LOUIS XIII ET ANNE D*AUTIUCHE
un peu timide, presque gauche avec Anne d'Autriche, et la consommation de son mariage, encore vaine» ment souhaitée quatre ans après Tunion, désirée ardemment par la cour d'Espagne qui voyait dans l'abstention du roi une insulte, par le nonce du pape, par la cour de Toscane, qui avaient été agents actifs des mariages espagnols, devint en quelque sorte une question d'État. Tant d'efforts furent tentés pour vaincre la résistance du roi, et de si divers \ qu'il en conserva toute sa vie un embarras dont il ne triompha jamais entièrement. Mais, quand le sentiment des devoirs imposés à l'époux l'eut emporté siu* une antipathie naturelle accrue de certaines répugnances, Louis XIII se montra assez empressé. Le journal d'Héroard, aussi minutieusement exact sur ce point délicat que sur tous les autres, renferme à cet égard de très-nombreuses mentions des plus caractéristiques. On voit, en le lisant, que rien n'a échappé à l'attention du scrupuleux témoin et qu'il n'a jamais négligé d'enregistrer des rapprochements d'où pouvait résulter pour la France l'espoir de voir naître enfin un Dauphin. Sauf durant les diverses guerres du règne, ces rapprochements furent fréquents*. Bien loin que la grossesse qui a précédé la naissance de Louis XIY ait été un événement inespéré, elle fut précédée de quatre autres grossesses que toutes interrompirent des accidents survenus à
1 Voir notre volume, l'Homme au masque de fer, 4* édition, p. 40« notes.
• I^s visites da genre de celles dont nous parlons se renouvelaient le plus S(>uv(*nt deux fois par semaine. Chacune d'elles est annotée, en marbre du Journal H H^ronrd, de chiffk-es significatifs, résultant des confidences du roi li hon médecin.
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la reine à la suite de quelque imprudence. Quoi qu'on en ait dit dans ces romanesques récits où tant de nos contemporains apprennent Thistoire de France, Louis XIII a été un époux d'abord effarouché, toujours un peu timide, mais qui, après avoir vaincu une première répugnance, demeura jusqu'à sa mort fidèle et régulier observateur de tous ses
devoirs.
Toutefois il est parfaitement vrai qu'il n'aima jamais Anne d'Autriche, et pourtant elle était belle, et pourtant, malgré un penchant assez vif pour Buckingham, penchant qui ne l'avait entraînée à aucune faute*, la conduite de la reine fut irréprochable, au moins du vivant du roi. Mais cette princesse, qui devait, à sa plus grande gloire, devenir véritablement française en s' emparant de la régence', car les hautes responsabilités engendrent les sacrifices décisifs, cette princesse qui, illuminée tout à coup par une juste perception des intérêts de Louis XIV enfant, les servira avec patriotisme même contre ses anciens amis, resta, jusqu'à la mort de Louis XIII, Espagnole d'affection comme elle était Espagnole par le sang. Sa petite cour fut souvent un centre d'opposition sourde où l'on accueillait avec joie les nouvelles favorables à l'étranger, où l'on défiait Richelieu, où, sans trahir effectivement la France, on souriait à ses ennemis. Louis XIV eut le droit, en bon Français, d'aimer sa
» Nous croyons l'avoir démontré dans le chapitre ii de notre histoire de l Homme au masque de fer.