A TOUTES LES AFFAIRES DE L ÉTAT
lieu dans Fesprit d'un roi qui connaissait chacun de ses actes, qui était initié par lui aux projets même d'intérêt secondaire, qui pouvait le suivre pas à pas, minute par minute, dans sa marche ascendante vers le but glorieux que d'un commun accord ils s'étaient proposé? Richelieu consultait Louis XIII sur les petites comme sur les grandes affaires. Même quand il était séparé de lui par de longues distances, et que lui avait été déléguée une autorité sans bornes, il ne cessait de tenir le roi au courant de tout ce qui était de nature à intéresser la chose publique. Constamment des secrétaires partaient et revenaient porteurs de dépêches nombreuses, de rapports volumineux et circonstanciés, dans lesquels étaient exposés avec méthode et clarté l'état de chaque question, les difficultés qu'elle soulevait, les diverses solutions propres aies résoudre. Rien de ce qui avait été fait pour préparer le succès, rien de ce qui avait été prévu pour écarter un obstacle n'était omis. Seul le roi prenait les résolutions décisives. Mais le ministre de génie était le grand préparateur de la plupart de ces résolutions. On a été beaucoup trop loin quand on a dit que Richelieu les a toujours dictées. Plusieurs des rapports envoyés au roi par le cardinal avec l'avis de celui-ci, sont émargés d'annotations dans lesquelles Louis XIII motive et formule brièvenaent une décision contraire. Il serait aussi injuste qu'inexact de croire que Louis XIII n'ait rendu à la France d'autres services que de maintenir Richelieu au pouvoir. La lecture des volumineux papiers d'État
ItO CARACTÈRE GÉNÉRAL
du cardinal suffirait seule à établir que rien n'a été fait sous Louis XIII sans sa participation directe, sans son concours intelligent et éclairé, sans qu'il ^e soit parfaitement rendu compte lui-même des avantages et des inconvénients des divers partis à prendre. Quand le roi n'était pas à Tannée, il assistait à tous les conseils, écoutait attentivement Favis de chacun, puis exprimait en quelques mots, et toujours avec lucidité, sa volonté souveraine. Richelieu, en se chargeant de Texécution de cette volonté, lui donnait sa propre et forte empreinte, et apparaissait ainsi presque seid aux intendants, aux gouverneurs, aux généraux, aux ambassadeurs auxquels il transmettait, en la développant, Fopinion royale. Sans doute les grands traits de la politique du règne lui appartiennent, et son génie a su, presque toujours, discerner les moyens conduisant le mieux au succès. Mais, pour la persistance à demeurer dans la voie choisie, pour la fermeté et Ténergie nécessaires au maintien du système d'ensemble, nous n'hésitons pas à placer Louis XIII à côté du cardinal. Si la personnalité de Louis XIV se dégage bien plus en relief que celle de son père, c'est que l'un a été entouré do très-grands ministres entre lesquels s'est partagée l'admiration de la postérité, et Tautro a eu sans cesse auprès de lui le même illustre mi* nistre, qui sur lui seul a attiré tous les regards. C'est aussi que les lettres et les arts ont célébré, chanté, peint, mis sur la scène, exalté la gloire de l'incomparable monarque, tandis qu*ont entièrement