LUI
Pour mon eouêin le cardinal de Richelieu, du 18 êeptembre 1634.
La dernière recrue des x homes de la cavalerie qui est venue en picardie et tardenois na reseu aucun argent ny montre ny surtaut' ces capitaines 'me sont venus pour men avertir et me dire quils ne les peuvent plus tenir sans argent vous parlerés aux surintendans pour leur en faire dôner vous aurés la sédition armée a Rouan a laquelle je crois qu'il faut remédier et ne pas soufrir telles choses je crois quil seroit bon de leur faire peur de restablir le fort Sainte Catherine et de faire avancer quelques régiments de ce costé.
Jay comandé a la Ville aux Clers ' les provisions pour M. de Sully et la Meilerais * et feroy tousjours ae bon cœur tout ce je cognoistroy que vous désirerés.
Xloncaut me presse pour un régiment et ma dit que vous me laviés renvoyié je remets a vous a en faire ce que vous jugerés a propos je croy qu'il sera content que on le mette sur le roole de
* Richelieu annonçait, en effet, dans «on rapport, qa*aacane noaveU« n'était arrivée de Hollande et d'Allemagne. On voit que, cliaqua Jour, la France se préparait de plus en plus à entrer d'une façon directe en lutte avec l'Espagne. On peut voir dans toutes les notes mises par Louis XIII, en marge des rapports de Richelieu, que le roi s'occupait avec autant de passion que son mmistre, des préparatifs que celui-ci organisait.
* Supplément de paie.
' Henri- Auguste de Loménie. seigneur de la Ville-aux-Clers, comt« de Biienne depuis 1623. Il était alors secrétaire d'Etat. Caractère indépendant, il se contenta d'être fidèle au roi, sans jamais rechercher la faveur du cardinal, ce qui ne rempêcha pas de garder les places que sa sagesse dans le conseil et sa fidélité lui avaient acquises. U obtint le aépartemeut des affaires étrangères en 1643, et le garda jusqu'en 1663. C'estH' auteur des Mémoires si connus sous le nom de Mémoirei de Brienne. U mourut en 1666.
* Charles de la Porte, marquis de la Meilleraye, cousin germain de Richelieu, et à ce moment lieutenant-général de Bretagne. U allait être nommé grand-maltre de l'artiUerie. Maréchal de camp, Tannée suivante, puis mestre de camp, lieutenant-irénérid des armées au roi, en 1636, ii fut nomme maréchal de France, en 1639, k la prise d'Hesdin. Après avoir été surintea- (Ittut de» finances de 1618 à 1619, il lut nommé duc et pair en 1663, et mourut k Paris, en 166t.
DIS LOUIS XllI A RICHËLIKU. 193
ceux qui en demandent pour lavenir. — {Ibid., t. V, fol. 67.) — [Original,)
Cette lettre n'est pas, comme tant d'autres, une réponse à un mémoire de Richelieu ; ici le roi a l'initiative, il informe son ministre de faits qui sont inconnus à celui-ci, lui donne des ordres et lui fait part des résolutions qu'il a prises. Aussi le cardinal, dans un rapport du 20 septembre*, lui montre-t-il comment il a exécuté ses ordres, reconnaît la valeur de ses avis et le remercie de ses nouveaux bienfaits. Ainsi, sur le premier point de la lettre de Louis XIII, Richelieu répond : « J'ay fait voir à MM. les surintendants la lettre de Vostre Majesté sur le sujet des dix hommes de la dernière recreue de la cavalerie qui n'a point été payée. Ils alëguent beaucoup de raisons qui ne me semblent pas bonnes, puisqu'il est vray qu'elles n'ont pas esté précédées du paiement nécessaire. » En marge, le roi insiste sur les craintes qu'il avait manifestées dans sa lettre : « Si on ne les paye, dit-il, je crains qui se débandent. »
Quant à MoAcaut, le cardinal répond seulement : « J'ay dit à Moncaut qu'il serait sur le roole de ceux qui seraient destinés pour lever à lavenir, mais que cestoit tout ce qu'il pouvoit attendre. » Il répond d'une tout autre manière au paragraphe concernant La Meilleraie : « Je rends un million de grâces à Sa Majesté, dit-il, pour le commandement qu'il lui a pieu de faire des expéditions de M. de Sully et de mon cousin de La Meilleraie ; j'en reçois tous les jours tant en toutes occasions, qu'il m'est impossible d'en rendre à Vostre Majesté des remercie-
< Papiers de Richelieu, t. IV, p. 608.
f94 LETTRES INÉDITES
ments assez dignes. » Ce à quoi Louis XIII réplique : « Mon cousin, je* vous prie d'estre aseuré qu'il ne se présentera jamais d'occasion de vous te&moigner lafF°", la grande affection que j'ay pour vous, que je ne le face de très-bon cœur. Louis. » Cette affaire tenait d^ailleurs au cœur de Richelieu depuis longtemps, puisque déjà, au mois de juin 1633, dans une lettre à Bouthillier% il montrait son désir de faire succéder son cousin La Meilleraie à MM. de Sully et de Rosny, dans les chargés qu'ils occupaient. M. de Rosny mourut le i •' septembre i 634 ; on voit qu'il ne tarda pas à avoir un successeur dans la grande maîtrise de TarliUerie. La Meilleraie prêta serment pour sa nouvelle charge entre les mains du roi, au Plessis-lès-Bois, le 27 septembre suivant*. Cette rapidité dans l'exécution d'un désir du cardinal ne nous étonne pas. Louis XIII, loin de subir les volontés de son ministre, allait au-devant de ses souhait». Richelieu savait d'ailleurs reconnaître la tendresse de son maître à son égard. Le 18 juin précédent, écrivant à Léon Bouthillier, et parlant du roi, il lui disait : « La saulce m'oblige encore bien plus que le potiron, c'est-à-dîref qne sa façon de faire ses grâces est encore beaucoup meilleure que quelque bien qu'il puisse faire *. » H nous semble que Richelieu était meilleiu* juge que tout autre des sentiments que Louis XIII ressentait pour lui. Si quelquefois il sembla douter de l'affection qu*il inspirait à son maître, on peut expliquer ce doute par la défiance qui le earaciérissit et par sa promptitude à s'abattre.
< Papier» de Aiehetieu^ t. IV, p. 400.
' Gazette de France, du 30 septembre 1634, p. 420.
>^ Pe^rien de Biehetieu, t. IV, p. 573.
Mon cousin, je répons en marge à ce mémoire ^ que sil est néssesaire que je maproche plus tard de Paris mandés le moy car au lieu daler à Chantilly je me rendroy à Saint Germain au temps que vous me manderés je me porte ae mieux en mieux et prie le bon Dieu de tout mon cœur que vostre santé soit telle que je la désire moyennant quoy rien ne sauroyt mal aler. — Au Plesis du bois*, ce 26 septemore i634. — (Ibid,, fol. 7i. — Original,) — (Ibid,, 1634, six derniers mois, fol. 177. — Copie.)
