‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 68 sur 137 · RICHELIEU ET MAZARIN · texte numérisé non relu

RICHELIEU ET MAZARIN

rompu dans sa marche sans rintervention toujours efficace de Louis XIII. Mazarin, qui était inférieur à Richelieu en plusieurs points, eut de plus que lui la faculté de ne jamais se laisser abattre, du moins tant qu'il fut au pouvoir. Aussi y est-il toujours remonté, même quand il semblait en être tombé d'une façon définitive ; deux fois chassé, deux fois fugitif, il passa de Texil à la plus haute prospérité et à l'extrême grandeur. Soit par timidité de cœur, soit sous l'influence d'une santé délabrée de bonne heure, Richelieu s'est souvent abandonné lui-même. Mazarin avait l'habitude de « laisser dire pourvu qu'on le laissât faire. » Ayant bien plus d'ambition que de dignité, il redoutait les actes de ses adversaires, mais nullement leurs injures, et il les aurait volontiers souhaités plus insolents encore pourvu qu'ils fussent moins habiles. Du reste insensible, indifférent, sceptique, Mazarin put traverser les luttes les plus acharnées sans user sa santé, qui resta toujours florissante. Richelieu, au contraire, se laissait miner par l'inquiétude et irriter par la contradiction. H s'était mis tout entier, avec son corps, avec son âme, dans l'œuvre entreprise, et son sang s'y brûlait, consumé par une fièvre incessante. H no put jamais demeurer insensible, même aux piqûres les plus légères de ses ennemis, et les blessures de l'amour-propre furent parfois non moins douloureuses à l'homme que les plus graves mécomptes au politique. Aussi eut-il à subir les défaillances de la lassitude et connut-il l'accablement et l'amertume du désespoir. Ses of-

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