‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 7 sur 137 · HISTORIENS MODERNES · texte numérisé non relu

HISTORIENS MODERNES

ment adoptée. « Le monarque, disentrils, enabandoanant à Richelieu les rénea du gouvernement, ne tut donna jamais son affection; il sentit toujours avec chagrin la supériorité que son ministre prenait sur lui'. ..

Nous entrons maintenant dans une période nouvelle, dans ce dix-neuvième siëcle qui est à proprement parler le siècle de l'histoire, parce que c'est celui pour lequel une révolution, philosophique a rendu la raison de l'historien plus fenue, une révolution politique l'a rendue plus libre et le progrès do plusieurs sciences lui a donné une connaissance plus complète des faits, des temps, des lieux, des hommes, des institutions ; celui enfin où la possession de tant do documents originaux, en accroissant ses ressources, lui a permis de pénétrer plus avant dans tous les secrets de l'histoire et de porter en quelque sorte des jugements délinilifs. En ce qui concerne le point spécial que nous étudions, allonsooua découvrir, à partir de ce moment, une voie nouvelle, un autre courant? La critique judicieuse et raisonnée des innombrables pièces manuscrites mises par la Révolution h la disposition de l'histoire a-l-elle, au sujet des sentiments de Louis XJII à l'égard de Richelieu, amené un résultat différent do celui que nous avons constaté avant cette époque de lumière? On va en juger.

Consultons la Biographie universelle de Michaud et Poujoulat dans sa dernière édition, celle qui

I an -Ir Bihifier liiilatr: t. VI. p, t«0. KdlUini d« 1818.

HISTOBIEHB HODËBDES. U

par couséquent a pu recevoir des modificatioua de B6S auteurs mieux informés. Qu'y lisons-nous? « Louis XIII, dit M. de Laporte, n'aimait pas io cardinal de Richelieu '. » Voilà qui est net, catégorique et aussi affirmatif qu'on peut le souhaiter. La Biographie générale de Didot, publiée k une époque trèsrapprochée de nous, en 1859, a-t-elle, sur ce point, modifié le jugement de sa devancière? Nullement, et, comme M. de Laporte, M. Amédée Renée affirme que (( Louis XIII détestait le joug que lui faisait supporter Richelieu'. » Bazin, dont l'histoire de Louis XIII n'a pas fait, tant s'en faut, oublier celle du P. Griffet, et qui, dans la préface de son ouvrage, M admire avec quelle facilité l'inexactitude et le mensonge s'introduisent dans l'histoire et s'y transmettent de livre à livre par l'habitude, invariable chez nous, de copier ses devanciers tout en les méprisant, » est d'excellent conseil, mais de médiocre exemple. Il déclare, en effet, sans la moindre hésitation et en copiant servilement tous ses devanciers, qu'il s'abstient, il est vrai, de citer, que « Loiiis XIII n'avait pour son miaistre aucune inclination d'amitié '. » Une contradiction d'un autre genre, mais non moins étrange, se remarque dans un historien chez lequel, d'aiUeurs, l'esprit du protestant et du républicain de Genève se laisse trop souvent apercevoir aux rigueurs des jugements émis

' Blogr»phie Hichuid at Poujoulat, t. XXV. Article Louis XIII.

• Bioenphis Didot. t. XXXI. Article Loais XIU. '

■ Buln, HitMre de Franee mm Lonii XIII, prtface, et t. tl, p. f,5d. Kii-

li HISTORIENS HUIIKRNI'IS.

sur le catholicisme et sur la royauté. Siamondi, qui, avant de commencer le récit des événements du dixseptième siècle, s'élève avec une amertume singulière chez un historien contre l'abondance des mémoires h cette époque, et va jusqu'à dire « que l'on devrait rougir de confondre do tels souvenirs avec l'histoire de ta nation française', » n'hésite pourtant pas, en maintes occasions, de se servir do ces témoignages du temps, qu'il méprise et condamne dans leur ensemble, mais qu'il emploie fort bien en détail. Il s'en est si complètement inspiré, notamment en ce qui concerne Richelieu, qu'il le montre u ne devant en rien compter sur l'affection de son maître et n'ayant d'appui que dans la paresse d'esprit et dans la timidité du roi *. »

Ni Lavallée, dans son Histoire des Fronçais, ni M. Henri Martin, ni M. Dareste dans leurs Histoires de France, n'ont résisté au courant universel. Aux yeux du premier, Richehou « a eu à maintenir son pouvoir contre un roi qui le haïssait^. » Le second affirme que Louis XIII « n'aimait nisamère, ni son ministre, et que la supériorité de celui-ci, qui intervertissait les rôles entre le roi et le sujet, lui pesait et le froissait parfois comme une chaîne *. » Le troisième nous montre Richelieu <> maître du roi, lequel subissait l'ascendant de son caractère et de son génie*. »

• SlHDoadl, Hitloirt du Fronfoif. I. XXII. p. 8.