Mon cousin, jay receu les billets que vous mavés envoyé je les doneroy a ceux quil faut jespère que le bon Dieu me préservera de tous ses mauvois dessains et vous ausy auquel je recommande davoir plus de soin de vous que jamais *, je me rendroy vendredy a Samte Geneviève des bois pour estre plus proche de vous * vous me mandez par les billets quil faut voyier eux aux-passages et autres lieux pour faire arester ces 2 homes je ne say si il faut que je le mande ou si vous Tavez déjà fait si je nay de vous nouvelles demain la dessus sera signe que vous laurés fait ^ asurés vous de mon affection qui durera pour vous jusques a la mort. — Louis. Saint Germain en laye ce 4 octobre 1634. — (Ibid., t. V, fol. 72.) — (Oinginal.)
Le 11 novembre 1632, dix jours après Texécution de Montmorency, Monsieur avait quitté la France et
1 M. Avenel donne ceci comme écrit au bas d'un mémoire du cardinal, daté du 26 septembre.
* Entre Meaux et Dammartin. Le roi y était depuis la veille et y resta jusou'à la fin de septembre.
* Le 1*' octobre 1634, lo duc d'Orléans avait signé un contrat par lequel il
Promettait à son frère de rentrer en France le plus tôt ^u'il le pourrait. Les illets dont parle le roi étaient, sans doute. Tordre donne au duc de Chaulnes d'aller au-devant de lui et les lettres écrites aux gouverneurs des diverses ^aces de Picardie, pour les prévenir du retour de Gaston, en France. Ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est que le roi écrivait ceci le mercredi 4, et que Monsieur quitta Bruxelles le dimanche suivant 8 octobre.
* Le cardmal était à Chuly, i>rès de Lonjumeau. Louis XIII alla coucher le 5 à Chevreuse et de là à Sainte-Geneviève-des*Bois.
.^ Parmi les lettres du cardinal,^l y en avait, sans doute, une confidentielle et que le roi ne devait pas contre signer, puisque Louis XIII parle des
f96 LETTRES INÉDITES
s'était réfugié en Flandre, en déclarant qu'il considérait sa vie comme n'étant pas en sûreté, après la mort violente du maréchal. Le duc d'Orléans n'avait pourtant pas insisté beaucoup pour obtenir la grâce de Montmorency, qui, cependant, n'avait oublié ses devoirs que dans l'intérêt de Gaston. Louis XIII voyait de nouveau son frère comprometttre, par sa fuite, tous les grands projets dont le patriotisme du roi, sa volonté tenace el le génie de son ministre préparaient l'exécution. En effet, la présence de Monsieur en Flandre était une arme puissante entre les mains des Espagnols et un sujet de trouble pour Fopinion publique française, qui, ne connaissant pas les mobiles du roi et de Richelieu, s'étonnait de voir l'a famille royale se diviser aussi profondément, le frère du souverain imiter sa mère et chercher un refuge à l'étranger contre ce qu'il appelait le despotisme du cardinal. On accusait le roi d'oublier la voix de la nature pour obéir à la haine implacable de Ri* chelieu. Aussi, devant la conduite de Gaston, le premier sentiment de Louis XIII fut-il la colère, et une colère très-vive, qui se manifesta presque aussitôt par des actes. Le 12 janvier 1633, Richelieu lui dit, dans un rapport, que « madame de Praslin est venue lui tesmoigner que son gendre lui a fait savoir que Monsieur et sa suite sont bien las de Testât où ils sont. » Aussitôt, par quelques mots éloquents écrits
avis que Ini a donnés Richelieu, an sujet de deux hommes inconnus. Dans un rapport du 17 octobre {Papiers de Richelieu, t. IV, p. 6?9>. le cardinal parle aun • misérable « an^té à Marchenoir (entre Oriêana i»t Vendôme), que Ton doit confronter à un autre « misérable » qui est entre les mains du chevalier du Guet. Est-ce de ces deux hommes dont le roi veut parlor ? Nous rig^oronSf mais, en tout cas, leur capture ne paraît pas une affaire inpoi^ Unte, car nous n'avons trouvé nulle autre trace de tout cela. I/un des deux hommes devait être prêtre, d'après une des lettres qui vont suivre, datée du 16 octobre.
DE LOUIS XllI A RlCnELlEU. 197
en marge, le roi manifeste ses sentiments : « Je suis bien las aussi, dit-il, des maux qu'ils m'out faits, et à la France*. » On voit que Louis XIII ne séparait pas la cause de la royauté de celle du pays. Quelques jours après, le 18 janvier, dans un lit de justice, il déclarait qu'il n'accordait à Monsieur, et à ceux de ses partisans qui s'étaient exilés avec lui, qu'un délai de trois mois pour rentrer en France. Mais il mit, dès ce moment, au retour de Gaston, une condition que celui-ci ne pouvait accepter. Une lettre que longtemps après, le 14 octobre 1633, Monsieur écrivit au duc de LoiTaine, son beau-frère, nous apprend à la fois quelle fut cette condition et avec quelle ténacité Louis XIII persista à l'imposer : « Je suis étonné, écrit le duc d'Orléans, de la proposition que le roi mon seigneur vous a prié de me faire, de mettre Madame entre ses mains... La personne de Madame et la mienne sont tellement inséparables, et les deffiances qui, depuis quelques années, me tiennent éloigné de la personne du roy, mon seigneur,, subsistant, je ne puy prendre le party de mettre aux lieux où il aura puissance, une personne dont la con* servation m'est plus chère que la mienne *... » Cependant Gaston, après être sorti de France d'une façon inconsidérée, désirait ardemment y rentrer, car, à la même époque, le chevalier d'Elbène, un de ses confidents, écrivait à Fabbé d'Ëlbène^ son frère, resté à Paris : « Monsieur m'a commandé que vous disiés qu'il conjure M. le cardinal de mettre fin à ses malheurs, qu'il a en main son bonheur, son repos, ses biens, son honneur, et peut-estre plus que cela en*
* Papiers de Richelieu, t. IV. p. 420.
* Arch. iesaff. étrang.^ 1633, de septembre à décembre, fol. 133.
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core ; que de Fosier de là est la mesme chose que de luy rendre tout cela; qu'il luy aura des obligations qu'il n'oubliera jamais ; que s'il voyoit son cœur, infailliblement il acheveroit de Tobliger, et acquérir une personne qui luy en sçaura plus de gray que tous ceus qu'il a obligés jusques à ceste heure ^ » Malgré toutes ces protestations et le désir réel qu'avaient le roi et le cardinal de voir Gaston rentrer en France, rien ne se fit encore : Louis XIII restait inflexible dans sa volonté de faire casser le mariage de Monsieur avec la princesse de Lorraine. Le duc d'Orléans ne voulait alors ni ne pouvait accepter cette condition ; mais, au lieu d'exposer à son frère les considérations qui déterminaient son refus et de s*efforcer de ramener le roi plus irrité que convaincu, il eut recours aux moyens extrêmes. Par légèreté inexcusable, plus encore que par trahison criminelle, il signa avec les Espagnols, le 12 mai 4634, un traité par lequel il s'obligeait à ne rien conclure avec son frère sans leur participation, pendant un délai de trois mois. Le roi d'Espagne s'engageait, de son côté, à fournir à Monsieur les troupes nécessaires pour entrer en France.
