CINQ-MARS
agréments de Luynes, dont il ne possédait d'ailleurs ni la haute intelligence ni les talents de gouvernant, il ne tarda pas à croire qu'il pourrait marcher sur ses traces, et par les mêmes moyens atteindre le même but. Jamais la vanité ne produisit un tel vertige. Pour devenir duc et pair, connétable, premier ministre comme Luynes, il ne songea à rien moins qu'à se débarrasser de Richelieu, comme Luynes s'était débarrassé de Goncini.
Richelieu, qui avait tourné le dos à Marie de Médicis, par laquelle il avait atteint le pouvoir, ne pardonnait pas l'ingratitude, quand on s'en rendait coupable à son détriment. Déjà, mais sans soupçonner encore la vérité tout entière, il s^était aperçu de certaines prétentions du grand écuyer, et les avait réprimées avec hauteur. A deux reprises, Cinq-Mars avait voulu demeurer dans la salle où allait se tenir le conseil. Le cardinal, « le gourmandant comme un valets » s'était refusé à accéder à co désir inspiré par une sotte vanité, et le roi s'était rangé à l'avis de son ministre.
Jusque-là, Cinq-Mars n'a en rien fait connaître qu'il veuille nuire à Richelieu. Le jour même où il commence à l'attaquer auprès du roi, il est perdu. Toutefois Louis XIII l'écoute encore ; mais, ainsi qu'il l'expliquera plus tard dans sa « Déclaration aux provinces et auk ambassadeurs, sur la détention de Cinq-Mars et du duc de Bouillon ', » c'est pour tA-
I Mémoiret de Montalat» p. 126. col. I.
• Papun d'État H kttrti de Richelieu, t. VII, p. 71.