‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 40 sur 137 · ELLE ENTRAINE GASTON · texte numérisé non relu

ELLE ENTRAINE GASTON

leur guise, car de telles natures s'offrent elles-mêmes au joug et ne manquent jamais de maîtres.

C'est de son côté, qu'en décembre 1630, se retourna Marie de Médicis vaincue. Elle parvint aisément, avec ses amis, à le circonvenir et à le décider à rompre bruyamment avec Richelieu. Le 1" février 1631, Gaston se rend, en effet, chez le cardinal et lui annonce avec hauteur qu'il vient rétracter la parole qu'il lui a donnée d'être son ami, car il ne saurait aimer un homme qui jette ainsi la désunion dans la famille royale'. Richelieu, qui avait beaucoup de courage devant l'ennemi et d'inépuisables ressources d'esprit dans le conseil, mais qui manquait parfois de résolution dans les actes ordinaires de la vie , fut interdit et se laissa même envahir par la crainte en entendant proférer contre lui certaines menaces. Il ne fut un peu rassuré que lorsque Monsieur et ses gens sortirent de son logis. Ces appréhensions seraient d'ailleurs assez naturelles, s'il est vrai, comme il l'assure dans ses Mémoires, que l'on ait alors conseillé à Gaston d'ajouter l'action aux paroles et d'user de violence sur la personne même de Richelieu'.

En apprenant cet éclat, que fait Louis XIII ? Aussitôt qu'il en a reçu avis, il quitte Versailles, où il se trouvait alors, accourt sur l'heure auprès du cardinal, lui prodigue les témoignages de l'affection la plus vive, affirme qu'il sera son second contre tous, même contre son propre frère, parce qu'il sait que la

* Mémoires du duc d'Orléans, collection Michaud, 2* série, t. IX, p. 581, col. 2.

* Mémoires de Richelieu, livre XXI, t. II, p. 313, col. l.

8â LOUIS Xlll ROMPT AVEC SA MÈRE.

seule origine de cette haine est le dévouement de Richelieu au bien de l'État. Cette entrevue touchante, ce n'est pas seulement le cardinal qui la raconte dans ses Mémoires. Nous en trouvons le récit dans les Mémoires mêmes de Gaston ^ Louis XIII manifeste un tel mécontentement que son frère se fait excuser auprès de lui, puis s'enfuit à Orléans, tandis que la reine-mère, plus avisée et moins lâche, envoie dire au roi qu'elle ignorait la démarche faite par Gaston, et qu'elle l'avait apprise avec le plus vif étonnement.

Bientôt rassurée, Marie de Médicis reprend ses intrigues souterraines, et, avec cette habileté perfide dont elle a le secret, elle ne tarde pas à rendre la situation de Richelieu insoutenable. Louis XIII, lassé, assemble le conseil. Le cardinal y expose avec clarté l'état de la cour, les divisions qu'y entretient la reinemère, et il indique cinq moyens de sortir d'embarras : « Il faut, dit-il, ou s'accommoder avec l'étranger et signer la paix, ou se réconcilier avec Monsieur, ou avec la reine-mère, ou m'éloigner, ou enfin se résoudre à la disgrâce de la reine-mère, éloigner d'elle tous ceux qui l'excitent & intriguer, et la prier de se tenir durant quelque temps éloignée de la cour*. » Louis XIII n'hésita pas : il prit la parole à tour, et dit que, puisque, à son grand regret, sa mère était restée sourde « aux remontrances et supplications » qu'il lui avait faites, il choisissait le cin-

I Mémoin» du due d'Orléaru, p. 582. col. 1.

« Mémoirei de Âiehelieu, livre XXI, p. 316, col. i.

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