Malgré l'indigne conduite du duc d'Orléans, Louis XIII et son ministre continuèrent à négocier avec lui. C'est que la présence de Gaston dans les Pays-Bas exposait à un grave échec la politique française. Louis XIII éprouvait une profonde irritation • Le 30 août 1634, il écrit à Richelieu au bas d'un rap^ port : « Le chevalier du Guet me vient de dire qu'il vient d'avoir nouvelles que mon frère est arrivé à Gand avec 1,500 chevaux et l'écharpe rouge au col
* Ârek. de9 aff. étrwg,, France, 1633, de Mptenbre à décembre, fol. Ml.
DE LOUIS XUI A RICHELIEU. iW
sans cordon blou '. » On le voit, Louis XIII n« peint pas son indignation par de longues phrases ; mais comme ces mots montrent la douleur que fait ressentir au roi de France le scandale public qu'offre Théritier présomptif de la couronne, dédaignant les couleurs françaises et leur préférant Técharpe espagnole! Et pourtant, dominant le dégoût qu'il éprouve, Louis n'oublie pas qu'il doit enlever, aux ennemis qu'il veut combattre, l'alliance d'un fils de France, pour pouvoir mieux réunir contre eux toutes les forces vives du pays, et il continue à négocier avec son Érère.
Toutefois, si Louis XIII cherche à ramener Monsieur en France, il ne lui cède sur aucun point. Il a condamné l'union contractée par le duc d'Orléans avec Marguerite de Lorraine, et sur ce point il demeure inexorable. Le S septembre 1634, il fait annuler par le Parlement le contrat signé à cette occasion, et il attaque la validité de ce mariage devant les tribunaux ecclésiastiques. Mais, en même temps, il prend la véritable voie pour arriver au but qu'il veut atteindre, en faisant adresser des propositions d'accommodement aux favoris de son indigne frère. Celui-ci, d'ailleurs, d'un caractère mobile et inconsistant, souffrait de son exil et commençait à regretter de s'être trop engagé avec les Espagnols. « Riolant * escrit dans cette ville que les levées de Monsieur s'en vont en fumée, que les Espagnols se deffient grandement de luy, qu'il est en une profonde mélancolie et en danger de tomber en une grande mala-
* Areh.dea aff. étrang., France^ t.V, fol. 56 (original), et Idem, France, lîAi •ix derniers mois, fol. 106 (copie).
* C'était à la fois le médecin de la reine-mère, et un espion de Richelieu^ «B Flandre.
die. » Voilà ce qu'écrivait Richelieu au roi, dans un rapport du 17 septembre ^ De telles dispositions devaient amener Gaston à céder. D'autre part, ses favoris, qui voyaient leur propre ambition satisfaite et leurs convoitises particulières assouvies par Louis XIII, poussaient Monsieur à rompre avec les Espagnols. Après avoir tout refusé, celui-ci accorda tout, car il avait perdu le gouvernement de lui-même et il était aussi incapable de rejeter les conseils de soumission que de repousser ceux qui inclinaient vers la résistance. Il consentit à tout ce que voulaient le roi et Richelieu, et, le 1" octobre, un traité fut signé par lequel Gaston acceptait à l'avance la décision que les tribunaui^ d'Église rendraient sur la validité de son mariage ; il obtenait, en échange do sa soumission, l'oubli du passé pour lui et la plupart de ses partisans, et de nombreuses faveurs pour quelques-uns de ses favoris.
Ce résultat, qui avait été si difficile à obtenir, ne tranchait pas complètement la question pendante. Un obstacle restait encore à surmonter : le duc d'Orléans étant en quelque sorte prisonnier des Espagnols, h Bruxelles, il fallait qu'il trouvât promptement un ^loyen de tromper leur surveillance pour quitter les Pays-Bas et rentrer en France. Le traité était resté secret, mais d'un jour à l'autre son existence pouvait être révélée aux Espagnols ; il était donc nécessaire d'agir rapidement. Aussi Louis XIII et Richelieu attendaient-ils à tout instant, et avec une fiévreuse impatience, le courrier qui devait leur annoncer l'arrivée de Gaston en France.
Celui ci s'échappa de Bruxelles le 8 octobre, ei
1 Papiers de Rirhelieu, t. IV, p, 60».
c'est le 10 seulement que le roi et le cardinal apprenaient cette nouvelle, et encore, comme le démontre la lettre suivante, ils étaient si peu certains de la vérité de leurs renseignements qu'ils attendaient que la rumeur publique les confirmât pour y croire entièrement.
Mon cousin, je vous renvoyé vostre lettre laquelle javois tenue secrette mais revenant de la chasse jay trouvé que un gentillôme qui venait de Ghilly ^ appelé la forest qui est borgne disoit à tout le monde que mon frère sestoit sauvé de Bruxelles et sestoit retiré luy 4« * à la Capelle ', je vous mande cecy afin que vous sachiés que tout ce que vous me mandés je n'en parle à persône sans savoir devant qui de vous si il le faut ou non, je demeureroy encore icy demain pour estre plus proche de vous sur cette nouvelle je nniroy celle cy en vous asseurant que je vous tiendroy ce que je vous ay si souvent promis jusques à la mort et prieroy le bon Dieu de tout mon cœur quil vous tienne en sa saincte garde. Louis. Je vous prie que si il vient daultre nouvelles que je les saches au plus tost. A Sainte Geneviève des Bois le 10 octobre 1634. — (Ibid., fol. 75:) — (Original.)
Louis XIII, qui ne dédaignait pas d'écrire quel quefois pour la Gazette de France, a raconté dans ce recueil le retour de Monsieur en France. Mais l'article inséré dans la Gazette diffère un peu de celui qu'avait écrit primitivement le royal collaborateur de Renaudot. Les termes sont quelquefois transformés, des portions de phrases sont supprimées et l'on y remarque quelques interpolations. Le manuscrit original existe à la Bibliothèque nationale \ nous en
' Village à quatre lieues de Paris, près de Lonjumeau. A ce moment, Richelieu en habitait le château.
* Le récit de Louis XIII, que nous donnons plus loin, dit le 6** ; \& Gazette, de son côté, dit le 7nie.
* Petite ville du département de TAisne, qui était fortifiée à cette époque.
* Ce manuscrit fait parUe d'un recueil composé d^articles semblables, tous écrits par Louis XIII lui-même, et dans lesquels il raconte les diffé-
âO.2 LETTRES INÉDITES
avons copié le texte, ce qui nous permettra de faire parler Louis XIII en notre lieu et place, et d'offrir à nos lecteurs, cette fois tel quMl a été écrit par lui, l'article du roi-journaliste :
De Pari», ce 13 octobre 1634.
