‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 82 sur 137 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Mon cousin, je suis au désespoir de la promptitude que jeus hier a vous escrire le billet sur le sujet de mon voyage, je vous prie de le vouloir brûler et oublier en mesme temps ce quil contenoit et croire que comme je nay eu dessein de vous fascher en rien je nauroy jamais autre pensée que de suivre vos bons avis en toutes choses ponctuellement. Je vous prie encore une fois

de vouloir oublier et mescrivés par ce porteur que vous ny

pensés plus pour me mettre lesprit en repos et vous asseurés que je nauroy point de contentement que je ne vous puisse encore tesmoigner lextresme aflFection oue jay pour vous, qui durera jusq^ues a la mort. Priant le bon Dieu ae tout mon cœur quil vous tienne en sa saincte garde. A Monceaux, ce 2 septembre 1635. — (Imprimée. — Recueil d'Aubéry, t. II, p. 792. — Idem. Le Vassor, Histoire de Louis XIII, t. VIII, 2"» partie, p. 86. — Idem, Le Père Griffet, Histoire de Louis XIII, t. Il, p. 612.)

Cette lettre révèle l'existence d'un différend entre Louis XIII et son ministre. Jusqu'à ce moment, on l'a vu, nous n'avons jamais eu à constater la moindre altération dans les sentiments affectueux du roi à l'égard du cardinal. Nous ne pouvons donc croire que ce différend ait été profond et ait fait courir le moindre danger à l'autorité de Richelieu. La forme et les termes de la lettre d'excuse du roi, que nous venons de donner, suffiraient seuls à nous confirmer dans cette opinion, si l'étude de cet incident ne nous démontrait combien on en a exagéré la portée.

Le savant éditeur des Papiers de Richelieu, quij sur tant de points de son grand ouvrage, a fait preuve

< Nous ii*avons pu trouver Tori^inal de cette lettre, que nous donnons cependant, d'après divers bistonens, à cause de son importance capitale.

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de perspicacité et de sincérité impartiale, s'est évidemment laissé entraîner ici par Tadmiration, le respect, nous pourrions même dire Taffection, que l'étude de l'œuvre de l'immortel ministre lui a inspirée pour celui-ci. Il a cru entrevoir qu'à l'occasion du voyage de Louis XIII en Lorraine, de 1635, un profond dissentiment s'était élevé entre Richelieu et le roi, qui, lassé du despotisme du cardinal, lui aurait fait durement sentir qu'il était le maître. Nous l'avons déjà dit, on n'étudie pas aussi profondément la vie d'un homme tel que Richelieu, sans arriver fatalement à partager ses désirs, ses joies, ses craintes, ses souffrances, sans s'identifier, en quelque sorte, avec lui. M. Avenel, qui, depuis plus de trente ans, vit* dans un commerce constant avec le grand ministre, s'est pénétré de son esprit, et nous ne nous étonnons pas qu'il ait partagé les appréhensions qu'a inspirées à Richelieu un mouvement d'impatience de Louis XIII. Gomme Richelieu, M. Avenel a lu les lettres du roi et celles des fidèles du cardinal, qui, placés par celui-ci auprès de Louis XIII, rendaient compte chaque jour au ministre des sentiments exprimés par le roi. Comme Richelieu, et le premier après lui, M. Avenel a pu suivre pas à pas toutes les phases de cet incident ; mais, égaré par les mêmes soupçons, il a partagé les mêmes craintes. Comme Richelieu, il a cru que Louis XIII avait voulu imposer violemment, et sans raison, sa volonté à son ministre. En étudiant à notre tour, et sans parti pris, cette affaire ; en nous souvenant seulement des mille preuves d'affection données, jusqu'à ce moment, par

« Qa&nd ceci a été écrit, la mort n'avait pas encore atteint If. ATanel. Li» consciencieux et savant éditeur a terminé il y a trois mois une vie honorai»!*ment consacrée à la science.

Louis XIII au cardinal, et en nous servant des mêmes documents que M. Avenel, nous arriverons à une conclusion complètement contraire à la sienne, conclusion que nous ne désespérons cependant pas de voir adopter par le patient et si consciencieux éditeur des papiers du grand ministre.

Pourquoi Louis XIII voulait-il aller se mettre à la tête de ses années de Lorraine en 1635, et pourquoi Richelieu essaya-t-il un moment de détourner le roi de cette résolution? Voilà, selon nous, les premières questions qu'il était nécessaire de se poser pour étudier cet incident, et pourtant M. Avenel les a complètement laissées de côté. « RicheUeu, dit-il seulement, souffrant plus que de coutume des maladies dont il souffrait toujours, ne pouvait accompagner Louis XIII à l'armée de Lorraine, où ce prince avait résolu de se rendre, espérant rétablir les affaires, qui là ne succédaient pas à son gré. Craignant de laisser un instant le roi hors de sa tutelle, il était fort inquiet de le voir aller à l'armée sans lui, et voulut s'opposer au désir dans lequel le roi s'obstinait. Selon son habitude, il ne s'y opposait pas ouvertement; mais de ses objections indirectes surgissaient mille inconvénients. Louis XIII, qui s'aperçut de la manœuvre du cardinal, fut profondément blessé; comme tous les caractères faibles, il laissait voir sa mauvaise humeur, à défaut d'une ferme volonté, et il semblait céder aux insinuations de son ministre, mais de si mauvaise grâce, que celui-ci eut peur de le pousser à bout, et finit par lui permettre (c'est presque le mot propre) d'aller commander son armée^ » Nous le demandons, sont-ce là des mobiles

* Papiers de Richelieu^ t. V, p. 156.

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véritablemeni dignes d'hommes tels que Richelieu et Louis XIII, et peut-on expliquer, d'un côté, par des craintes puériles, de l'autre, par une obstination timide et sotte, ce fait isolé de la vie de ces deux personnages ? Peut-on croire que le roi de France ait tenu absolument à aller prendre lui-même le commandement de l'armée qui luttait contre l'Allemagne, uniquement parce que le premier désir qu'il avait exprimé à cet égard avait été combattu par' son ministre ; et peut-on supposer que celui-ci ait voulu empêcher ce voyage parce que, ne pouvant accompagner le roi, il craignait de perdre son autorité dans l'État, si le roi s'éloignait seul? Tous deux obéissaient à des considérations d'une plus haute portée. Et d'abord, comment admettre que Richelieu ait craint de voir son maître s'éloigner sans lui ? Le cardinal n'était-il pas resté seul durant de longs mois, au siège de la Rochelle, pendant que Louis XIII, revenu à Paris, était entouré des ennemis de son ministre ? Est-ce qu'en 1630, Richelieu n'était pas resté isolé devant l'ennemi, à deux reprises différentes : au commencement de la campagne et au mois d'août, avant la grande maladie du roi à Lyon? Est-ce que maintes fois le cardinal n'avait pas été séparé de Louis XIII? Pourquoi aurait-il redouté cette séparation en 1638 plutôt qu'à toute autre époque ?

Si Louis XIII tenait tant à partir pour la Lorraine, c'est que jusqu'alors il avait toujours commandé luimême ses armées, et dans toutes ses campagnes, à l'ouest comme dans le midi de la France, en Itdie comme en Lorraine, il avait vu le succès accompagner ses pas, et les desseins conçus par son ministre, puis adoptés par lui, réussir complètement.

DE LOUIS Xm A RICHELIEU. 249

Et voilà qu'en 1635, au moment où la grande lutte préparée depuis si longtemps vient de commencer, ses troupes, que, pour la première fois, il ne commande pas en personne, sont obligées de reculer, humiliées, devant un ennemi plus habile et plus puissant. Pour la première fois, une entreprise à laquelle il a, ainsi que Richelieu, apporté tous ses soins, échoue misérablement par l'incurie des généraux auxquels il en a confié la direction. Après une campagne désastreuse, l'armée française revient des Pays-Bas, décimée, désorganisée et presque anéantie parles fatigues inutiles dont elle a été accablée. n faut à l'honneur français une revanche éclatante et immédiate ; mais les seules armées qui restent en campagne sont en Lorraine, où, tantôt battues et tantôt victorieuses, elles demeurent à grand'peine immobiles au milieu des conquêtes faites par le roi en 1633. Louis XIII, que cette situation désespère profondément, se souvient de ses succès passés, et ne doute pas que sa présence, animant ses soldats, ne leur permette de relever rapidement la réputation des armes françaises. Il veut partir pour la Lorraine, et son ministre, entrant tout d'abord dans ses vues, donne un autre objet aux préparatifs qui se faisaient à Châlons, et y organise un corps d'armée destiné à être commandé directement par le roi. Celui-ci devait, de plus, diriger toutes les opérations des autres généraux qui commandaient en Lorraine. Pendant tout le mois d'août, Richelieu prépare ce corps d'armée ; mais il s'aperçoit que ses plans, toujours si lumineux, et dans lesquels il prévoyait tous les incidents qui pouvaient se produire, s'exécutaient cette fois difficilement. Il préparait tout sur le papier^ et

rien ne s'organisait en réalité. Cela lui fit redouter de ne pouvoir donner à Louis XIII une armée digne de lui ; et, connaissant l'impatience et l'amour de la gloire qui caractérisaient son maître, il craignit de compromettre la réputation de celui-ci, en lui laissant prendre prématurément le commandement de l'armée qui se réunissait à Ghâlons. C'est ce motif qui, joint aux alarmes que lui causait la mauvaise santé de Louis XIII, porta Richelieu à présenter au roi, vers le milieu d'août, quelques observations sur le voyage qu'il allait entreprendre. Il le supplia de retarder son départ pendant quelque temps. Ces observations ne furent pas accueillies par Louis XIII, qui était plus impatient que jamais d'aller diriger les opérations de son armée ; mais elles ne laissèrent dans son esprit aucune rancune contre le cardinal, puisque, le 23 août, il signait à Noisy un pouvoir donné à Richelieu « pour commander, en l'absence du roi, en la ville de Paris, l'Ile de France, la Picardie, la Normandie et pays voisins \ » Le ministre était d'ailleurs déjà revenu sur ses appréhensions. Il comprenait les raisons qui portaient Louis XIII à vouloir, quand même, entreprendre son voyage. Le 21 août, écrivant au comte de Soissons, il lui disait:

« La présence du roi dans son armée, où il

s'acheminera dans trois ou quatre jours, sera capable d'exciter les plus lents*. » Dans le même temps, il offrait à Louis XIII, à l'occasion de son départ, un cheval de guerre d'un grand prix. Le 24 août, Saint- Simon écrivait à Richelieu pour lui apprendre comment le roi avait accueilli ce don. « Je me suis ac-

« Papiers de Richelieu, t. V, p. 150.

