SON ARRESTATION
vaincu que Richelieu ne courait aucun danger. Nous lisons dans une lettre écrite de Paris le 18 juin 1642, avant que l'on y connût l'arrestation de Cinq-Mars : « M. le Prince parla, il y a trois jours, hautement, à la fin du conseil, des bruits que monseigneur le cardinal n'étoit plus aussi bien auprès du roi, dit qu'il n'y avoit rien au monde de si faux. Et l'on dit que M. le chancelier ajouta que ce seroit une seconde Journée des Dupes, plus signalée que la première*. » C'est là ce qu'il était important d'établir. Même avant sa trahison révélée, l'ambitieux et inconsidéré favori de Louis XIII s'était perdu dans l'esprit du roi, parce qu'il s'était heurté à l'autorité inébranlable du cardinal.
On sait le reste. Richelieu apprend qu'un traité a été signé par le grand écuyer et le duc de Bouillon avec l'Espagne, et acquiert la preuve de ce pacte criminel. Aussitôt il adresse par Chavigny un rapport circonstancié au roi qui, malade, avait quitté Perpignan et se trouvait alors à Narbonne. Louis, qui aurait pu favoriser l'évasion de son ancien favori, ordonne qu'on ferme les portes de la ville, le fait rechercher et arrêter dans un grenier où il se tient caché, l'envoie prisonnier dans la citadelle de Montpellier et le livre à la justice du cardinal. Cinq-Mars était encore plus affolé d'orgueil que vraiment perverti. Sa jeunesse aurait peut-être dû attirer la pitié, et les services du père être récompensés par une
> Lettre d'Henri Arnauld. Copie de la Bibliothèque nationale. Fonds français, tome 20635.