Monsegneur frère du roy ayant fait savoir a Sa Majesté quil désiroit revenir en son royaume et se remettre en bonnes grases, Sa Majesté receut cette nouvelle avec grande joye et pour cet efect luy envova les ordres pour tous les gouverneurs des places de picardie ann quils eusent a le recevoir toutefois ne sachant pas luy mesme a laquelle il pouroit se retirer la première * : en gardant tousjours leur sûreté ce que mondit seigneur trouva très luste dont monsegneur ayant reseu les ordres du roy prit résolution de partir à l'inseu des espagnols parce quils avoient bien fait cognoistre par leurs actions quil ne désiroient pas quil sacomodast avec le roy et mesme croyoit on quils le voulussent arester, 2 jours devant le présidant Hose chef du conseil d'Espagne a labsance du marquis Daytonne * vint trouver monsegneur et luy dit quil trouvoit bien estrange que il neust point fait de feu de joye du gain de la bataille de Norlinghen * veu que la reyne sa mère en avoit fait et que toute la ville estoit en joye, et que il le venoit avertir que il y avoit rumeur dans ta ville de cela et quil le prioit que ses gens ce tinssent clos et couverts durant 3 ou 4 jours de peur quil ne leur arriva accident^ tout cela fit juger
rents éyénements militaires de son règne, depuis son entrée à Nancy, en 1633, jusqu'à sa campagne de Roussillon, en 1642. Ses récits s'arrêtent aa 14 juin de cette dernière année. Ce précieux volume provient de la bibliothèque de Philippe de Béthune, frère de Sully, et fût donné au roi par son flls Ilippolyte, en 1663. Son premier possesseur a intitulé ce volume : «> JU' laiioHt particulières fart curieuses escnttes de la main du roi Louis XIII qu'il faiwit de temps d autre et qui mont été données par monsieur Lucas secrétaire de son cabinet^ avec beaucoup d'autres lettres et papiers bien curieux (ces deux derniers mots sont écrits en interligne) après la mort dudit roy, qui estoieat dans la cassette que Sa Majesté faisoit tousjours porter avec elle. >• M. Schmit, bibliothécaire au département des imprimés de la Bibliothèque nationale, a
Snblié sur ce manuscrit, en 1868, une {Mtite mais très-intéressante brochure e huit pa^es, qui est plutôt une description qu'une étude. Il s'est contenté de reproduire trois articles seulement : le premier que contienne le manoscrit, et deux autres écrits pendant la campagne de Lorraine en 1635. M. Avenel n'a fait Qu'indiquer l'existence du volume dont nous nous servons en ee moment. Nul jusqu'alors ne l'a mis en œuvre et Ton peut dire que lee ftrag* ments que nous allons publier sont inédiu, puisque la Gasette ne les a jamais donnés textuellement.
I Les quatorse derniers mots sont écrits en interligne. ■ Ooavemeur des Pavs-Baa, pour les Espagnols.
* La bataille de NonUingue gagnée par les Impériaux sur les Suédois «I les troupes du duc de Saxe-Weimar, le 6 septembre précédent.
* Les sept derniers mots sont en interligne.
à mondit segneur la mauvaise volonté quil y avait contre luy et les siens ce qui le conforta encor dans bonne resolution quil avoit prise des auparavant. Donc voyant locasion propre et que le marquis Daytone estoit aie a Treveure il prit son temps le 8^ du mois* faisant semblant daler chaser le renard a un bois distant de 2 lieues de Bruxelles ou estant arivé il prit le chemin de la Gapelle la plus proche place frontière * de Picardie éloignée de Bruxelles de 25 lieues a la quelle il fut tout dune traite son cheval mourust soubs luy a la i7° lieue mais en ayant fait mener 6 en main pour rafraîchir ceux qui ne pou voient plus aler il en prist un qui le porta jusaues a la Gapelle ou il ariva sur les iO heures du soir par un Deau clerc ae lune qui luy servit de beaucoup pour se laire recognoistre aprochant donc de la place les sentinelles prirent la larme, toute la garnison prit les armes et aierent chacun en leur poste. Le gouverneur qui est le Baron du Bec fils de feu M. de Vardes ala promptement ^ sur le bastion du Roy pour voir ce que cestoit il entendit une voye qui dit corne les sentinelles demandoit qui va la cest m' frère au roy. Le voilà bien surpris ne sachant rien de la faire il done tous ses ordres pour se bien défendre * croyant que fut une entreprise sur sa place a leure mesme monsegneur parla et luy dit Baron du Bec empeschés que Ton ne tire sur nous je viens icy avec les bones grâces du roy et sa permission ledit Baron cognoissant sa parole * comanda aussitost que Ion ne tirast point Monseçneur luy dit jay des ordres du roy pour vous, faites sortir quelquun a qui je les puise doner il fit donc sortir le Baron de Longchamp son neveu lequel est capitaine au Régiment de Piémont qui lestoit venu voir le soir auparavant auquel mondit segneur bailla les ordres du roi lesquels il porta dans la place au çouvemeur, qui le receut mondit segneur " luy 6« en gardant tousjours sa seureté suivant les ordres du roy, dequoy mondit seigneur luy seut très bon gré ceux qui estoit armés et qui entrèrent' avec luy estoit le sieur de Puilorans, du Fargis, Delbène, Briancon, du coudray et Senante estant donc entrés il dit au gouverneur, donés nous a souper^ il y a 18 heures que nous n'avons ny beu ny mangé le gouverneur luy fit aprester diligemment à manger ou il fut beu à la santé du roy et en suite du car-
' Quatre mots en interligne .
* Frontière, en interligne.
' Promptement. en interligne.
* Quatre derniers mots en interligne.
* TYpis mots «n interligne.
* Mondit segneur, en interligne.
' Quatre mots en interligne.
* Le roi avait d* abord écrit : à manger ; il a rayé ces deux mots et écrit au-dessus, en interligne : à souper.
dinal duc côme il faut^ et -le logea très bien dans sa chambre aussitost après le jour depeschaledit Longchamp son neveu vers le roy pour luy doner avis de larïvée de Monsegneur et luy dire côme tout cestoit passé Monsegneur y dépêcha aussi le sieur Delbène pour tesmoigner a Sa Majesté la joy quil avoit destre remis en ses bonnes grasses, il a demeuré a la Capelle le 9* le X il en est parti pour aler a Nostre Dame de Liesse remercier Dieu de lavoir tiré de ou il estoit et de la il est aie à Soisons attendre les ordres du roy le sieur de Longchamp arriva a Sainte Geneviève des bois le x** a huit heures du soir côme le roy soupoit qui luy aporta ceste bonne nouvelle et ce qui cestoit passé à sa réseption ' de quov le roy tesmoigna un jove extraordinaire et audit Longchamp le contentement quil avoit de son oncle de la fason quil sy estoit gouverné, le roy lenvova ausi tost au Cardinal Duc pour luy faire faire part de ceste "bonne nouvelle lequel la receu.
(Ici il y a un certain espace resté en blanc, dans la feuille manuscrite, plus bas le roi continue.)
Sa Majesté luy a envoyé àSoissons le S*^' pour lasurer de
son afection et luy tesmoigner l'extresme joye quil a de le revoir dans son rovaume*^ ou il resevra toute sorte de bons traitements. (BibL nation. — Fonds français, t. 3840, fol. 43 et 13» .)
