‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 30 sur 137 · COMMENT RICHELIEU · texte numérisé non relu

COMMENT RICHELIEU

de suspicion, puisque tous les ministres dealers avaient administré les affaires publiques sous la régente. D'ailleurs, grâce à sa pénétrante sagacité et à une rare souplesse, Thabile évèque s'était dégagé à temps, et il avait aisément persuadé le roi qu'il le servait en obéissant à Goncini, qu'il le servait encore auprès de sa mère, et que l'intérêt 6upérieur de la couronne avait été jusque-là son unique mobile.

Comment revint-il au pouvoir ?

On a dit que Marie de Médicis força la main à Louis XIII et lui imposa Richelieu. Cette allégation est sinon inexacte, du moins fort exagérée. Le récit de Brienne, avec beaucoup plus de vraisemblance, fait directement intervenir le roi dans une affaire d'aussi grande importance. « La Yieuville (alors premier ministre), dit Brienne, proposa à la reinemère, qu'il voulait mettre dans ses intérêts, et au roi, d'appeler dans son conseil le cardinal de Richelieu, comme il avait fait, depuis la mort du cardinal de Retz, à l'égard du cardinal de la Rochefoucauld, créé peu auparavant grand aumônier de France. L'intention de la Yieuville n'était pas, selon que le roi voulut bien nous le dire, de donner au cardinal de Richelieu le secret des affaires, mais de juger des affaires avec lui comme ils faisaient avec le cardinal de la Rochefoucauld et le connétable, qui n'avaient pas leur entière confiance. Mais le roi répondit à la Yieuville qu'il ne fallait pas faire entrer le cardinal dans le conseil si l'on ne voulait point se fier à lui entièrement, parce qu'il était trop habile homme pour

r-lL REVENU AU POUVOIR?

prendre le diange. Au contraire, le roi témoigna dès lors qu'il était dans la résolution de lui donner sa confiance, se tenant déjà comme assuré qu'il la méritait et qu'il en serait bien servi '. » Une considération qui nous semble décisive prouve l'exactitude de ce récit. Dès le mois de février 1624, la Yieuville, qui se défiait de l'ambition de Richelieu, et qui avait vainement essayé de se débarrasser de lui, en l'envoyant comme ambassadeur en Espagne, ce que Richelieu s'était empressé de refuser, imagina de créer un comité dit des dépêches, placé h côté du grand conseil, mais qui, au conti:a,ire de celui-ci, n'approcherait jamais du roi, et il offrit au cardinal de diriger ce comité. Or, comme à l'offre de l'ambassade d'Espagne, Richelieu opposa à cette proposition un refus formel*. N'est-on pas autorisé à conclure, du projet de la Vieuville, que celui-ci redoutait la confiance affectueuse inspirée dès lors par Richelieu à Louis XIII, et du refus de Richelieu, que celui-ci savait déjà à quoi s'en tenir sur l'avenir que lui réservait le roi ? Rentrer à tout prix aux affaires, tel était le but de l'ambitieux prélat depuis le jour où il les avait quittées. S'il a refusé l'offre secondaire de la Yieuville, c'est qu'il comptait sur un prochain et fort avantageux dédommagement. Que Marie de Médicis n'ait pas vu avec déplaisir l'avènement de son conseiller, alors dévoué, c'est

> AUmoiftt de arienne, collection Micbkad et Pootanlat, 3* série, t. III. p. M. col. 2.

Yieupille, d« R

60 PROGRAMME DE RIGHKLIKU.

assurément incontestable. Mais ce qu'il était essentiel de bien établir, c'est la volonté, nettement exprimée, nullement violentée, de Louis XIII, que devaient d'ailleurs attirer vers Richelieu le cas qu'en avait fait Luynes, plusieurs témoignages de dévouement donnés par l'évêque de Luçon, et enfin son bonheur, son adresse, son habileté, démontrés déjà . dans les rencontres les plus délicates et au milieu do difficultés extraordinaires.

Mais, quelque opinion que l'on ait sur les circonstances qui ont marqué l'avènement définitif du cardinal au pouvoir, comment pourrait-on douter do l'admiration inspirée par Richelieu à un prince héritier des projets d'Henri IV, et que nous avons montré, dès sa plus tendre enfance, pénétré de la nécessité de relever aussi haut que possible l'autorité royale, quand nous voyons le grand ministre lui adresser, dès le début de son administration, cos magnifiques paroles qu'on ne saurait trop souvent répéter : « Lorsque Votre Majesté, lisons-nous dans le Testameni politique du cardinal, lorsque Votre Majesté se résolut de me donner en même temps et l'entrée de ses conseils et grande part en sa confiance pour la direction de ses affaires... je lui promis d'employer toute mon industrie et toute l'autorité qu'il lui plairait me donner pour ruiner le parti huguenot, rabaisser l'orgueil des grands, réduire tous ses sujets en leur devoir et relover son nom dans les nations étrangères au point où il devait être. Mais je lui représentai que pour parvenir à une si heureuse

î COUR UN 1626.

fin, sa confiance m'était tout à fait nécessaire'. » Qui osera nier que ce langag:e qui devait être sitôt suivi d'exécution, que ces promesses dont chacune sera tenue, n'aient formé, dès ce jour, entre Louis XIII et son ministre un lien engageant le cœur autant que l'esprit, et que maintiendront indissoluble non-seulement la haute raison du souverain, mais encore l'affection reconnaissante de l'homme?