• Idem.

quitté, dit-il, du commandement de Vostre Éminence, ayant présenté vostre barbe au roy, que Sa Majesté a trouvé sy beau qu'elle vous en veut remercier ellemesme. Nous luy ferons bonne cherre dans son écurie et en aurons grand soing, venant de Vostre Eminence*. » On voit que le roi ne paraissait pas, le 24 août, ressentir une colère bien grande contre Richelieu. La lettre de Louis XIII, datée du 25 août, que nous avons donnée, ne contient non plus aucun reproche à l'adresse du cardinal. Or, celle dont le roi s'excuse, le 2 septembre, avait été écrite la veiUe, 4" septembre. C'est donc entre le 25 août et le 4*' septembre qu'il nous faut chercher les raisons de la colère subite, mais passagère, de Louis XIII à l'égard de son ministre.

« Le roy, écrit à Richelieu le surintendant Routhillier, le 4" septembre, à trois heures de l'aprèsmidi, le roy se plaint à M.' de la Meleraye que les 400 chevaux d'artillerie du train qui doit suivre Sa Majesté ne sont pas encore levés; quoyque M. de la Meleraye lui promette, sur sa teste, que le train seroit à Chambéry' vendredy', il laisse pas de dire que son voyage se retarde et qu'on luy tourne son voyage à honte et à desplaysir. Je confesse. Monseigneur, que je ne sçay a quoy attribuer ce changement que je trouve du blanc au noir depuis les advis que le roy eust avant hier au soir, trois heures après que le sieur de Crouzilles fut party. J'ay dit tout ce que je debvois là dessus à Sa Majesté, particulièrement sur ce qu'elle estime que vous n'approuviés pas

« Arch. det aff. étrang., t. XXXVII, foL 329, citée par M. Avenel, t. V, p. 155.

* Sans doute Chambry, près de Meaux.

* Le 7 septembre.

ce voyage ; elle dit que sy cela estoit, vous luy eussiés faict très grand plaisir de luy dire corne elle vous en conjura à Ruel, vous protestant qu'elle ne voulait faire que ce que vous approuveriés en cela et en toute autre chose ^. » Nous voilà donc enfin sur la voie. Le mécontentement de Louis XIII est causé parle retard d'une troupe qui doit l'accompagner; et comme, à ce moment, il se souvient sans doute des observations que lui a présentées Richelieu au sujet du voyage eu Lorraine, il croit que le cardinal a persisté dans son opinion ; il le rend responsable de ce retard, et lui écrit coup sur coup deux lettres pleines de reproches. Qu'on lise cette nouvelle missive de Bouthillier, adressée le 2 septembre à Richelieu, et Ton verra que Louis XIII ne fut guidé que par une humeur passagère, en écrivant les lettres du 1" septembre, et qu'il n'y avait chez lui aucune animosité profonde et durable contre le cardinal. (c L'inquiétude du roi, dit le surintendant, vient de ce que Sa Majesté ne reçoit point de nouvelles de M. du Hallier, ce qui luy faict croire que les troupes qu'elle doibt avoir ne s'avancent pas; à cela elle ajoute que les cent chevaux d'artillerie ne sont pas encore pretz, pas mesme levez. . . De sorte que n'ayant pas les troupes qui la doivent accompagner, elle ne sçaura que devenir. Voilà en somme ce qui tient l'esprit de Sa Majesté en échec, joinct qu'elle attend avec impatience vos sentiments sur ce qtCelle doibt agir.,. Je n'ay pas manqué de dire à Sa Majesté qu'au moindre petit séjour à Châlons ou à Vitry tout se rendroit à son contentement, à quoy elle ma

* Areh. det aff. étrang., France^ 1635, quatre dernier» moU, fol. I, citée par M. Ayenel, t. Y, p. 156.

dict qu'elle ny vouloit pas arrester, estant les lieux du monde où elle s'ennuyoît le plus, et que partant d'icy, elle entendoit marcher incessamment jusques à ce qu'elle fust en lieu pour entreprendre quelque chose selon que Vostre Eminence lui manderoit et qu'elle attend avec impatience.,. Sa Majesté appréhende maintenant que Vostre Eminence soit en colère sur ce qu'elle vous escrivit hier. Au nom de Dieu, Monseigneur, sy vous avez desjà faict quelque response qui luy puisse donner cette créance, trouvés bon que je la retienne, sy le courrier me parle le premier, ou, sy Vostre Eminence a donné quelque ordre à mon fils, capable de donner la mesme impression, trouvés bon que nous l'accommodions selon que nous jugerons que vous le commanderiés sy vous sçaviés tout ce que dessus, que le roy me dit hier à neuf heures du soir^. »

L'intention de Bouthillier était excellente ; mais il n'y avait rien à changer dans la réponse du cardinal, car elle était ce qu'elle devait être, pleine de dignité. Richelieu se voit accusé d'être l'auteur des retards des corps qui doivent marcher sous les ordres du roi. Il se contente, tout d'abord, de protester qu'il a fait tous ses efforts pour hâter l'arrivée des troupes destinées à suivre Louis XIII; puis il continue : « Jay au commencement esté contraire au voyage de Vostre Majesté^ craignant que sa santé et son impatience naturelle^ dont, par sa bonté, elle s'accuse elle-mesme quelquefois, ne le requissent pas; mais, m'ayant fait sçavoir par diverses personnes qu'elle désiroit faire ce voyage, me l'ayant témoigné elle-mesme et as-

' Arch. des aff, étrang.. France^ 1635, quatre derniers mois, fol. 9, citée par M. Avenel, t. v, pp. 157 et 183.

seuré que sa santé estoit bonne, et que tant s'en fault qu'elle en peust recevoir préjudice, l'ennui de n'y aller pas la pourroit plus tôt altérer, jy ay consenty de très-bon cœur, et recogneu, comme je fais encore, que si Votre Majesté peut se garantir de ses ennuis et inquiétudes ordinaires, ce voyage apportera beaucoup d'avantages à ses affaires... je la conjure, au nom de Dieu, de se résoudre de faire gaiement son voyage et ne se fascher pas de mille choses de peu de conséquence qui ne seront pas exécutées au temps et au point qu'elle le désireroit, tenant pour certain qu'il ny a que Dieu qui puisse empescher pareils inconvénients \ . . » C'est pour répondre à son ministre, que Louis XIII lui adressa, le 2 septembre, la lettre que nous donnons plus haut. Le roi, en écrivant à Richelieu, était sous l'impression des sentiments qu'il avait exprimés à Bouthillier; il regrettait sa vivacité de la veille, et priait son ministre de brûlei* et d'oubKer les lettres dont il avait pu être blessé. Celui-ci, plein de reconnaissance pour un maître qui le traitait avec tant d'affection, lui répond aussitôt pour le remercier avec effusion et expliquer de nouveau sa conduite. « Le grand désir, lui dit- il, que vous avés de continuer à acquérir de l'honneur et de la gloire par les armes m'a fait consentir à vostre voyage, comme je fais encore... » Pourtant il estime que le roi devrait différer son départ jusqu'à ce que toutes les troupes fussent complètement assemblées. Il supplie de nouveau Louis XIII « de ne s'ennuyer point, de ne se fascher poinct contre soy-mesme, de croire que ses serviteurs ne sçauroit l'estre des

< Arch. des aff. ëtrang.^ fVance, 1635, quatre demiert moif, fol. 5« citée pw M. Avenel, t. V, p. 158.

promptitudes qui lui peuvent arriver. Je la puis asseurer, dit-il, que je me sens extraordinairement obligé de la lettre qu'il lui a pieu m'escrire sur sadite promptitude, et que sy elle m'avoit outragé, ce qu'elle ne fit jamais, par sa bonté, les termes en sont si obligeants, que la satisfaction, sy on peut user de ces mots en parlant d'un grand roy, surpasseroit de beaucoup l'offense . La lettre dont vous vous plaignez ne blesse en aucune façon vos serviteurs, et la dernière les oblige grandement*... » Il est tellement vrai qu'en dernier lieu, Richelieu ne s'est en aucune façon opposé au voyage du roi, que, vers la fin d'août, il écrivait à Louis XIII pour l'engager à partir le plus tôt possible. « Je seroy toujours très fasché, lui dit-il, de n'estre pas en estât de suivre Vostre Majesté en ses voyages ; mais jamais je ne luy conseiUeray pour cela de s'abstenir d'entreprendre ceux qu'elle estimera lui estre utiles ; ainsy au contraire dès cette heure, je prends la hardiesse de luy dire qu'elle les doit faire, et que tandis qu'elle travaillera d'un costé, je ne dormiray pas de l'aultre pour son service'... » Et le 2 septembre, après avoir reçu les deux lettres de reproches du roi, Richelieu écrit à

Chavigny : « Vous estes fidèle tesmoin que, quand

vous fustes la première fois à Monceaux, vostre voyage alloit à une autre fin (que d'empêcher le départ du roi) ; toutes les lettres que jay escrites depuis ont eu la mesme visée ; vostre voyage maintenant n'est que pour monstrer la nécessité qu'il y a d'aller '... » Le cardinal avait absolument raison de supplier Louis XIII d'attendre, pour partir, la réunion com-

* Papiers de Richelieu^ t. V, p. 159.