Ce curieux article est signé d*un monogramme plus curieux encore. Deux M entrelacés sont supportés par deux L dont les tètes s'élancent à droite et à gauche, à la partie supérieure du monogramme, tandis que leurs pieds viennent s'enlacer au milieu même du chiffre et à sa partie inférieure. Le tout est surmonté d'une couronne semblable à un tortil de baron.
* Les dix-huit derniers mots sont «n ihterligne ; il est k remarquer que les trois derniers : côme il faut, n'ont pas été reproduits par la Oaseit»,
* Ijes huit derniers mots en intarlinie.
* Le nom manque dans le manuscrit. C'est Léon BoothiUier que Louis XIII avait envoyé à son frère.
* Ces trois mots, en interligne.
* Cet article a été publié, dans les conditions que nous avons indiquées plut haut, dans la Gazette du 14 octobre 1634.
LVIÏ
Mon cousin, vous me mandez trois nouvelles a la fois qui sont très bonnes grâces au bon Dieu j'espère avec son aide et le soin que vous prenés de tout que nos affaires iront bien je demeureroy encor demain icy et finiroy celle-cy en vous asurant de mon amitié priant le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. — Louis. A Versailles ce 15 octobre 1634. — (Ibid,, fol. 74.) — (Original.)
Lvm '
Je viens daprandre que le marquis de Vardes est venu trouver mon frère à la Fère il nest compris dans le traité estant de ceux qui sont sortis avec la R. ma mère c'est pourquoy il me semble que il faudroit mander au jeune quil dit a mon rrère que en sa considération je ne lay voulu faire ares ter mais quil le renvoyé en Flandre ou quil le chasse dauprès de luy^ il me semble ausi que le séjour de la Fère n'est point propre pour mon frère et quil seroit ausi bien aileur je vous prie que je sache au plus tost ce que a aporté Kenut * et ausi si cest le prestre qui est aresté *. A Versailles ce i6 octobre 1634. Louis. — {Ibid., fol. 77.) — (Original.) (Idem, six derniers mois, fol. 250. — Copie.)
Le roî, dans l'article du 13 octobre que nous avons reproduit, avait donné une nouvelle prématurée, en annonçant que Léon Bouthillier était allé au-devant du duc d'Orléans. Ce jeune homme ne partit que le 15, ainsi qu'il ressort d'un rapport de Richelieu, du
* M. Avenel cite cette lettre dans son quatrième volume, p. 832.
* Le marquis de Vardes avait, en eflet, secondé la reine-mère dans sa fbite en juillet 1631. On voit que les rancunes du roi étaient durables lorsqu'elles avaient pour point de départ une désobéissance ou une attaque à son autorité. Le lendemain Richelieu répondait au roi à ce sujet : « Vardes ne doit pas estre compris entre ceux qui sont sortis du royaume pour l'amour de Monsieur. Je dépesche à M. le Jeune, ainsy qu'il plaist au roy me commander sur ce sujet. » {Papier» de Biehelieu, t. iV, p. 629.)
' Dans son rapport du lendemain, Richelieu répond que, sHl eût pu mander au roi quelque chose de certain sur le voyage de Kenut, il Teut fait la veille, mais qu'il ne Ta pas fait, parce au' on ne voit encore nullement quelles sont les intentions de l'ambassadeur. Kenut, dont le nom s'écrivait réellement Knuyt, était ambassadeur de Hollande en France.
* Nous ne savons si le roi revient ici sur run des deux misérables dont nous l'avons vu s'occuper dans l'une de ses lettres précédentes.
14 ociobre\ et d'une lettre que le cardinal adressait le même jour à Monsieur pour lui annoncer Farrivée du jeune secrétaire d'État*. Le messager royal ne trouva pas Gaston à Soissons, comme le roi l'écrivait le 13 précédent, mais bien à la Fëre, où le duc de Chaulnes avait amené et retint Monsieur jusqu'au 16 octobre, ainsi que nous l'apprend Louis XIII dans un autre article de notre mnnuscrit'.
« Monsieur de Chaulnes ayant trouvé monseigneur parti de Maries apris qu'il estoit aie à nôtre dame de Liesse dîner et qu'il viendroit coucher à Laon, luy coupa le chemin entre Liesse et ledit Laon ou il latandit jusques sur les trois heures après midy, donc monsegneur venant le duc de Chaulnes le pria et conjura de vouloir venir coucher a la Fère ou son souper latandoit monsegneur après « quelques résistances luy disant quil avoit mandé au roy quil doit atendre ses comandemens à Soisons anfin se laisa aler et se mit dans le carosse du D de Chaulnes et ala coucher a la Fère où il a esté défrayé par ledit duc luy et les siens six jours durant y ayant pour cest efect esté tenu 8 tables de trente couverts chacune lundy dernier^ il en est parti dans le carosse que le roy luy a envoyié et est venu coucher à Soisons ou ceux de la ville lont défrayé il y a séjourné mardy auquel jour le duc de Chaulnes luy a encore aonné a souper (Ce qui suit est écrit au crayon.) et mercredy il est venu coucher a Nanteuil ' ou il a tant des nouvelles du roy. »
Le duc d'Orléans quitta Nanteuil pour Écouen, où Bouthillier le laissa le 19 octobre. L'entrevue de Gaston et du roi eut lieu à Saint-Germain le 21 . c< Il fut très-bien reçu, dit la Gazette*^ avec embrassements qui tirèrent des larmes de joie à toute l'assistance. » Richelieu donna à cette occasion une grande
« Papiers de Jiiehelieu, t. IV, p. 626.
• Idem, t. IV. p. 788.
s Bibliothèque nationale, fonds françaU* t. 3,840, fol. 140. C«t article fut publié ayac certains changements et une longue addition dans la GazeUe du il octobre.
* Lundi 16 octobre.
* Château du département de TOise, appartenant au dac d'Halluin, flla de Schomberg.
• Onsette de FVûaee du 26 octobre 1634.
fête dans sa résidence de Rueil. Monsieur quitta presque aussitôt la cour pour aller habiter Orléans et Blois qui faisaient partie de son apanage. Il semblait avoir définitivement adopté le parti de la soumission, et la réconciliation entre les deux frères paraissait complète. On verra bientôt que rien n'était moins vrai.
Nous avons précédemment reporté au commencement de 1633, après la mort de Gustave-Adolphe, les premières tentatives faites par Richelieu pour prendre en main la direction de la lutte européenne contre la maison d'Autriche. Jusqu'à ce moment ses plans avaient réussi à merveille. La France, pacifiée au dedans, était respectée, sinon redoutée au dehors;l'ennemi puissant qu'elle se préparait à combattre était tenu en respect : en Allemagne, par la confédération des princes protestants et le prestige des Suédois; en Italie, par les traités, autant que par l'hostilité des petits princes italiens; qui, las de la domination espagnole, aspiraient à garder leur indépendance et étaient toujours prêts à se liguer contre l'ennemi commun. Dans les Pays-Bas, enfin, l'Espagne avait à compter aveb la Hollande que des divergences dans les intérêts commerciaux aussi bien que les passions religieuses faisaient son ennemie naturelle.
