PORTRAIT DE RICHELIEU
ces certain, pour embrasser d'un vaste coup d'oeil le plan d'ensemble et aussi pour pénétrer dans les plus humbles détails de l'exécution.
Ce grand politique s'était formé dans l'Église, qui, en développant les qualités particulières de l'homme, y ajoutait alors opportunément la force et l'éclat du rang. Par la grandeur des vues, par les ressources infinies d'un esprit supérieur, par la fécondité dans les conceptions et une sûreté incomparable dans le choix des moyens, il fut à la hauteur de la mission extraordinaire qui lui a été départie. Ce ministre, dont la confidente d'Anne d'Autriche a eu la noblesse de dire : « Ce fut le premier homme de son temps, et les siècles passés n'ont rien pour le surpasser*, » cet esprit « à qui Dieu n'avait pas donné de bornes', » ce génie « qui, dit la Bruyère, a su tout le fond et tout le mystère du gouvernement, et s'est montré formidable aux ennemis de l'État, inexorable aux factieux', » « eut, ainsi que l'a dit un historien moderne, les intentions de toutes les choses qu'il fit*. »
Mais, si sa conduite fut toujours le résultat de ses plans, ce qui n'arrive pas à tous les grands hommes, s'il eut le mérite de tracer dès le début la voie dans laquelle il devait marcher durant dix-huit années sans jamais en dévier, il fut plus d'une fois sujet à des accès de découragement qui l'auraient inter-
t Mémoires de madame de Motteville, p. 23, col. 2.
< Lettre de Balsac à RichelieUf du 10 mars 1624. Œuvres complètes, 1. 1 , p. 3; édit. de 1665.
* La Brayère, discours de réception à rAcadémie française.
* M. Mignet. Introduction à Vhistoire des négociations relatives à la succession d'Espagne, %. I, p. 43.