« Idem,t.Y, p. 174*

* Idem, p. 935.

plète des troupes destinées à l'accompagner, car, quelques jours après, les mêmes causes ramènent les mêmes soupçons dans l'esprit du roi. L'adminiBtration militaire est si mal organisée que les préparatifs sont très-lents, et Louis XIII croit voir de nouveau, dans tous ces retards qui l'impatientent, la main de son ministre. « Le roy, écrit Bouthillier au cardinal, le 6 septembre, revient à sa première pensée que vous n'avés pas approuvé son voyage et que vous le voulés réduire à ne le faire pas... Je luy ay dit tout ce qui m'a esté possible et M. le Premier' auBsy, lequel depuis deux jours Sa Majesté a appelé en tiers... Après tout cela, le roy nous a protesté que s'il estoit question de se Jeter au feu pour vous, il le ferait, et ensuite Sa Majesté m'a commandé de dire qu'elle partiroit lundy prochain pour Chasteau- Tliierry. Plust à Dieu que pour deux jours Ruel fust transporté au Bois-le-Vicomte et queVostre Ëminence eust assez de santé pour venir voir le roy avant qu'il partist d'icy. Sa Majesté auroit très-grand besoin de cesle visite'. » Louis XIII se trompait. A cette époque, Richelieu était si loin de s'opposer au voyage du roi qu'il reconnaissait lui-même, dans une lettre écrite à Bouthillier, le 7 septembre, que les fautes commises en Lorraine et en Champagne, par les généraux et les agents français, « rendaient le voyage duroy plus nécessaire que jamais. Sa puissance, ajoutait-il, remédiera à pareils inconvénionis, et sou ombre donnera plus d'effroy aux ennemis que l'elTect de ceux qui ne savent pas bien user de ses armes'."

< Snint-Siman, qui «Mit premier KCDtilhoniRie de U Churbre.

DE LOUIS XIII A BICnKLiËU. 257

Que résulte-t-il de toutes ces lettres et documents qui sont, nous le répétons, les seuls qu'ait employés M. Avenel dans la longue note^ où il donne tant de portée à cet incident?

Rien que par le simple rapprochement des faits que nous n'avons ni atténués, ni grossis, ni dénaturés, nous avons, croyons-nous, établi qu'il n'y a eu entre le roi et son ministre qu'un malentendu passager. Louis XIII, en rendant Richelieu responsable des retards d'une administration encore incomplètement organisée , et en donnant pour cause à ces retards une intention systématique, une opposition calculée do la part de Richelieu, se trompait; mais, même au moment où il a conçu ce soupçon, il n'a pas eu contre le cardinal une animosité profonde, car, même dans cette hypothèse, il était persuadé que son ministre, bien qu'en désaccord avec lui, agissait dans le seul intérêt de l'État. S'il lui a écrit les deux lettres un peu vives du 1*' septembre, lettres qu'il regretta d'ailleurs promptement, et qu'il pria Richelieu de considérer comme non avenues, c'est parce que, le croyant contraire au voyage en Lorraine, il s'impatientait d'une divergence d'opinion de nature à lui inspirer des doutes sérieux sur l'opportunité de ce voyage. Au fond la divergence n'était pas aussi profonde que le supposait Louis Xin. La vérité est que Richelieu se trouvait, sur ce point, dans une grande perplexité. Les nombreuses citations que nous venons de faire établissent qu'à cet égard, il a changé plusieurs fois d'avis, mais qu'il n'a jamais eu d'arrière-pensée. Loin de pouvoir être opposé à nos conclusions,

* Papiers de Richelieu, t. V, pp. 15&-162.

cet incident les fortifie, et c'est pour cela que nous l'avons longuement exposé. Il montre, en effet, la grande part qu'avait Louis XIII à la direction des choses de l'État et l'obstination louable avec laquelle il défendait et faisait prévaloir ses idées quand elles lui semblaient justes. Il prouve, en outre, qu'aucun nuage durable ne pouvait s'élever entre le roi et son ministre, et que jamais leur affection sincère n'a été atteinte par les divergences dans les opinions. On a donc eu tort d'appliquer le mot de despotisme à leurs rapports. Entre ces deux grands personnages, il n'y a jamais eu domination despotique de l'un sur l'autre, mais une noble émulation d'efforts parfois distincts, le plus souvent combinés et tournant tous à l'avantage de la chose publique.

Mon cousin, ce porteur oui est conseiier au parlement de Mets qui vient de Nancy vous dira des nouvelles de ce pais la il vous parlera de la faire de Riquet de quoy vous avés déjà ouy parier a du Hamel vous feres en ceste a faire ce que vous jugerés <| propos cependant je prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa samte garde. Louis. A Monceaux, ce 5 septembre i635 a 2 heures après midy. — (AfcA. des aff, étrang* France.y t. V, fol. 130.) — (Original.)

Mon cousin, je suis très fasché d*estre contraint de vous escrire qu'il ny a a St Disier ny trésorier ni munitionnaire et que toutes les troupes qui y sont sur le point de se débander si il ny est pourvu promtement, pour moy sans cela je ny oserois aller a cause des crieries et plaintes que jauroy de tous costés a quov je ne pouroy remédier. Louis. A Monceaux, ce 9 septembre f 0^5'.

< Cette lettre a déjà été dtée par M. Avenel (t. V, p. 161).

partit pour la Champagne le lendemaia 10 eeptembre.

« Lenia XIII pai

— {Ibid., fol. iZZ.) — (Original,) — {Ibid., 1635, quatre derniers mois, fol. 54.) — (Copie,)

Il nous semble que les termes de ces deux lettres ne montrent pas que Louis XIII ressentît une bien grande colère cohtre son ministre, à cette époque. Dans la dernière, il ne lui adresse aucun reproche, mais se contente seulement de Finformer de Favis qu'il a reçu de la situation de Saint-Dizier. Nous ne pouvons guère nous étonner de l'ennui que le roi parait ressentir du désordre qui existe dans l'administration, au moment où il va entrer en campagne. D'ailleurs la situation dont Louis XIII $e plaint et informe Richelieu était si peu le fait de celui-ci, que le surlendemain 11 septembre, en répondant au roi, le cardinal lui disait qu^il s'étonnait des nouvelles qu'il en recevait, ayant envoyé, dès le 3 août, le trésorier et l'argent destinés à Saint-Dizier, ainsi que les commis nécessaires à l'administration ^

112 ou 13 septembre 1635) *.

Nous avons a^âs de tous costés que le duc Charles s'est retiré fort malade de Ramberyiliers a un chasteau nomé fougerolles qui est auprès de Plombières et na amené avec luy que 200 chevaux pour sa garde ayant laisé tout le reste a Jean de Wert' au dit Remberviliers. — (Ibid., t. V, fol. 136.) — {Original.)

« Papiers de RieheUeu, t. V, p. 206.

* Nous plaçons cette note, qui ne porte aucune mention, à la date du 12 ou du 13 septembre, car nous pensons que Louis XIII dut récrire quelques jours après son départ pour la Champagne. En effet, la Gazette du 22 septembre, sous la ruorique : Nancy, 14 teptembre, dit que : « Le duc Charles est fort malade à Plombières, de ses anciennes palpitations de cœur, que Tétat présent de ses affaires ne diminue pas; cependant, Jean de Wert retranche bien son armée autour de Rambervilliers, mais a envoyé un bagage vers Remiremont. »

* Chef de partisans , oui avait d'abord servi la Bavière, et qui, à ce moment, était an service ae Tempereur ; c'est lui. qui, à la tête des troupes qui

Mon cousin Je croy que M^ Boutilier vous aura mandé ce matin les nouvelles que nous avons de M" Dangoulesme et la Force il Arivé a St Disier trois cb'mis des vivres jespère que ils feront leur devoir, bour bonne a encor retenu 2 compagnies de chevaux légers et 2 de J)ragons disant quil en a ordre de Paris ce que je ne croy pas il est si décrié et si bray par tout que cest une chose estrange et ne se sert des dites troupes que pour venger ses animosités et ne fait aucun mal aux ennemis'. Le courier oui vous portera ceste dépesche a la langue bonne si vous le vouiés escouter il vous dira force nouvelles je suis bien fasché d'estre si long temps icy sans rien faire mais ny ayant trouvé ni argent ny troupes ny vivres je ne me suis voulu avancer sans tout cela* je" partiroy lundy si je me porte bien ' cb'me je lespère jay eu un peu de goûte cette nuit a cause dune petite purgation que je pris ler oui a esmeu les humeurs tout cela ne sera rien sii plaist au bon Dieu jatans le Jeune et la Meileraye avec impatiance* je vous recommande vostre santé et davoir bien soin de vous moyenant quoy tout ira bien. Je finiroy cette lettre en vous asurant de mon affection qui sera telle que vous la pouvés désirer. Louis. A Chaalons, ce 15 septembre i635, a neuf heures du matin. — {Ibid., fol. ^34.) — [OriginaL)

On le voit, dans la même lettre où Louis XIII se

envahirent la Picardie en 1636, dévasta cette province ; fait prisonnier en 1638, il ne fîit mis en liberté qu'en 1642. 11 abandonna la vie militaire eo 1648, après le traité de W'estphalie.