Avant la mort de Gustave-Adolphe, la France, qui n'était pas encore prête pour la grande lutte de vie ou de mort que les malheurs du règne de François I*' et la puissance toujours grandissante de la maison
d'Autriche rendaient inévitable, se trouvait donc à Tabrî des attaques directes de rAllemagne et de TEspagne. Mais elle avait à redouter un autre danger. Alliée politique du protestant Gustave- Adolphe, elle pouvait craindre de trouver en lui un ennemi lorsque T Allemagne serait complètement vaincue. Dès que le roi de Suède fut mort, ce premier péril disparut, mais il fut remplacé aussitôt par un autre non moins grand. Aucun des alliés de la France ne pouvait suppléer Gustave-Adolphe sur les champs de bataille*; au contraire, Tempire avait à son service un grand homme de guerre, Wallenstein, dont la fortune n'avait cédé, jusqu'à ce moment, qu'à celle du conquérant suédois. Contre un tel général, commandant les redoutables armées impériales et s'appuyant sur l'alliance espagnole, ce n'était pas trop des efforts réunis de toutes les autres puissances continentales. Richelieu résolut de maintenir les choses dans l'état où elles étaient à la mort de Gustave et de prendre lui-même la succession politique de celui-ci. Avant de réussir dans ce dessein, il eut à lutter longtemps contre de petites jalousies et de mesquins scrupules. En Alleipagne, il est vrai, ses efforts aboutirent rapidement ; mais, il ne faut pas Toublier, là les princes protestants se sentaient sans cesse exposés, car leurs Etats pouvaient à tout instant devenir la proie de l'ambition autrichienne. L'imminence de leur propre péril les jeta presque de suite dans les bras de la France. Il n'en fut pas de même en Hollande. Ce pays, placé loin des champs de bataille du centre de l'Europe, ne sentit pas aussi vivement les dangers qu'il pouvait courir, si la France venait à être abattue par la maison d'Autriche; ainsi
DE LOUIS Xlll A RICUiaiEU. 209
que nous Tavons vu, au moment même où les né-» gociations s'entamaient en Allemagne pour la conti* nuation-de la guerre, les États hollandais négociaient une trêve avec TEspagne. Chamacé, envoyé auprès d'eux par Louis XIII, eut à combattre non-seulement les cabales ourdies avec For espagnol, mais encore celles que fomentaient les émigrés français. Toutefois, sa persistance, et son habileté, aidées de pensions données à propos et surtout de l'ambition du prince d'Orange, stathouder de Hollande, qui, préférant continuer la guerre, parce qu'elle augmentait son pouvoir, s'était mis à la tête du parti des antitrévistes, finirent par surmonter tous les obstacles. Le 18 avril 1634, plus d'un an après son arrivée en Hollande, l'ambassadeur français signait enfin avec les États un premier traité par lequel ceux-ci s'engageaient à continuer les hostilités avec les Espagnols. Une seconde convention vint bientôt fixer les conditions auxquelles le roi de France souscrivait pour obtenir que la Hollande ne consentit à aucune trêve avec l'Espagne.
Cela ne suffisait pas à Louis XIII et à son ministre. Ils sentaient fort bien que la France n'était pas encore assez solidement organisée pour combattre seule le colosse autrichien, et le grand cardinal, qui prévoyait quelles funestes conséquences pouvait avoir un échec pour son pays, aurait voulu n'engager la lutte qu'avec la certitude de vaincre. Aussi, à peiné ce premier accord conclu j s'empresse-t-il d'en préparer un nouveau, tout en prenant ses dernières précautions auprès des puissances qui étaient de* meurées étrangères à ses premières négociations. En même temps qu'au mois do juin il envoie le
marquis de Poigny comme ambassadeur en Angleterre, non pour rallier ce royaume à la ligue contre r Autriche et TEspagne, mais seulement pour connaître ses véritables tendances, il renoue avec les ambassadeurs hollandais en France de nouvelles négociations, destinées, dans son esprit, à aboutir à une alliance offensive entre les deux pays. Jusqu'à ce moment il n'a fait qu'aider, pap ses subsides et par l'envoi de quelques hommes, la Hollande dans sa lutte avec l'Espagne; cette fois, si ses projets réussissent, il va se décider à tenter la fortune des batailles et à faire attaquer de front, par la France ellemême, l'ennemi qu'il veut abattre.
Toutefois Richelieu sait, comme il le dit, « que le secret est l'âme des affaires ^ » Aussi recommandet-il à Charnacé, à qui il confie en partie cette nouvelle négociation, de faire courir le bruit que des difficultés se sont élevées entre les États et Louis XIII au sujet des différentes conditions réglées par les premiers traités, et cela pour expliquer les rapports fréquents qu'allaient avoir les ambassadeurs hollandais, non-seulement avec Charnacé, mais encore avec Bouthillier, Bullion et Richelieu lui-même. Le grand politique eût peut-être pourtant voulu encore éviter de jeter directement la France dans une guerre qui pouvait lui être funeste. Il essaya de faire en sorte que la Hollande se contentât d'un secours auxiliaire plus important que celui qui avait été réglé par la première convention; mais, ainsi que nous l'apprend Léon Bouthillier dans une lettre qu'il adressait au cardinal le 25 juillet', les ambassadeurs
< Papiert de Richelieu, t. IV, p. 574« Instruction à Charnacé. * Arch, dee aff. étrang,, France, 1634, aix derniers mois, fol. 33.
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des Etats refusèrent d'accepter cette transaction. On leur proposa alors un nouveau traité^ dont le jeune secrétaire d'État n'indique pas la teneur^ mais qui devait certainement se rapprocher de celui qui fut conclu définitivement, car Bouthillier dit à Richelieu, à ce propos : « qu'ils s'écrièrent qu'il était vrai de dire que le cardinal étoit le plus habile homme de l'Europe, et qu'il ne s'en pouvoit faire un plus avantageux pour le roy et pour MM. les États* » Les Hollandais devaient désirer vivement que la France rompit avec l'Espagne, car Bouthillier ajoute : « M. de Bullion leur parla parfaitement bien pour ne pas leur faire concevoir une trop grande espérance de la rupture sans la leur oster tout à fait^ » Quoi qu'il en soit, l'un des ambassadeura partit pour la Haye, emportant sans doute ce projet de traité, car Richelieu, dans un rapport au roi, du 20 septembre, lui dit : « M> Kenut (Knuyt, l'un des ambassadeurs hollandais) a escrit au sieur Pau de Mildebourg (l'autre ambassadeur), du 10 de ce mois, qu'il n'attendoit que le vent pour s'en revenir, ce qui fait qu'on l'attend à toute heure, ce qui me retient icy, à mon grand regret'. » Apres biisn des retards et bien des excuses, Knuyt revient seulement vers le milieu d'oc^ tobre, mais il ne rapporte aucune solution. Le 17^ Richelieu écrit au roi : « Si j'eusse peu, dès hier, mander à Sa Majesté quelque chose de certain du voyage de Kenut, je n'y eusse pas manqué, nuiîs on n'y void encore goûte. Il n'a point apporté le pouvoir de passer l'article nécessaire pour la rdiigion catholique, do façon qu'il est impossible de riea
* Idem.
