‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 8 sur 137 · GUIZOT · texte numérisé non relu

GUIZOT

sorcelé le roi. Par talisman, philtre ou breuvage? Par l'anneau enchanté qui, dit-on, troubla Gharlemagne? Non ; par la caisse des finances : Louis XIII n'avait jamais vu d'argent, et Richelieu lui en fit voir*. »

M. Guizot, que la loi des contrastes, autant que l'ordre chronologique des publications, nous oblige à citer après Michelet, et qui a su, jusqu'à la fin d'une illustre carrière, se montrer digne delà grande magistrature de l'histoire, M. Guizot ne croit pas, lui non plui*, à l'affection de Louis XIII pour Bichelieu. Selon l'auteur de V Histoire de France racontée à mes petits-enfants^ Louis XIII ressentait contre son ministre « une répugnance instinctive, » et il n'eut jamais « qu'une fidélité raisonnée pour un serviteur qu'il n'aimait pas *. »

En tête de la belle pubUcation des lettres et papiers d'Etat de Richelieu, M* Avenel, qui, par cet ouvrage, a élevé à la gloire du grand ministre un monument tout à fait digne de lui, a placé une introduction magistrale qui est un magnifique résumé de la vie du cardinal. Dans cette introduction à une œuvre récemment terminée, et dont on ne saurait trop louer la méthode parfaite et la rigoureuse exactitude, M* Avenel a eu à s'occuper, en ce qui concerne lé sujet de cette étude, beaucoup plus des sentiments de Richelieu à l'égard de Louis XIII que de ceux du roi envers son ministre. Le savant éditeur qui a su, même en publiant sept énormes volumes ^

* Michelet, Histùire dé. Frante, t. XI, p. 263.

* Gui2ot, Histoire de Frûnc^ racontée à mes petits enfants» U IV^ pp. 35 et 46.

i(> M. AVEN EL.

demeurer dans les limites qu'il s'était fixées, n'a jamais perdu de vue qu'il avait à s'occuper surtout et avant tout de Richelieu. Aussi décrit-il avec soin les moyens employés par celui-ci pour ne pas exciter la méfiance de son maître, et néglige-t-il un peu le roi. M. Avenel, que vingt années de recherches consciencieuses ont mis en pleine possession de tout ce qui a trait au grand ministre, et qui sait tout ce qu'il est possible de savoir sur les mœurs, les coutumes, les institutions de ce temps, devait nécessairement, en projetant sur son héros une vive lumière, laisser dans l'ombre le roi, qui disparait en effet dans cet amas de rapports, de papiers d'Etat, de lettres, de documents de toutes espèces, innombrables témoignages d'activité légués parle cardinal à la postérité. 11 est d'ailleurs utile de faire observer dès maintenant qu'il n'y a rien de surprenant à ce que Richelieu, même à mesure qu'il recevait du roi, dans les lettres que nous allons publier, des preuves non équivoques d'affection, ait continué à le ménager avec un soin extrême. Chacune de ces lettres, imprégnées d'une amitié réelle, le ministre les recevait isolément; il pouvait craindre de voir cesser brusquement une confiance que rien n'indiquait comme devant être éternelle. Il était donc tenu à poursuivre jusqu'au dernier jour l'emploi de « ces soumissions de langage, de ces apparentes concessions, de ces nisos d'humilité* » que décrit si bien M. Avenel.

' I^Urr», instruction* diplomatiffuen et papiers d'btat du cardinal de Hichelieu. publiés par M. AveneK (.'ollectiun deM docutncutii inédiu sur l'histoire de France, lutroductioii. p. ci.

CAPEFTfiUE. 17

Nous, au contraire, nous jugerons ces lettres dans leur ensemble, et, embrassant la période entière, nous pourrons affirmer un sentiment d'affection dont Richelieu apercevait seulementles témoignages successifs et échelonnés.

Mais il s'est rencontré deux écrivains qui, sans connaitre les lettres que nous publions aujourd'hui, et par une sorte d'intuition heureuse, ont résisté à l'entraînement général d'opinion. Sans aller jusqu'à présenter sur l'affection du roi pour Richelieu une affirmation en faveur de laquelle nous apportons des preuves décisives, ils ont entrevu un Louis XIII moins rapetissé, plus personnel, plus véritablement roi, et l'ont à peu près remis à sa place réelle. « On a peint Louis XIII, dit Capefigue, comme une tête affaiblie et sans volonté ; il n'en est rien. Le roi avait sa pensée k lui, forte, énergique, et, s'il subissait l'influence du cardinal de Richelieu, c'est que celuici avait parfaitement deviné le caractère du maître et qu'il en exécutait les desseins avec plus de capacité. Richelieu, esprit supérieur, devait envisager avec une plus haute étendue la situation de la monarchie. L'intimité profonde qui existait entre le roi et son ministre résultait de la conviction puissante qu'ils se comprenaient. U n'y avait là ni faveur ni amitié : c'étaient deux intelligences également froides, également réfléchies, qui se prêtaient secours dans les voies de l'unité royale, et l'une n'était soumise que parce qu'elle se sentait inférieure à l'autre... Louis XIII ne garda pas son ministre par faiblesse.

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