* Le lendemain, 16 septembre, Richelieu répond h cette lettre en s'excasant de la lentenr de ses commis, et en annonçant au roi qu'il lui envoie 6,000 pistoles. Pour Bourbonne, ajoute-t-il, «< je n'ai iamais creu qu'il fust propre k commander une armée, particulièrement depuis son retour da Montbelliard. Sa Majesté sçaura bien le faire agir dans l'estendae da sa charge, selon (qu'elle le jugera capable. » (Papiers de Richelieu, t. V, p. 23U.^ Ce Bourbonne était un ancien écuyer de la reine-mère.

* Dans sa lettre du 16, le cardinal assure quUl a fait son devoir en cette occasion, et que si les trésoriers ne sont pas encore arrivés à leur poste, il n'est nullement coupable de ces retards. « Sa Majesté, dit-il, est trop bonne et trop juste pour me rendre responsable des delfauts d'autniy, et a trop d'expérience pour ne considérer pas que jamais aux grandes affaires les effets ne respondent k point nommé k tous les ordres qui ont été donnés... Le roy sçait bien que je me suis tousjours plaint des retardemente des trésoriers et inunitionnaires, et que j*ay dict plusieurs fois publiquement, daa» ses conseils, que ce n'estoit rien de mettre des armées sur pied %y on ne donnoit ordre de les payer k temps, et sy on ne pourvoyoit soigneutemest aux vivre». •• {Idem.)

s Le 15 était un samedi. Louis XIH ne partit de Chalons pour Vitry que le 19, c'est-k-dire le mercredi suivant.

A Richelieu avait annoncé au roi leur arrivée dans la lettre qu'il lai avait écrite le 11 précédent.

plaint des résultats d'une administration mal organisée, il montre qu'il ne croit nullement son ministre coupable de ces mauvais résultats. Il témoigne, au contraire, avoir dans son habileté et son dévouement une confiance absolue. « Si votre santé est bonne, lui dit-il, tout ira bien. » Il nous semble que ce n'est pas là le langage d'un despote, imposant arbitrairement sa volonté à un homme de génie ; ce n'est pas là non plus le langage d'un roi subissant avec impatience et chagrin la domination de son ministre.

Du 16 septembre 1635, a Chaalons.

Je suis contraint de demeurer encore demain icy tant a cause du pain q[ue Ion fait àjVitry qui ne sera prest que mardy au soir que aussi nous atandons ma garde qui nest encore revenue dauprès de M"^ Dangoulesme. Le Reste du convoy de ligny doit partir demain pour Nancy, il en part un autre dicy et deVitry qui va à Bar atendre que je sois a St Disier pour leur dôneV escorte*.

La Chapelle de Charleville mande que 1500 croates et 2000 hommes de pied qui viennent de l'armée des espagne ont passé la Sambre et vont vers la frontière de picardie ledit La Chapelle dit aussi quil n'y a nule troupes dans le Luxembourg jattans charost demain ou mardy qui nous en a dira plus de nouvelles.

Grenelle oui est mon page a reseu une lettre de son frère qui est revenu de Flandres (auquel la Reyne ma mère avoit fait retirer ses livrées parce qu'il parloit trop a lavantage des françois) qui le prie de la part de Meigneux sa tante de me demander un passe port pour elle pour se retirer chés ses seurs en picardie a cause du mauvais traitement qu'elle ressoit de Chanteloup^

* Richelieu reconnaissait si bien les avantages que pouvait avoir le vojrage du roi, qu'il Ijii répondait le 20 septembre : « La diligence qu'on fait maintenant pour munir Nancy de bleds est un effect de la présence de Sa Majesté, qui en produira beaucoup d'autres avantageux à son service. » {Papiers de Richelieu, t. V, p. 244.)

* Jacques d'Apchon, seigneur de Chanteloube, d'abord militaire et gouvemeur de Chinon. Il entra dans les ordres en 1621, et fit partie de la congrégation de l'Oratoire. En 1631, il suivit Marie de Médicis dans sa fuite et flevmt son aumônier. C'était plutôt par haine de Richelieu que par affection pour la reine-mère que Chanteloube suivit cette princesse a Bruxelles, car U l'abandonna lorsqiTen 1638 elle passa en Angleterre. 11 mourut en 1641.

f62 LETTRES INÉDITES

lacusant davofr esté vostre espionne et la mienne luy faisant ensuite tout le mal quil peut jay creu ne luy pouvoir refuser cette grâce à cause de 1 ancienne cognoissLnce et que jay cru que vous ne Tauriés désagréable^.

Joy esté contraint de prendre encor aujourdhuy médecine le \nentre mayant jloujoiirs boufé depuis que je me suis senti de la ^oute quoy que jaye pris 4 petits remèdes cela ny faisoit rien jespêre que ce sera la dernière pour ce mois je ne me sans plus dutout depuis ier de la goûte.

Jattan^avec împatiance des nouvelles de M' Dangoulesme. Louis. — (I6id., foL i220 '— {Original)

Mon cousin, ne Toulant perdre aucune occasion de vous escrire jay trouvé celle de ce porteur oui est ensegne du Re^ment Liégeois de Henin qui est a Longnouy, ils ont fait quelque petite défaite qui! vous dira ou a cetuy a qui vous comanderés de lentendre si vous ne luy voulés parler nous navons encore nulle nouvelle de M*" Dangoulesme M. Boutilier vous envoyé des lettres de Vobecourt que nous venons de recevoir ces! pourquoy je ne vous en parleroy pas davantage seulement vous asureroyje de la continuation de mon affection qui durera jusques a la mort et je prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa sainte garde. Louis. AGhaalons, ce i 6 septembre i635, a cinq heures du soir.

Je mestonne que la mellerais nest encore arivé il nous manque bien icy je vous prie si il nest party de le faire haster. — (16td., fol. 137j— (Origina/.)

22 septembre 1635.

Mon cousin, je vous écris ce mot pourrons dire que la voiture est à Vitry et queUe arivera demain a midy icy. Les 50 mil écus en pistoles vinarent ier vous le dires à M. de Buiion ' et que je

* « Vostre Majesté sera toujours louée de tout le inonde, répondit Richelieu dans la lettre que nous avons citée plus haut, de retirer une fille de Flandres, qui y a esté persécutée pour avoir tenu son party ; je croj que quand elle rentrera en rrance, elle pensera sortir du purgatoire. »

* Le 17, Richelieu écrivait à Louis XIII : « Je ne parlay point hier an soir à M. de BuUion de la dépesche que je fls au roy pour ne troubler pas la dijestion d'un perdreau qu^il avoit pris. Ce. matin je n*ay pas eu peine à le persuader d*envoyer de l'argent k Sa Majesté, puisque de luj mesne il avoit résolu de faire partir cent cinquante mil livres, pour oue Sa Migesté s'en puisse servir aux occasions pressées. » {Pajrien de nieheliem, t. V. p. 239.1

DE LOUIS Xill A RICHELIEU. 263

suis bien contant de luy je suis très satisfait du jeune et vous puis asurer que il me soulage extresmement et travaille jour et nuit, je me porte bien grâces au bon Dieu lequel je prieray vous vouloir tenir toujours en sa saincte garde. Louis. — (Ibid, y ïoL 138.)

— {Original.)

De St Disier*, ce 22 septembre 1635.

Depuis ma lettre escritte M. Gobelin ' a escrit à M. le garde deS' seaux que ceux de St Nicollas pour exenter 7 ou 8 de leurs habitans destre pandu (pour avoir assisté les lorains a tuer les chevaux du convoy') lui ont ofert iOO mil livres* quil a acceptées et luy ont donné bonnes et sufisantes causions pour cela quil a envoyées a Nancy jay esté davis que lesdits sans mil livres on en retint X mil pour donner aux veuves de ceux qui ont esté tués en chariant les bleds et a ceux qui ont perdus leurs chevaux et le reste je lemploie a faire acheter des chevaux dans Tarmée qui y sont a bon marché pour servir aux veuves* notre avant garde part demain et moy après demain*. Louis. — (I5td., fol. 139.

— (Original.)

« Louis XIII était arrivé le 20 à Saint-Dlzier. Voici rarticle qu'il écrivit le 21 f à l'occasion de son arrivée, et qu'il destinait à la Gazette tie France, dans laquelle il fut inséré, du reste, avec quelques changements. Nous en avons copié le texte original dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale

gue nous avons déjà cité : « Le roy, écrit Louis XIII, ariva ier icv en très onne santé, il fit en venant de Vitry la revue de la noblesse danjou, le Maine, Cottantin auserois, Yexin Montargis Gien et Château neuf en timerois, laquelle se monte à 1000 chevaux fort bons, nous atandons demain celle de Touraine Orléans Chartres et Bas Poitou, laquelle toute ensemble se monte à 900 chevauv. Il ^ a avec M. de Vobecourt qui se joindra dimanche au roy celle du haut Poitou Lionnois Forest et Beaujolois dauvergne et Bourgogne, qui se monte à 1,800 chevaux. Outre ce que desus nous avons 3,000 chevaux de compagnies réglées lesquelles sont très bonnes et 14 mil homes de pied. Outre encore ce que desus, on attend dans 4 jours la noblesse de Limousin Béry et la Marche, il vient dariver nouvelles que les douze mil suisses seront à Langres le 26 de ce mois et qu'ils sont proche de Dijon. » (Bibliothèque nationale. Fonds Français, t. 3,840, fol. 41, et Gazette de France du 29 septembre 1635.)