■ Papierë de Richelieu^ t. IV. p. 609.
faire avec luy sans qu'il retourne encore une fois. » Louis XIII partageait Timpatience de son ministre et sentait fort bien que le temps était précieux. « Les longueurs de ces gens-là, écrit-il en marge, sont estranges et fascheuses et font perdre beaucoup de temps ^ » Dès ce moment, les négociateurs français et hollandais se réunissent chaque jour, sans pour cela s'accorder davantage sur les conditions du nouveau traité. Enfin, le 26 octobre, Richelieu informe le roi qu'après tant de conférences inutiles^ Knuyt et son compagnon viendront une dernière fois discuter avec lui sur les négociations entamées, et qu'ensuite Knùyt seul partira pour la Haye afin d'y prendre les instructions qui lui sont nécessaires pour signer l'accord définitif tant souhaité par les deux pays. C'est pour répondre à cette lettre que Louis XIII écrivait au cardinal les lignes suivantes, dont nous avons retrouvé l'original :
Versailles, 26 octobre 1631 '.
Mon cousin, je trouve très bon que vous achevies demain de dépescher les Olandois afin que Kenut puise revenir prontement je vous atendroy après demain avec impatiance. Louis. A Yersaiile ce jeudy 26 à 8 heures du soir 1634. -- {Ibid,, fol. 80. — Original.) — {Ibid. g France, 163'*, six derniers mois, fol. 273. — Copie.)
Knuyt revint plus rapidement cette fois que la première. Dès le mois de novembre, il était de retour. Les négociations recommencèrent, mais toujours avec autant de circonspection de la part des
* Papier» de Rirhelieu. t. IV, p. 630.
* M. Avenel douoe aussi cette note à la fln d'an rapport du >6 octobre.
DE LOUIS XllI A RICHELIEU. 218
ambassadeurs hollandais que d'empressement du côté de Richelieu. Le traité qui, après tant de retards, devait être signé le 15 janvier, ne le fut que le 8 février 1635. Par ce traité, en cas de rupture entre. l'Espagne et la France, celle-ci devait faire entrer dans les Pays-Bas espagnols une armée 'de Sa, 000 hommes de pied et de 5,000 cavaliers avec l'artillerie nécessaire à un pareil corps. La Hollande devait faire, dans le même, cas, les mêmes sacrifices. Les deux armées pouvaient agir conjointement ou séparément, selon* qu'on le jugerait à propos, mais toujours en conservant un commandement distinct , II. était entendu qu'aucune des deux puissances ne ferait ni paix ni trêve, ni suspension d'armes séparément. De plus, les conquêtes étaient partagées à ^ l'avarice ; la France, au cas où les Espagnols seraient chassés complètement des Pays-Bas, garderait pour elle le Luxembourg, Namur et son territoire, le Hainaut, l'Artois, la Flandre et le Cambrésis. Les Hollandais auraient pour eux Malines, le Brabant et la partie de la Flandre s'éteadant depuis le canal de Bruges et le Grand-Escaut jusqu'à la mer.
Au mois de novembre 1634, le traité d'alliance avec la Hollande était encore loin d'être fait, et les Espagnols, voyant que la France s'organisait, cherchaient à la prévenir dans l'attaque et à profiter de sa faiblesse présente, pour la combattre avec plus d'avantages. En même temps qu'ils couvraient les frontières françaises d'espions chargés d'étudier les passages des montagnes et les fortifications des villes,
fiJS LETTRES INÉDITES
ils préparaient à Naples une expédition maritime destinée à attaquer les côtes de la Provence. Louis XIII sentait fort bien jusqu'à quel point une attaque de la part de l'Espagne rendrait populaire la guerre qu'il méditait, ainsi que son ministre, car le 20 septembre, comme Richelieu lui annonçait que le capitaine général des troupes espagnoles dans le Roussillon avait été arrêté, portant un déguisement, auprès de Leucate,. il écrit en marge du mémoire du cardinal : « Je croy quil sera très bon de faire mettre cette nouvelle dans la Gazette pour faire voir a tout le monde que cest eux qui nous attaquent ^ » Et le lendemain ses ordres étaient exécutés ; la Gazette de France annonçait cette nouvelle ^, en mettant en évidence le» mauvais procédés employés par les Espagnol&v Mais ceux-ci ne se contentaient pas d'envoyer des. espions sur les terres fraiiçaises, ils arrêtaient eonune tels tous les officiers français qui se trouvaient sur leurs possessions. De telles violences devaient plu5 que jamais faire désirer la conclusion prochaine du traité avec la Hollande, et porter Richelieu à presser davantage l'organisation définitive de l'armée. On va voir que Louis XIII savait, tout aussi bien que son ministre, s'occuper des moindres détails pour atteindre ce but.
De St Germain ce 5 Novembre 1634 au aoir.
II me «cmble quil est à propos de mander que on retienne les Espa^ols qui ont esté arrestés près de Nancy jusque a tant que on ait des nouvelles de Faber'.
• Popien de Richelieu, t. IV, p. 610.
• Gazette de France, 1634, p. 399.
• Abraham Fabert, qui Ait depuis, en 1656, maréchal de France, et bov-
La Boissière Aranbure est revenu de larmée qui ma baillé lestroit général de sa revue et a M*" Servien * le particulier de la force des compagnies. Normandie est bien foible je croy qu'il en faudra faire un exemple piémont et Navarre sont bien forts la cavalerie est bone jay depuis ier une atainte de goûte laquelle ne ma empesché daler voler aujourdhuy le merle toutefois sans mettre pies a terre.
Je vous renvoyé dans ce paquet les lettres que vous mavés envoyé par du Mont. Louis. — {Ibid., t. V, fol. 81.) — {Original,)
Mon cousin, St Simon sen alant vous trouver je lay chargé de vous asurer de la continuation de mon affection je vous conjure davoir soing de vous dans ses grandes preses tant pour lamour ^ de moy qui vous ayme plus que toutes les choses au monde je finiroy^dono celle cy en priant le bon Dieu de tout mon cœur quil vous tienne en sa saincte garde. Louis. A St Germain en lave ce 28 novembre 1634. — (Ibid,, fol. 82.) — [(hHginah)
Le matin de ce jour on avait célébré au Luxembourg les mariages des ducs de la Valette et Puylaurens, et du comte de Guiche, avec des parentes de Richelieu, les deux demoiselles de Pontchâteau et mademoiselle Du Plessis-Chivray. De grandes fêtes devaient être données le même soir à TArsenal, et le cardinal devait y assister. On peut remarquer avec quelle sollicitude Louis XIII recommande à son ministre de prendre garde à lui dans la foule où il va
rut en 1662. Il venait d'être arrêté sur Tordre du gouverneur de Thionville. Pour obéir au roi, Richelieu fit prévenir le marquis d'Aytonne, gouverneur des Pays-Bas, que les espions espagnols arrêtés, soit en Languedoc, soit en Lorraine, subiraient le même traitement qui serait infligé à Fabert. Sa réclamation n'eut pourtant pas un effet immédiat, puisque la délivrance de Tofficier français n'est annoncée ^ue par la Gazette du 13 janvier 1635. Elle nous apprena qu'ayant été trouve innocent du crime d'espionnage, après Texamen de ses papiers, il fut relâché sur Tordre du gouverneur de Thionville, qui Tavait fait arrêter.
