CHAPITRE PREMIER
égard. — Enumém
Il n'est assurément pas de situation plus féconde en poignantes angoisses, plus propre à abattre le cœur le plus ferme, à décourager l'esprit le mieux trempé, que celle où placent, d'une part, le sentiment de ce que l'on vaut; d'autre part, l'impuissance dans laquelle on se trouve de donner pleine carrière à son génie, parce que, n'étant pas le maître, on n'a pas le pouvoir de tirer parti à son gré des événements et de diriger les hommes vers le point que l'on veut atteindre. Ce point, on le voit, on se sent capable d'y parvenir, non parce qu'on est sous l'empire d'une vanité sotte, mais parce que l'on a la conscience de
3 CONSIDÉHATIONS GÉNÉnALES.
ses forces, et ce légitime amour-propre sans lequel OD ne toucherait à aucun but, parce que l'on ne s'en proposerait aucun. On connaît les moyens qu'il sera opportun d'employer pour réussir. On embrasse d'un vaste coup d'œil le plan général que l'on sait bien être le seiû bon, le seul efficace. Mais l'on découvre devant soi, non pas seulement les obstacles ordinaires & toute entreprise et qui font la gloire des vainqueurs en stimulant leur énergie, en multipliant leurs ressources, mais une volonté supérieure, impérieuse, contraire, que le hasard de ta naissance a faite la volonté du maître.
Accomplir de grands desseins quand on a la faculté d'agir à son gré, quand tout aide & la mise en œuvre des dons reçus de Dieu, quand on a à lutter seulement contre ses adversaires ou «ontie la force des choses, c'est remplir librement la mission soit conquérante) soit civilisatrice, soit administrative, soit créatrice k laquelle la Providence vous a prédestiné. Mais avoir devant les yeux un but élevé, essentielj Sublime, auquel on sent qu'est directement intéressé le sort de sa patrie, être bien persuadé qu'il est le salut, et, entre ce but et soi, rencontrer dans son propre camp un adversaire qui, n'ayant pas ta clairvoyance du génie, ne saurait en apprécier tes hautes conceptions, rampe vtilgairement à' terre et vous y entraîne, quelle source incessante de mécomptes amers, de cruels découragements, d'abattements prc^ fonds, de perplexités sans issue 1 Combien d'hommes d'État, dans tous les pays, se sont heurtés A cet