* Oobelin avait été chargé, ainsi qu'un certain Gagnot, du ravitaillement des villes de Franche-Comté. Alsace et Lorraine, dont les communications avaient été coupées parles Espagnols.

* Les Lorrains avaient, en effet, tué 200 chevaux de ce convoi.

* La Gazette, en parlant plus tard de cette contribution, dit seulement 40,000 livres. (Y. Gazette de Pmnce du 24 novembre.)

* Ceci prouverait que le surnom de Juste, donné à Louis XIII, n'a pas été usurpé, car on peut remarquer que la première pensée qu'il expnme est une pensée de justice : il veut réparer, dans la mesure du possible, le tort causé aux veuves des hommes tués dans le combat soutenu par le convoi.

* Il partit, en effet, le 24 septembre pour Bar. (V. la Gazette de France du 29 septembre.)

Du 23 septembrs 1635.

M' le conte est parti ce matin pour aller à Bar ^ il savancera on suitte vers St Miel * je partiroy demain pour ledit bar ou jattendroy nouvelles si ceux de St Miel seront si mauvois quils disent

Joy dit un mot a M bouttilier dun discours que me fît ier le conte de Carmail ' lequel je luy ay comandé de vous escrire je voy que son dessain est de tirer les choses en longueur ce que jenpecheroy autant que je pourroy * pour M' le conte il a bonne volonté et fait ce qu'il peut je lavertis ier que il estoit trop rude à la noblesse qui sen plaint un peu

• Il est parti un convoy de Ligny pour nancy qui y est à ceste heure ayant 4 cens chevaux escorte.

. M"" boutilier vous escrit lordre que jay donné pour lesdits convois si vous y trouvés quelque chose de manque mandés le moy jy donneroy ordre. Louis. — {Ibid.^ fol. 140.) — {Original,)

Le même jour où Louis XIII adressait cetto lettre à Richelieu, celui-ci, écrivant à Léon Bouthillier, pour lui donner son avis sur les affaires, lui disait, entre autres choses, que : « Sa Majesté pouvait juf^er, par ce qui arrivait en ses armées en estant pro-

* Avec l'avant-garde dont parle Louis XIII dans la lettre précédente.

* Saint-Mîhiel, dans la Meuse. Le duc de Lorraine avait repris cette viUe aux Français, et ceux>ci s'apprêtaient à Tassiéger de nouveau.

* Adrien de Montluc, maréchal de camp et comte de Cramail, par sa femme, Jeanne de Foix. Emprisonné à la Bastille après la Jowmée de» Dupet, il en sortit en 1635, nour accompagner le roi en Lorraine. Pendant la campagne, il fit cous ses efforts pour nuire au cardinal dans l'esprit du roi,

aui, comme nous le verrons, le renvoja à la Bastille dès son retour à Saîatrermain. Cette fois, le comte de Cramail y demeura jusqu'à la mort de Richelieu.

* Léon Bouthillier écrivit, en effet, le même jour à Richelieu, pour TiBstrulre du fait dont Louis XIII parle ici. « Le comte de Cramail, écrivit Chavignv, fut trouver liier au soir le roi, le tira à part et demanda à Sa Mi^festé sy eue sçavoit bien Testât de ses ennemis dans la Lorraine, le Luxembourg et les Flandres, et luy dit au'en tous ces endroits ils étoient plus fort* que l'on ne pensoit, et que des deux derniers il pouvoit venir de ^andes forces contre son armée qui assiégeroit Saint-Miel, qu*il falloit marcher à pas de plomb, et que le roy n*avoit auprès de luv que des régiments nouveanx* ea qui par conséquent on ne se pouvoit pas fier. Le roy m'a commandé de donner cet avis à Monseigneur le cardinal, de l'asseurer que tels discours ne font aucune impression dans son esprit, et qu'il ne prendra pas d'alarmes mal à propos.*. » iAreh. dtê aff, étrang., France^ 163S, ouatre dermtn mou, fol. 150.)

DE LOUIS XllI A RlCnELlËU. 265

che, ce que ce seroit sy elle n'y estoit pas*. » Cette phrase n'achève-t-elle pas de prouver, ce que nous avons déjà établi plus haut, que Richelieu n'a jamais été systématiquement opposé à la présence du roi au milieu de ses armées?

27 septembre 1635.

Mon cousin, vous saurés par M*" Boulilier les nouvelles que nous avons eue du card. de la Valette, il vous mande ausy le secours que je luy envoyé lequel je souhaite ariver a devant quil y est eu conbat*, pour ce qui est des afairesde deçà M'^le Conte me manda quil avoit envové 800 chevaux et 400 dragons quérir le canon a Verdun je luy ns response que je tenois lescorte trop foible Lemont^ estant vers... Chasteau* qui nest que a 3 lieues de St Miel et quil faloit envoyer 2 mil homes de pied et iSOO chevaux audevant jusques audeia de Tilly sur meuze pour asurer le convoy, M' le Conte voyant ma lettre y est aie luy mesme avec 2300 chevaux et 9 mil homes de pied et 2 petittes pièces et a laissé Vobecourt barricadé dans cœur * avec 8 cens chevaux et 2 mil homes de pied et tout le bagage je pensois aler demain a St Miel mais jatandroy que le canon soit venu, il arive demain icy le Régiment de M' le rrince lequel a 200 homes plus que son nombre et encore les compagnies Dançuin qui restoit à Langres, jatans ausy samedy la noblesse de touraine et M Bruan avec celle de Poitou •.

< Papiers de Richelieu, t. V, p. 254.

* Le 29 septembre, à trois heures du matin, Léon Bouthillier écrivait à Richeliea : « Sa Majesté s'est résolue de donner jusques à deux mille chevaux des troupes gui sont auprès d'elle, pour faire jomdre à M. le cardinal de la Valette, mais c*est. & la charge qu'il lui renvoyra ses deux compagnies de gendarmes et de chevaux légers qu'on luv a dit estre en mauvais estât. » (kreh. de» aff. étrang., F)rance, quatre derniers mois, fol. 184.) L'armée, commandée par le cardinal de la Valette, qui opérait depuis près de deux mois dans les provinces rhénanes, était obligée ae battre en retraite devant l'armée impériale, commandée par le comte de Gallas. Partie de Mayence le 15 septembre, l'armée française n'arriva que le 28 à MetE, où elle venait prendre quelque repos et se ravitaÛler avant de reprendre la campagne.

s Gentilhomme lorrain, qui commandait les troupes du duc Charles de Lorndne.

* La première partie de ce nom est absolument illisible.

* Camp des Français, devant Saint-Mihiel.

* Louis XIII se trompait donc dans ses prévisions, lorsque le 21, en écrivant son article pour la Gasette, il disait que la noblesse de Touraine et de Poitou arriverait le 22^ puisque le 27 ces troupes n'étaient pas encore arrivées à l'année.

Nos afaires sont un peu embrouillées mais jespère avec laide du bon Dieu et vos avis que nous viendrons a bout de tout^ Louis. — (Ibid-, fol. 141.) — (Original.)

3 octobre 1635.

Mon cousin, je vous escrivis ier' au soir la capitulation je vous escris aujourdhuy côme les gardes v sont entrés sans nul désordre par les soins de la Mellerais, la vilfe est ausy paisible que si elle navoit point été assiégée ' jenvoye demain a Mandre aux 4 tours * 2000 homes de pied et 8 cens chevaux et 2 canons le tout comandé par le conte de Garmain je croy qu'ils ne tiendront pas je vous envoyé un contrôle de nostre armée lequel est au vray la cavalerie est très bonne et Tinfanterie foH mauvoise, je finiroy celle cy en vous assurant de la continuation de mon alTection priant le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. Louis. Au camp de Cœur, ce ^ octobre 1635, a 2 heures après midy. — (Ibid,, fol. 142.) — (Original,)

A St Disier, ce 8 Octobre.

Mon cousin, depuis la lettre que je vous ay escrite par le mar-

* Le 29, dans la lettre que nous avons citée plus haut, Chavign^ écrÎTait à Richelieu : a La tendresse de 8a Majesté redouble de jour en jour pour Monseigneur le cardinal et la plus grande passion qu'elle ayt est d'estre estimée de luy. »

* Nous n'avons pas trouvé la lettre dont parle le roi.

* Cestde Saint-Mihiel dont il s'a^t ici. Cette ville avait capitulé le <, ainsi que nous l'apprend Louis XIIl, mais les troupes françaises n'y entrèrent que le 3. C'est cette dernière circonstance qui a pu tromper M. Avenel, lequel donne la date du 3 à la capitulation. (V. Papiert de Hieketiem. t. V, p. 273.) Les conditions imposées par Louis AlII h la ville assiém n'étaient pas aussi dures que RicheFieu l'eût souhaitée. Celui-ci voulait faire punir avec une extrême sévérité, non-seulement les défenseurs, mais aussi les habitants de Saint-Mihiel. « Le roy, dit le texte des conditions de la capitulation, accorde aux habitans de Saint-Mihiel la vie, excepté s quinxe» que Sa Majesté veut estre remis à sa discrétion pour en faire ce qu'il lujr plaira. Le roy de plus leur accorde leurs biens, à ia charge qui se rachepteront d'une somme qui sera arbitrée par Sa Majesté pour laquelle somme ils bailleront des otages qui demeureront entre set mains. An cas que lesdits habitants n'acceptent ce que dessus, le roy désire qu'ils firent sortir les religieuses et religieux par la porte du pont, et ce dans deux heures afin d'éviter la fureur des soldats. » (Areh, de$ aff, étrang., Lorraiiu^ t. 2tt, fol. 199.)

