‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 15 sur 137 · BONTÉ DE LOUIS XIII · texte numérisé non relu

BONTÉ DE LOUIS XIII

la mort d'Henri IV, entendant au Louvre chanter une chanson du feu roi, il s'éloigna pour sangloter librement*. Toujours il demeura fidèle au souvenir d'un père qu'il aimait tendrement, d'un souverain dont il avait apprécié la gloire et dont il ne cessa de partager les ressentiments patriotiques.

Louis XIII était naturellement bon, humain et généreux. Cette sécheresse de cœur que quelques historiens lui ont reprochée, rien ne l'indique, rien ne la prouve. Compatissant aux infortunes d'autrui, nullement égoïste, on le voit, à l'âge de neuf ans, distribuer aux pauvres le premier gain qu'il fait au jeuV « n aimait naturellement adonner, » dit de lui son médecin*, et, ailleurs, après avoir cité bien des preuves à l'appui de cette affirmation : <( Il était extrêmement charitable ^^ » H ne témoigna jamais de joie en apprenant la mort de ceux qu'il détestait % et, dès sa plus tendre enfance, on le vit dévoué à ceux qu'il savait l'aimer sincèrement, méfiant envers ses ennemis, mais instinctivement disposé à obliger, enclin aux bons offices, et, avec cet air mélancolique et languissant qu'il conserva toujours, se montrant à tous bienveillant et indulgent.

Celui qui fut si bon fils envers Henri IV et qui demeura, à regard de sa mère, dans un sentiment de réserve, presque d'hostilité (et ce n'était pas sans de justes motifs), qu'a-t-ïil été comme époux? Faut-il voir en

< Journal d'iiéroarfl. Journée du 9 juin 1611.

* Idem. Journée du 29 octobre 1610.

* Idem» Journée du 27 juillet 1611.

* Idem, Journée du 31 octobre 1613.

■ Idem, Journées den 8 octobre 1616 et ."i juin 1631.

LOUIS XIII ET ANNE d'auTRICHE. 37

lui un mari tendre, empressé, attiré vers Anne d'Autriche, et retenu près d'elle par une de ces passions irrésistibles qui s'emparent une seule fois, et pour toujours, du cœur de l'homme? Assurément non. Mais faut-il, d'autre part, ainsi que tant d'écrivains l'ont affirmé, présenter Louis XIII comme un époux ayant constamment vécu éloigné de la reine, dont, après une abstention de vingt-trois années, le rapprochent tout à <ioup une partie de chasse, un orage opportun, une hospitalité demandée et acceptée, cause miraculeuse de la naissance du futur Louis XIV ? La vérité ne se trouve ni dans l'un ni dans l'autre de ces excès. Louis XIII conserva toujours l'antipathie que, dès sa plus tendre enfance, lui inspira la reine par son origine espagnole. Si, à Bordeaux où il alla au-devant d'elle, il affecta à l'égard de l'infante un certain empressement et se montra curieux, presque heureux de lavoir*, il n'eut jamais les allures d'un chevalier galant ni les façons d'un amoureux fort épris.

Sous l'influence d'une cause lointaine remontant aux premières impressions reçues par le Dauphin et contraires à l'Espagnole, sous l'influence aussi d une cause plus immédiate pénétrée par le nonce Bentivoglio *, Louis XIII demeura longtemps très-froid,

1 Voir l'ouvrage de M. Armand Baschet, le Roi chez la Reine, et Journal d'Héroard, journée du 21 novembre 1615.

< Dépêche de Bentivoglio du 30 janvier 1619 : >< Le retard provenait de la pudeur du roi. Il craignait aussi de rencontrer dans cet acte des difficultés au-dessus de ses forces, frappé surtout comme il Tétait du souvenir de son primo congresso à Bordeaux, qui non-seulement était demeuré sans effet, mais même ne lui avait laissé qu'une impression désagréable. » L'exactitude de ce fait est conflrmée par le Journal d'Béroard, journée du 25 novembre 1615.

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