• Idtm. I. XXUI. p, ta.

• UvkU«a, HiMioire -In Framfaû. «dilîoD Cbuixnlisr. I. III. ■>. lit. ' U. Hvsri Uanin. Hiilnirr de fnuce. 1. XI. p, 3U.

• M. INuHte, HiiMre dt Fra-KK, t. V. p. iK.

UISTOBIUNS HODËHNES. 13

M. Jay, dans son Histoire du ministère du cardinal de Richelieu, M. de Camé dans ses belles Études sttr /es fondateurs de f unité française, ont partagé l'opinion générale. i< Louis XIII, ditM, Jay, avait besoin d'être dominé, et il supportait impatiemment la domination... Il n'aima jamais Richelieu'... » Quant à M. do Camé, il se montre aussi convaincu : « La longue domination, dit-il, exercée par Richelieu sur un prince qui, comme homme, n'éprouvait pour Im que des repoussemenls, est un fait sans précédent dans l'histoire... Le roi semble apparaître comme oppressé par un pesant cauchemar qu'il suffirait pourtant d'un seul mot pour secouer. Pourquoi ne le prononce-t-il pas, ce mot suprême? Pourquoi Louis subit-il, aux dépens de son repos et de son bonheur intérieur, la rude domination contre laquelle il proteste tous les jours' ? »

Dans cette nomenclature, qui comprend des écrivains peut-être imparfaitement informés sur certains points, mais graves, honnêtes, maîtres de leur plume et remplis de respect pour le lecteur comme pour eux-mêmes, nous devrions nous dispenser de faire figurer ce pseudo-historien qui, oublieux de la gloire pure recueillie par lui dans le récit des premiers temps de la monarchie française, s'est complu, à partir de l'époque des Valois, à substituer les procédés du pamphlet à ceux de l'histoire, a sali tout ce qu'il a touché, dont le cerveau maladif échafaudait

I J«v. Hiilairr du miaixiire du rniv/iiml de JUchelieu, t. I. p. lOÏ.

!> foadnlems de Vumlè française, 1, II,

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des intrigues romanesques comme le plus fécond des dramaturges, et qui, amoureux de Tétrange, fantasque dans son style autant que dans ses imaginations, inventant à plaisir pour chaque prince Bour* bon un père imaginaire, semant partout dans la famille royale l'adultère et bien d'autres crimes, prodiguant Finsulte sans preuve, sans prétexte, sachant qu'il dit le contraire du vrai, doit être rangé parmi les pires corrupteurs de la jeunesse. M. Michelet, pour lequel Louis XIII n'est pas plus le fils d'Henri IV que Louis XIY et le duc d'Orléans ne sont les fils de Louis XIII, M. Michelet qui, entre autres énormités plus qu'audacieuses, assure que « Louis XIII se fût consolé sans peine de voir crever son Espa^ gnoley et que, pendant les douleurs de la naissance de Louis XIY, il se faisait lire dans l'histoire pour trouver un exemple d'un roi de France ayant épousé sa sujette S » M. Michelet dit, comme ses devan-* ciers, que Louis XIII n'aimait pas son ministre, mais il se distingue d'eux en le disant à sa façon. Il représente Louis XIII « n'aimant pas ce visage pointu*. » Quant à Richelieu, voici comment s*exprilne M. Michelet : (c Quel était donc tel homme qui violentait la conscience de son roi? Gi'and problème qui m'a souvent absorbé.;. Richelieu avait en-

i Michelet, Hiêtoire de France, t. XII, p. 2ll. Avons-nous besoin de dire que tous les témoignages réfutent cette impudente afflrmntion T Voir Dumont, Corp$ UMicersel aipiomatique du droit deê gens, sapplément, t. IV, p. 176. ^ Lettre de Chavigny & KichpHeu du B septembre 1638. — uépéche ne Louis Xlil à M. de Beliièvre, non ambassadeur en Angleterre, du 5 septembre 1636. ~ ManuscriU de la Bibliothèque nationale, Fonds fhineais. t. 15916, fol, 170.

« Michelot, ffistoir^ rf# France, t. XI, p. 26!^;

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