* Entre Toul et Saint-Mihiel. Il y avait alors une forteresse flanquée da tours, ce qui faisait distinguer ce viUage des autres portant le même nom. Louis XIII voulait faire enlever ce ch&teau à cause du blé qui y était déposé, et que le roi destinait au ravitaillement de Mets.

DE LOUIS Xlil A RlCnELlEU. 267

quis de Coalin * jay rallié quelque 900 gentillomes de ceux qui cestoient desbaudés lesquels mont tous doné leur parolle de servir jusgues a la St Martin il sen peut estre aie 80 (sur) neuf cens* jay fait un estât par estimation de ce qui reste lequel vous verres dans lestât des troupes M' de la Melleraye en doit faire la revue aujourdhuy laquelle il menvoyera je ne manqueroy de vous la faire tenir promtement je vous envoyé une relation dune entreprise sur longouy celuy qui la aportée aseure que Lemont a passé la Moselle a Cûrq et est aie joindre gsdasse a Yodrenange et que M' levesque de Verdun ^ fait une armée mais elle nest encore que en papier le chevalier de lorraine fils de madame du Halier ^ est lieutenant colonel de son Régiment de fason que ce Régiment ne sera comandé crue par un Evesque et par le fils d'un autre il faudroit que tous tes soldats fussent bâtards de moines et Chanoines et que labé de Chaily en fut lomonier pour rendre le Régiment parfait. M' de Gossé ma mandé que ceux détain se sont rendus et quil le va faire raser. Louis. — (Ibid., fol. 143.) — (Original.)

A St Disier, ce 8 Octobre 1635, a 8 heures du soir.

Depuis ma lettre escritte 2 de mes chevaux légers qui estoient demeurés malades derrière mont asuré avoir trouvé deux bandes de noblesse de Poitou qui se retirent en gros lune de 90 et lautre de 60 qui leur disent que tout le reste suivoit après côme ceux ci leur voulurent dire qu'ils avoient tort de se retires de la

* Ce marquis de Coalin était Jousin de Richelieu. Il mourut des blessures qu'il reçut au siège d'Aire, en 1641. Nous n'avons pas trouvé la lettre dont parle le roi.

"* La veille, 7 octobre, Chaviçny avait déjà écrit à Richelieu sur ce su-

J'et : M Son Eminence, lui disait-il, aura peyne à croire les laschetez de toute a noblesse qui est im^. Aussy tost qu'on leur a dict qu'il falloit aller à l'armée de MM. d'Angouïesme et de la Force, tous les corps ont branlé pour s'en aller. Malgré les concessions qu'a faictes le roy, u n'a pas laissé de s'en desbander plus de 5 à 600 ; mais nous trouvons que nous en sommes quittes à bon marché. On a dépesché à tous les passages de Marne et d'Aube afin d'arrester tous ceux qui s'en iroient. » {Arch, aes a/f. étrang,, France, quatre derniers mois, fol. 235.)

* François de Lorraine, frère du duc Charles et cardinal de Lorraine.

* Le chevalier de Lorraine était fils de cette Charlotte des Essarts, comtesse de Romorantin, qui fîit d'abord maltresse d'Henri IV, dont elle eut deux filles, puis de Louis de Lorraine, cardinal de Guise, fils du Balafré, dont elle eut cinq enfants, parmi lesquels le chevalier de Lorraine, et qui enfin épousa le marquis du Rallier, qui devint plus tard maréchal de l'Hôpital. Le chevalier de Lorraine fut fait prisonnier vers le milieu de novembre et envoyé à la Bastille. L'ordre de le recevoir dans cette prison d'Etat, ainsi que les officiers faits prisonniers à Saint-Mihiel, est daté du 23 décembre. {Arch. des aff. étrang., France, 1635, quatre derniers mois, fol. 548.)

fason ils leur répondirent en jurant Dieu que si ils parloient davantage quils leur feroient une mauvois party. — Ibid., fol. 144.) — (Onginal.)

Selon son habitude, Louis XIII parle froidement des choses qui Fatteignent le plus profondément. Mais Richelieu, qui connaissait bien son maître, et qui savait démêler les sentiments qu'il cachait sous de froides apparences, ne s'y trompait pas, puisque le 10, répondant à cette lettre, il disait à Louis XIII, pour le consoler un peu des chagrins qu'il devinait : « Sire, je ne saurois asse^ plaindre Yostre Majesté dans le desplaisir qu'elle a de la légèreté des François. Si je l'en pouvois soulager par ma vie, je ferois de très bon-cœur*. »

Du X octobre 1635, a 6 heures du soir.

Le courrier de M' Dangoulesme dit que larmée a pris le logement de St Nicolas ce que M'' Dangoulesme ne mande point il dit ausy que la cavalerie du duc de Veimar est venu loger & Luneville ce que je ne croy pas' il dit ausy que le bruit court dans larmée que le duc Charles a quitté son camp et quil sen va vers Remiremont pour faire des courses dans la bourgogne jay voulu vous mander tout ce que desus bien que je ny adjoute pas grand

Je vous avois mandé que Sourdis sen étoit aie il est encor icy. Louis.

Je oubliois a vous dire que de 900 prisonniers (]ue j'avois donné à M' le garde des Seaux avec telles escortes qui ma demandé les

« Papiers de Biehelieu, t, V, p. 946.

• Ces nouvelles devaient, en effet, être fausses, puisque le 15 octobre, époque à laquelle Richelieu devait avoir reçu cette lettre, il écrivait que l'armée du duc d*Angouléme devait, après avoir obligé les ennemis à se mettre en garnison, s*jr mettre elle-même, et il indiquait différents lieux pour cela, entre autres Saint-Nicolas et Lunéville. (V. Papierg de Bkheliem, t. V, p. 316.) Il est certain que le duc de Weimar s'était retiré h Amance, près de Nancy, parce que les subsistances lui manquaient dans son camp, près de Vie, et aussi parce que, les généraux s'étant retirés, il avait été atta<^ué nar Oalas. Chavigny écrivait le II qu'un courrier du duc de Weimar venait «rapporter cette nouvelle au roi. (v. Àrch. des af. étrang.^ 1635. quatre demterê mois, fol. 273.)

provos en ont laisé- sauver 600 et nen reste plus que 260 de quoy je suis très fasché tous les chefs que javois baillé en garde aux compagnies de mes gardes y sont encor tous je les envoyé demain a Cnalons avec bonne escorte ^.^IWdf., fol. 146 et i47.) — {Onginal.)

cm

Mon cousin, jay fait la dépesche a Mess" Dançoulesme et la force suivant vostre mémoire nous verrons ce qui feront, le ranfort que je leur ay envoyé par M»" de la Mellerais les doit joindre demain, ces volontaires que je vous avois mandé estre aies a Paris ce sont ravisés les uns sont demeurés icy et les autres sont aies a larmée après la honte que je leur ay faite destres demeurés icy, les Suisses joignent aujourdui le cardinal de la Valette a pont a mousson on ne vous peut rien mander dasure ou est galasse. Le cardinal de la Valette mande de Metz quil retourne vers Hagnau et le duc Bernard mande quil savance vers la Seille pour se joindre au duc Charles des que nous en aprendrons quelque chose je ne manqueroy de vous en donner avis prontement je vous prie envoyier a Chaalons 6 milliers de poudre menue grenu parce que il ny en a pas un grain pour charger de dis coux. Je vous diroy que je me porte très oien ae ma médecine grâces au bon Dieu lequel je prie vous vouloir toujours tenir en sa saincte garde. Louis. A St Disier, ce 12 octobre 1633.

M"^ de Tremes et le conte de Carmain décrient les afaires tant

* Ces soldats étaient ceux qui avaient été pris k Saint-Mibiel et à Mandres, anx quatre tours. Us étaient destinés aux galères. Dans un grand nombre de lettres au roi, à Chaviçny et au garde des sceaux Séguier, écrites avant et après Ja prise de Saint-Mihiel, Richelieu insistait pour ^ue ces soldats fussent punis très-sévèrement. Les gens de guerre, au contraire, conseillaient la clémence. Le roi, en véritable soldat, avait penché vers cette opinion ; mais Richelieu, revenant sans cesse sur les inconvénients

Î[ne pourrait avoir une « trop douce rigueur >«, selon son expression (V. sa ettre au roi du 6 octobre 1635, Papiers de Richelieu, t. Y, p. 945), Taraena à changer complètement d'avis. On voit ici combien la fuite des prisonniers causa ae chagrin au roi. Il dut adresser beaucoup de reproches au garde des sceaux, car le cardinal se crut obligé d'écrire a celui-ci, le 17 octobre, une lettre dans laquelle il essaye de le rassurer : u Vous affligez point, lui dit-il, de ce qui est arrivé des soldats qui estoient destinés aux galères, je sçaisbien que ce n'est noint vostre faute, et, quelque bon ordre qu'on puisse apporter, il est bien difficile qu'il n'arrive quelquefois de pareils inconvénients. » {Papiers de Richelieu, t. Y, p. 318.) A ce propos, M. Avenel, qui n'a pas connu la lettre donnée plus haut, se demande <|uel événement pouvait tant chagriner le garde des sceaux, et si une inspiration de clémence, de la part du roi, était venue adoucir le sort des prisonniers. On voit qu'il

Mihièl.

quils peuvent et crient la paix publiquement *. — (Ibid,, fol. 448.) — (Original,) — {Ibid,, 1635, quatre derniers mois, fol. 276.) —

{Copie,)

Mon cousin, je vous envoyé dans ce paquet les lettres que je viens de resevoir de larmée par la court Dargy il vous dira côme le duc Charles a quitté Remoervilliers et est aie joindre galas et ou ils sont logés a présant les logis que nostre armée a pris et la licence que les généraux demandent de donner bataille je nay voulu lui aôner résolution de ma teste sur ce dernier point cest

I)Ourquoi je vous le renvoyé il vous dira forces autres particuarités de ce pais la sur quoy me remettant je finiroy en vous asurant de la continuation ae mon affection et prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. Louis. A Vieux maisson, ce 20 octobre i635', a une heure après midy.

