RICHELIEU PLACÉ ENTRE LOUIS XIU
en considération de quoi il veut le bien traitera » Quoi qu'en aient dit les ennemis de Richelieu, ce récit est exact. Déageant, un des instruments de Luynes, par conséquent peu suspect de partialité envers Richelieu, affirme que « le roi déclara son intention estre que Tévesque de Luçon continuât l'exercice de sa charge *. » Le père Griffet, dont les documents, publiés par M. Avenel, confirment les affirmations, ne s'y est pas trompé, et réfute trèsnettement les hypothèses contraires de Pontchartrain et de Brienne. Comment d'ailleurs Richelieu aurait-il pu, dans une lettre écrite au roi en juin 161 7', le remercier du bon accueil reçu de lui après la mort du maréchal d'Ancre, si le roi l'avait chassé à ce moment? Enfin Barbin et Mangot, qui faisaient partie du mémo conseil, furent arrêtés. La différence entre le traitement qui leur fut infligé et les égards témoignés à Richelieu, achève de prouver que si, à ce moment, il n'inspirait pas au roi une vive affection, il avait du moins réussi à se dégager dans son esprit de la mauvaise impression que pouvaient produire d'anciens rapports avec le maréchal d'Ancre. Que Richelieu, généreux par nécessité, se flatte, en exagérant dans ses Mémoiresle mérite qu'il eut à suivre alors Marie de Médicis dans son exil, c'est incontestable. Nous ne prétendons pas présenter le grand ministre comme un héros de fidélité au malheur. Nous avons tenu seulement à bien montrer que ce
• Mémoire» de liirhelieu, livre VIII. t. I, p. 156, col. 2.
• Mémoire» de Déageant, p. 70, édition de 1668.
» Papiers d'État de Hicfu'Uru, publiéti par M. Avenel, t. I, p. r»ll.
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premier rôle, fort secondaire d'ailleurs, joué par l'évèque de Luçon dans l'administration des choses de l'Etat, ne laissa aucun souvenir antipathique dans l'esprit du roi.
Après avoir habilement ménagé les convenances, Richelieu suit Marie de Médicis à Blois, mais c'est du consentement du roi. Là, il est nommé par elle chef de son conseil, mais c'est encore du consentemeQt du roi. Se sentant bientôt suspect, parce qu'il devine bien vite les regrets éprouvés par l'ancienne régente, il la quitte en juin 16i7, et se retire ensuite dans le prieuré de Ooussay. Là, il apprend qu'une querelle s'est élevée eatre le P. Anioux, confesseur du roi, et plusieurs ministres protestants. Il prend aussitôt la défense du P. Arnoux dans un écrit qu'il dédie à Louis XIII, et lorsque, en février 1619, la reine-mère, s'évadant du château de Btois et s'appuyant siu" une partie de la noblesse, entre en révolte contre Luynes, c'est Richelieu qui est rappelé subitement à la cour, c'est Richelieu qui est chargé de servir de médiateur officieux entre le roi et sa mère, c'est RicheUeu qui les réconcilie, et prépare à lui seul la paix signée le 10 août 1620.
Tels ont été les rapports de l'évèque de Luçon avec Louis XIII, avant qu'il entrât de nouveau dans ses conseils, et cette fois pour ne plus les quitter jusqu'à sa mort. Est-ce là la situation d'un ennemi, tout au moins d'un homme suspect, et pour lequel Louis XIII dût montrer peu d'inclination? Avoir servi Marie de Médicis ne pouvait pas être une cause