l'absorbait, et il avait hâte d'accomplir ce dernier acte de la souveraineté afin que le chrétien, allégé des soucis de la royauté, pût librement se préparer à mourir. Mais', chaque fois qu'il avait voulu prendre une décision sur ce grave sujet, ses perplexités et ses angoisses s'étaient accrues. Gaston lui. était justement suspect, et la reine lui apparaissait encore trop Espagnole par son entourage et ses relations. D'autre part, comment pouvait-il écarter à la fois et la mère et l'oncle du futur roi? Que de troubles certains suscités au nom des deux membres principaux de la famille royale, et, s'il choisissait uniquement l'un d'eux, quel adversaire impitoyable il assurait ainsi

* Relation de ce gui s'est passé, ete.^ p. 342. — Mémoires de ilf "• de Montpensier, p. 20.

* Mémoire fidèle des choses qui se sont passées^ ete»

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