La Court est arive 3 heures après que M' Boutilier a esté parti.

Le Conte de Carmail commence à discourir a son ordinaire sur cette jonction Galas je luy doneray beau jeu pour le faire parler. — (Ibid., t. V, fol. i49.) — (Original.)

On a déjà pu remarquer ce singulier trait de caractère de Louis XIII, qui écoutait toujours avec faveur ceux qui accusaient le cardinal, et les poussait même dans cette voie, pour les perdre ensuite. En cette occasion il ne dissimula pas longtemps, car, dès son arrivée à Saint-Germain, il fit enfermer de nouveau à la Bastille ce comte de Cramail, qui pendant toute la campagne n'avait cessé d'entraver

* Cette conduite, qui indisnait le roi, déplaisait aussi au cardinal, car le 15, en répondant à Louis XiII, il lui dit x « Je ne scaurois asses m'estonaer de la lascheté, i^orance ou malice de ceux que Vostre Majesté me faict llionneur de me mander qui descrient ses affaires. Il est important de farmer la bouche à tels seigneurs par une incartade vigoureuse teUe ooe Vostre Majesté le sçait faire quelquefois... Les six miUiers de pondte, ajoute-t-il, seront samedi à Cnftlons. » (V. Papiers de JiieAetiem, t. V, p. 948.)

* Le roi revenait de son y<^age de Lorraine. Parti de Saint- Disier le 14 octobre, il arriva à Vitry le 16, et en repartit le 17 pour Châlons, où U arriva le 20. Le 21 il était à Livri et le 22 à Saint-Oermain.

ses desseins et ceux de son ministre. Le 23 août, Richelieu annonçait fort laconiquement au cardinal de la Valette le dénouement significatif des intrigues du comte de Cramail. « Le roy, dit-il, arriva hier en ce lieu ; il a envoyé le comte de Cramail à la Bastille parce qu'il étoit de ceux qui désiroient le ralentissement de ses affaires ^ »

Du 26 octobre 1635.

Il py a rien a adjouter au mémoire * que^ vous menvoyates ier par labé de St Mars.

M. de Nouveau me vient de dire auil a avis que le cardinal linfant est aie a Cologne voir le roy de Hongrie. Vous verres ci desoubs les compagnies que je désire qui reviennent de holande, Desche , Beauregard , Guiche , St Simon , pont de côuriay , Brouilly, Domon , lenoncourt, pour le reste je men remets a vous.

Jay eu un peu de goûte cette nuit a cette heure jay fort peu de douleur, le nonce barbe carrée me doit venir voir demain matin si il y a quelque chose a lui dire vous me le ferés savoir'. Louis. — (Ibid,, fol. i50.) — (Original.)

Dans l'intervalle des deux lettres qui précèdent, Louis XIII était arrivé à Saint-Germain. L'état encore peu avancé de l'organisation de l'armée, mille cabales soulevées autour de lui par tous ceux qui voulaient mettre à profit, pour l'attaquer, Tabsence du cardinal, retenu à Paris par ses infirmités, et sur-

* Papierê de Richelieu, t. V, p. 950.

* Ce mémoire doit être celui du 23 octobre, sur la détention du comte de Cramail. Richelieu j expose toutes les accusations qu'il avait accumulées contre ce seigneur, et il y donne les raisons qui Tont porté à demander son arrestation. Ce mémoire, quoique daté du 23, dut être remis seulement le 25, puisque Richelieu parle, dans l'un des derniers paragraphes, d'un conseil tenu le 24 octobre. (V. Papiers de RteheUeu» t. V, p. 330.)

* Richelieu n'écrivit pas au roi, en cette occasion ; il le vint voir, ainsi

Se BOUS l'apprend la Gazette du 3 novembre. « Le cardinal-duc, dit-elle, a voir le roi le 26 octobre. •

tout rapproche de Thi ver avaient déterminé Louis XIll à quitter la Lorraine. Son tempérament actif, son humeur impatiente et son vif désir d'acquérir de la gloire, s'accommodaient d'ailleurs fort mal de la lenteur des opérations militaires. Dès son arrivée en Lorraine, il avait eu à terminer la formation du corps d'armée qui devait agir directement sous ses ordres, puis il avait dirigé les opérations du siège de Saint- Miliiel.*Ses facultés ayant ainsi trouvé leur emploi, la mélancolie qui l'assiégeait toujours lorsqu'il était inactif, n'était pas venue l'abattre. Mais, en octobre, les armées prenaient leurs quartiers d'hiver; tout dans les camps se préparait au repos. Louis XIII ne pouvait accepter le genre de vie qu'une telle situation lui aurait imposé. Il était Venu en Lorraine pour acquérir de la gloire et relever l'honneur des armes françaises rudement entamé par la désastreuse campagne des Pays-Bas. Ce n'eût pas été atteindre ce but que de demeurer inactif dans une garnison de Lorraine ou de Champagne. Il se décida donc au retour. Son voyage en Lorraine n'avait pas été d'ailleurs sans produire certains résultats. Il avait hâté par sa présence l'arrivée des troupes et la formation de l'armée; excité l'émulation des généraux auxquels il avait imprimé une unité d'action qui faisait défaut jusque-là. Il avait réuni de l'argent, donné un but aux opérations, dominé les cabales, refréné les compétîtioïis excessives. Il pouvait, il devait revenir à Paris. Tout était prêt pour recommencer la lutte l'année suivante.

François deBaradat, qui, vers 16SS, était devenu

le favori de Louis XIII, avait vu sa faveur s'accroître rapidement. Nommé d'abord premier écuyer et premier gentilhomme de la chambre, il devint aussi bientôt capitaine du château de Saint-Grermain et lieutenant général en Champagne. Mais cette grande fortune dura peu et une disgrâce aussi rapide que son élévation vint atteindre le premier écuyer. Sa vanité causa sa perte. Rempli d'orgueil, il crut avoir assez de crédit auprès de Louis XIII pour attaquer Richelieu et essayer de le supplanter. Comme tant d'autres, il échoua dans cette entreprise. Dès que Louis XIII reconnut en lui un ennemi de son ministre, il lui enleva ses places et l'éloigna de sa personne. Richelieu, qui avait pourtant tout intérêt à se débarrasser d'un adversaire vivant aussi près du roi, affirme, dans ses Mémoires, qu'il a retardé l'éloignement deBaradat^ Si étonnante que soit cette assertion, elle paraît cependant confinnée par une lettre que celui-ci adressait au cardinal le 30 janvier 1627 , deux mois après avoir été renvoyé de la cour, et dans laquelle l'ancien favori suppliait le ministre d'intercéder, pour lui auprès du roi et d'en obtenir quelques adoucissements à sa disgrâce*. Baradat méritait d'ailleurs d'être moins mal traité que beaucoup d'autres conspirateurs. U aimait sincèrement son pays et était profondément dévoué au roi. Aussi ne vit-on pas ce favori agir, après sa disgrâce, comme tant d'autres Français qui, oubliant leurs devoirs pour ne se souvenir que de leurs rancunes^ ne craignaient pas de combattre la France sous des drapeaux étrangers.

« Mémoire» ée MieMieu, liv. XVII, p. 429. col 2. * Arch, ée$ mf. étnm^., Frmce, ie27, •• Ht.