Et d'ailleurs les faits abondent qui prouvent cette a^ection, cette sollicitude du roi pour son ministre, et ces faits, nous les trouvons exposés par ceux mêmes qui ont nié cette affection.

En 1626 Richelieu, dont les ennemis devenaient plus audacieux à mesure que s'accroissait la confiance qu'il inspirait au roi, cède ou semble céder à une défaillance sincère ou simulée, et il annonce l'intention de se retirer, La cour était alors divisée au sujet du projet de mariage formé par Henri IV entre Gaston d'Orléans et mademoiselle de Montpensier. Louis XIII et Richelieu souhaitaient cette union, que les mécontents combattaient en persuadant Gaston de l'avantage qu'il aurait à s'assurer l'appui de l'étranger par un mariage contracté hors de France. Richeheu.las de ces agitations ou comprenant la nécessité d'empêcher à tout prix un mariage étranger et par conséquent de frapper un grand coup, donne sa démission. Aussitôt Louis XIII lui écrit, le 9 juin 1626, la lettre la plus pressante, la plus affectueuse',

I Sueeiacle narralioa dei grandes actioni du roi. Testament politique da Ri-

6â PREUVES DE l'affection

lui promettant de le protéger contre qui que ce soit et de ne Fabandonner jamais, lui disant qu'il l'aura pour second contre toutes les attaques dont il pourrait être l'objet. Trois jours après, et de sa propre initiative, il fait arrêter ses deux frères naturels César de Vendôme et le grand prieur de France, que les mécontents avaient voulu placer à leur tête. Le 9 septembre de la même année, il décide spontanément, et sans y être sollicité par personne, que Richelieu aura une garde composée de cent hommes à cheval, et, comme celui-ci le remercie de cette preuve d'intérêt, « Je sais, lui dit-il devant Marie de Médicis et Gaston, je sais que vous vous êtes fait un grand nombre d'ennemis en me servant bien; aussi je veux vous mettre à couvert de leurs entreprises ^ »

Chaque fois que le roi se séparait de son ministre pour un court voyage, il ressentait une peine sincère, et ne dissimulait pas le chagrin qu'il éprouvait. En février 1628, sa santé le contraint de quitter momentanément le siège de la Rochelle. Il laisse au cardinal les pouvoirs les plus étendus^ le nomme lieutenant général de ses armées dans le Poitou, la Saintonge^ l'Angoumois et l'Aunis, lui donne la haute direction du siège, et le duc d'Angoulême, les maréchaux de Bassompierre et de Schomberg sont invités à obéir au prélat. Mais à ces preuves de la confiance illimitée du souverain viennent s'ajouter des témoignages incontestables d'affection profonde.

• I^ Vassor, que la passion huguenote a exalté jusqu'à la folie contre Richelieu, donne pourtant lui-même ces paroles, t. V, !•• partie, p. 463;

Aubery raconte (et aon-seulement Richelieu, mais aussi Le Yassor', son ennemi, confirment ce récit) que Louis se sépara de son ministre les larmes aux yeux. « J'ai le cœur si serré que je ne puis parler, dit-il au sieur de Guron. Je quitte M. le cardinal avec un e£trème regret, et je crains qu'il ne lui arrive quelque accident. La plus grande marque d'affection qu'il puisse me donner, c'est de ne s'exposer pas si librement au danger. Je le prie de considérer que mes affaires seraient en fort mauvais état si je venais à le perdre. » Ces paroles sont tellement exactes que, le H février 1628, Richelieu écrit k Louis XIII et le remercie avec effusion de ce que le roi a chargé M. de Guron de lui répéter'. Dans cette lettre se trouvent ces mots significatifs : « Les témoignages qu'il vous plut ainsi me rendre tant par vous-même que par M. de Guron, et de votre bonté, et de votre tendresse à mon endroit. » Ici ce n'est plus une exagération possible de l'auteUr des Mémoires ; c'est une affirmation contenue dans une lettre écrite à Louis XIII lui-mêmci Oij remerciei* un souverain de sa tendresse s'il n'en avait pas montré, eût été une épigramme presque offensante que Richelieu ne se serait certainement pas permise;

Tel Louis XIII se montrait en 1628, tel nous le retrouvons deux ans après à l'approche de Cette fameuse journée des Dupes où, quoi qu'on en ait dit; le crédit du cardinal n'a couru aucun danger, parce

I Le VaasDF, !• partie, l. V, p. TIS. MétTVàrea dt Richelieu, livre XIX, tt I; t papier't li-État tle Kiehellm. t. III, p, 31. Letlra su roi, du 11 NvrierlaîB,

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