< Abel Servien, secrétaire d'État de la guerre, depuis 1630. Disgracié en 1636, il vécut retiré à Angers, jusqu'à la mort de Louis XIII. A cette époque, il fut envoyé par Mazarin comme plénipotentiaire français au congrès de Munster. Il mourut en 1659, peu regretté de ses contemporains, à cause de la rudesse de son caractère.
se trouver mêlé. La Gazette du 30 novembre nous apprend que Richelieu alla en effet à cette fête, que présidait la reine elle-même, et qu'il occupa, pendant le repas qui précéda le bal, avec le cardinal de la Valette et plusieurs autres seigneurs français et étrangers, une des tables d'honneur qui furent dressées pour ce festin.
Mon cousin, je viens de resevoir une bonne nouvelle laquelle vous aprandrés par celuy qui me la aporté qui est un lieutenant de Piémont que jay noury dans mes mousquetaires me remettant sur luy je finiroy çn vous asurant toujours ae mon afection. Louis. A minuit ce 29 Décembre I63i.
(Et en marge de haut en bas.) Je vous iroy voir demain. — [Ibid,, fol. 8i.) — (Original,)
C'est évidemment la levée du siège du chAtcau de Heidelbert que venait d'apprendre Louis XIII. Après la bataille de Nordlingen, les alliés de la France eu Allemagne avaient tout d'abord été effrayés par ce succès des impériaux, et Richelieu et son maître avaient pu craindre un instant de voir le résultat de leurs négociations fort compromis. Mais les protestants s'étaient rapidement relevés, puisque le SO septembre, quinze jours seulement après la bataille de Nordlingen, Richelieu apprend au roi, dans un rapport, que les confédérés pourraient réunir, dans quelques jours, une nouvelle armée de 35,000 hommes. Louis XIII, pénétré, comme son ministre, des besoins de la situation, exprime en marge la satisfaction qu'il reçoit de cette nouvelle. « Je me réjouis, dit-il, de quoy nos alliés prennent courage et s'unissent ensemble\ » Il n'en reste pas là, d'ailleurs^^l^t
• Papier» de Jiiehelieu, t. IV, p. 608.
ne se contente pas de ces platoniques expressions de sympathie. Il envoie le maréchal de Brézé rejoindre Tarmée du maréchal de la Force avec de nouvelles troupes, et leur donne Tordre à tous deux de passer le Rhin si la situation des princes alliés rend nécessaire un secours immédiat. En même temps, il constitue en Lorraine un nouveau corps d'armée sous les ordres du duc de Rohah. Les deux maréchaux eurent bientôt à mettre à exécution les instructions qu'ils venaient de recevoir. Vers le milieu de décembre, le duc de Lorraine et les généraux impériaux, après s'être emparés de la ville de Heideibert, mirent le siège devant le château. L'armée suédoise, trop éloignée ou trop désorganisée, ne pouvait secourir les défenseurs de la capitale de l'électeur palatin. Les généraux français prirent aussitôt les mesures nécessaires pour délivrer les assiégés, et le 21 décembre ils traversèrent le Rhin et arrivèrent devant le château. Le combat commença à sept heures du soir par l'enlèvement d'une batterie ennemie dont s'empara le marquis de la Force ; les autres corps attaquèrent en même temps les retranchements des impériaux. Ceux-ci furent obligés de se retirer dans la ville, où entra derrière eux le maréchal de Brézé. Après avoir capitulé, les assiégeants quittèrent Heidelbert le 23, à onze heures du soir. Les troupes françaises y entrèrent le lendemain, ravitaillèrent le château, puis allèrent camper entre Heidelbert et Manheim. La Gazette nous apprend que parmi les troupes du maréchal de Brézé se trouvait le régiment de Piémont*., C'est, comme le dit
* Gazette de France, Extraordinaire du 4 janvier 1635, p. 5, et Nouvelles^ du 6 janvier, p. 11.
Louis XIII dans sa lettre, uu officier de ce régiment qui apporta la bonne nouvelle à la cour de France.
Mon cousin, jacorde volontiers au fils de Guron la gratification que vous me demandés pour luy*.
Je vous prie que je sache demain ce que les holandois auront fait 2.
Jenvoyeroy ce soir Roguemont a M' le Prince '.
Je me" porte bien grâces a Dieu et suis très gailart jay de quoy vous faire rire a la première vue cependant je vous diroy que les enemis sont si bas faute de vivres quils sont réduits a manger des châtaignes et nous ne vivons que de citrons doux de quoy ils enragent* je vas doner audiance aux Nonces*.
Je vous conjure davoir toujours soin de vostre santé. Lotis. A St Germain ce 17 janvier i63o. -^ {Ibid,, fol. 86.) — (OriginaL)
* « Ce même jour, 17 janrier, dit la Gazette de France, monrut le siear de Guron, naguère conducteur des ambassadeurs, m [Gazette du SO janvier 1635.) M. Avenel n'a pas trouvé la lettre du cardinal à laauelle Louis XIII fait allusion et dans laquelle Richelieu priait le roi d'accorder une indemnité au fils de Guron, à cause de la mort de son père.
' On a vu pins haut que les ambassadeurs hollandais devaient signer, le 15 janvier, le traité qui se négociait depuis longtemps et que leurs hésita» tions firent reculer cette signature définitive jusqu'au 8 février. Dans une lettre à Léon Bouthillier, du 17 janvier, Richelieu se plaint vivement du procédé des ambassadeurs étrangers (voy. Papier» ae Richelieu^ t. IV, p. 851).
' La Gazette nous apprend que le prince de Condé, arrivé le 15 k Paris, alla voir le roi le lendemain à Saint-Germain. Nous ne savons ^uel était le motif de cette visite qui nécessitait une réponse de la part du roi.
* Louis XIII veut, sans doute, parler du siège de Brissac, que le duc de Rohan faisait à cette époque. I^s Espagnols qui défendaient cette place étaient, en effet, à peine pourvus de vivres pour six semaines, s'il faut en croire une lettre de Richelieu à Henri de Rohan, datée du 23 janvier {Pa^ pier» de Richelieu, t. IV, p. 792).
* •« Le 17. dit la Gazette de France, les sieurs Masarin et Bolognetti, nonces de Sa Sainteté, furent conduits k Saint-Germain par le comte de Bmlmi. conducteur des ambassadeurs, où ils eurent audience du roi, ensuite de laquelle ils furent traités par les officiers de Sa Majesté. Ils eurent pareille audience du cardinal-duc. » {Gazette du 20 janvier 1635.) Le projet oe ligue entre les princes italiens et la France, tant de fois déjà mis en avant, revenait sur 1 eau encore une fois en 1635. Louis XIII avait envoyé, dès le commencement de l'année, le sieur de Bellièvre, comme ambassadeur en Italie, pour tenter d'organiser cette ligue, et, comme on le voit, le Pape avait, de son côté, deux envoyés k Paris, chargés de défendre ses intérêts dans cette négoci tion, qui, d'ailleurs, ne réussit pas.