â74 LETTRES INÉDITES

Louis XIII s'était contenté d'éloigner Baradat de la cour et rie l'avait pas banni de France, comme semble le croire M. Avenel*. Sauf pendant le temps où il avait assisté aux campagnes d'Allemagne, du vivant de Gustave-Adolphe, et à la guerre d'Italie, en 1630, durant laquelle il s'était fort bien comporté, l'ancien favori avait peu quitté ses terres, lorsqu'en 1635, une occasion inespérée de revenir à la cour s'offrit à lui. Monglat seul rapporte ce fait, mais comme son récit est confirmé sur plusieurs points par la lettre que nous donnons plus loin, nous n'hésitons pas à le reproduire en entier. « A son retour de Lorraine, raconte Montglat, le roi coucha dans un château nommé Baye, proche de Damery, où demeuroit Baradat, qui avoit été autrefois son favori, et après sa disgrâce avoit été en Allemagne servir l'empereur sous le Valstein et de là s'étoit jeté dans Casai, pour acquérir de l'honneur, lorsqu'il fut assiégé par les Espagnols. Or le roi avoit toujours conservé une inclination naturelle pour lui ; ce qui donna la hardiesse à Baradat de lui faire dire qu'il étoit bien malheureux d'être le seul de la province qui fût privé de l'honneur de lui faire la révérence. Le roi demanda aussitôt combien il y avoit de là chez lui, et, ayant su qu'il n'y avoit pas loin, il dit qu'il le vouloit voir et qu'il vînt le lendemain à son lever. Il ne manqua pas de s'y trouver, et il fut fort bien reçu de Sa Majesté. Cette vue réveillant l'ancienne amitié que le roi avoit eue pour lui, fit que, tant qu'il y fut, ce prince ne parla qu'à lui et no regarda plus les autres, et même il lui permit de le suivre à Saint-Germain : ce qu'il fit. Mais le cardi-

* Papierê deBicKelieu, t. II, p. 271.

nal, qui étoit à Ruel, Tâyant appris, en prit Falarme et résolut de couper racine à cette faveur renaissante, prenant le roi sur le point d'honneur, en lui représentant qu'ayant laissé Saint-Simon en Lorraine pour commander la cavalerie pour son service, il n'étoit pas juste, en son absence, de rappeler son rival qui se van toit déjà de reprendre sa place. Ces remontrances eurent tant d'effet que les portes commencèrent à lui être fermées, et les huissiers eurent ordre de les lui refuser; dont s'étant voulu expliquer avec le roi, il eut le soir même commandement de s'en retourner chez lui, avec défense de plus revenir à la cour^ » Nous ne savons si les dernières assertions de Montglat sont exactes et nous serions plutôt portés à en douter. La nouvelle disgrâce de Baradat tint sans doute à son rapprochement avec M"® de Hautefort dont à ce moment Louis XIII s'était déjà éloigné. Cette liaison de Baradat et de la fille d'honneur d'Anne d'Autriche paraît avoir échappé à M. Cousin*. Quelque éphémère qu'elle ait été, elle n'en a pas moins existé, ainsi que le prouve la lettre suivante.

Nous inclinons à croire que Louis XIII avait rappelé Baradat à la cour afin de lui faire équiper un régiment pour la campagne prochaine. On va voir qu'en effet Baradat refusait d'organiser ce régiment, ce qui ne s'accorde pas trop avec l'affirmation de M. Avenel, qui déclare que Louis XIII donna à son ex-favori l'autorisation de reformer son ancien régiment'. Or une permission accordée suppose une demande faite, et nous verrons plus loin que Baradat

* Afémoires de Monglat, p. 33, col. 1.

* Nulle part, dans Madame de Hautefort^ M. Cousin ne nomme Baradat. ' Pajpiers de Richelieu, t. II, p. 271.

Espagnols s'étaient emparés ensuite facilement de l'île Saint-Honorat.

On ne donna pas suite immédiatement aux propositions du maréchal de Vitry, alors gouverneur de Provence; mais, en juillet 1636, une flotte française, commandée par l'archevêque de Bordeaux, Henri de Sourdis, se présenta devant les îles pour les attaquer. Divers incidents retardèrent le commencement des opérations jusqu'à la fin de mars 1637. Les îles ne furent définitivement délivrées de la présence de l'étranger que le 15 mai suivant, jour où les derniers soldats espagnols abandonnèrent l'Ue Saint- Honorat.

Ce 8 novembre 1635.

Jay pris cette nuit 2 petits remèdes qui mont fait déboufer le ventre et mis en parfaicte santé, je men va voler a 2 lieues dicy.

Je vous envoyé la lettre de S* Simon que je reseus ier en sortant de chés vous ^ avec un mémoire des forces de galas et du duc Charles je vous prie me renvoyer la lettre,

Jai songé cette nuit sur la nésesité darmes ou nous sûmes que il y en doit avoir grande quantité dans la Loraine de tous ses reg^ nouveaux qui se sont débandés et quil seroit a propos de les faire chercher tant pour sen servir que pour les ôter aux enemis qui en ont encore plus a faire que nous,

Il y en doit avoir a S* Miel des Reg*» qui se sont débandas de quoy armer nos homes pour le moins armes toutes neuves, au Font a Mousson et Toul autant, il faudroit senquerir aux mestres de camp qui sont encore dans larmée ou ils les ont laisé et les faire ramaser a Toul Nancy Bar et autres villes les plus proches

Eour en faire magasin , celle de S^ Miel seront bien a Bar. — ouïs. — (I6î6., fol. 154.) — (Original.)

^ En effet, la Gtuette nous apprend qae le 7 le roi était allé à Roeil poar tenir conseil.

Du 10* Novembre 1635.

Je viens de resevoir nouvelles de M. de Vignolles* lequel est a Soisons avec les Reç*» de S* Luc, lengeron S^ Aubin Biscarra • et 5 comp"*®* dalemans qui font onze cens homes et les comp»»*» de chevaux légers de Villequier granille lignière fois boumers contreuille.

Dromeny heily et du bec lequel ^ demande ce quil a a faire le porteur de cette lettre est aide de camp qui est venu de sa part, je vas envoyer lucas a Sourdis pour laraire de Baradat.

Nogent ma dit que vous désiriés un oizeau de poin jen avois un fort bon qui mourut avant ier lequel je vous aurés envoyé a leure mesme jay mis des gens en campagne pour en trouver sil se peut.

Je vous recomande davoir soin de vostre santé plusque vous navés fait. — Louis. — (Ibid., fol. 155.) — {Original.)

ex

Du 18 novembre 1635.

Je vous envoyé un mémoire que jay receu de S* Simon par lequel vous verres forces nouvelles je vous prie de me le renvoyer quand vous laurés veu *.

nemoure me mande que il est arivé a Huchy le Ghasteau 30 charettes chargées de bateaux et échelles quil ne sait a quel dessain et quil en a donné avis a toutes les places frontières de plus il dit que les enemis asemblent forces troupes alentour pour moy je croy que cest ou pour entreprendre sur Rue s ou pour faire un pont sur la Sôme pour faire quelque course en France et mesme vers paris avec leur cavalerie voyant quil ny a plus de troupes pour les en empescher partant je ne sais si il est a pro-

* II était maréchal de camp, et, peu de temps auparavant, lieutenant-général en Champagne, gouverneur d'Epernav et de Sainte-Menehould.

* Le 27 septembre précédent, le cardinal la Valette, en battant en retraite, avait été attaqué près de Yaudrenanges, dans les environs de Metz,

Sar l'armée impériale que commandait le comte de Galas. Dans ce combat, ont le résultat avait été favorable aux Français, Cahusac, lieutenant des chevaux-légers de Richelieu, avait perdu la vie, ainsi que plusieurs autres officiers. C est après cette affaire que Biscarra, qui était alors mestre de camp dans un régiment d'infanterie, fut nommé lieutenant des chevauxlégers du cardinal, en remplacement de Cahusac, dont il était le frère. » M. de Vignolles. •

* Richelieu écrivit à Saint-Simon le 24, pour le féliciter et le remercier de son zèle et de son affection pour le service du roi. {Papiers de Richelieu^ t. VII, p. 1014.)

" Près d'Abbeville.

pos a ceste heure de faire avancer M. de Vignolles vers Langres ny avant plus denemis a cette frontière ^ et me semble que la cavalerie de Vobecourt qui doit estre logée vers voy' sufiroit

Sour faire des courses vers neuf chasteau et la motte en attenant le passage des convois'.

Si la cavalerie de holande revient elle est plus que sufisante

!)our garder cette frontière de Picardie. — (i6id., fol. 157.) — Original.)

Mon cousin, jay pensé que faisant les Reg^ de Provinces mon cousin le duc depemon pouroit avoir les mesmes prétentions sur eux que sur les vieux neg^* ce que je ne puis consentir pour plusieurs raisons je vous escript donc cette lettre pour vous prier de voir avec mon cousin le duc de la Valette ^ si on poura sacomoder avec eux et au cas quil veille tenir ferme je me resoudrois plus tost a ne point faire lesdits régiments de provinces je madresse avons encore que mondit cousin soit vostre alié sachant bien que vous préférés mon intérêt et le bien de lestât a toutes sortes de choses ledit duc de la Valette ne se peut pas plaindre que je naye pas de confiance en lui puisque je luy en done une marque asés grande au cas que je fasse les reg^* de provinces en luy donnant celuy de guienne * je vous asureroy tou-

* Rambures écrivit de nouveau en confirmant les prévisions du roi, car le 22 Richelieu, dans un mémoire destiné à Servien, dit à celui-ci : « Mander à M. de Vignolles qu'il prenne garde à Rue« sur laquelle Rambures écrit, jmt deux courriers^ que les ennemis ont dessein. » (Papiers de Richelieu^ u V, p. 955.)

* Sans doute Yoid, dans la Meuse, prés de Commercy.

s Richelieu comprit fort bien la valeur des observations du roi, et le même jour, il donna, sans doute, contre-ordre à M. de Vignolles, puisque sur Teoveloppe d'une lettre à Servien, datée du 19, on lit ceci : m L'équipage d'artillerie destiné pour M. de Vignolles, fui retourne en Picardie, servira jpoor M. le comte; amsi il n'en faudra point deux pour la Champagne. • {Idem^ p. 954.) Et le 30, il écrivait au même Servien : « Vous n'aurés pas oublie ie masseure à avertir mondit sieur le comte du changement de M. de \ ignoUes, afin qu'il prenne ses mesures selon qu'il l'estimera à propos. • (Idem, p. 351.)

* Bernard de Nogaret, duc de la Valette depuis le 5 septembre 1631, se< cond fils du duc d'Ëpemon. Il avait épousé, en 1634, M"« de PontchAteau, parente de Richelieu.

* Le lendemain, Richelieu répondait au roi : « J'ai parlé k M. de la Va« lette, qui fera tout ce que V. M. voudra pour les régiments des provinces. Il ne oréiend point, sur les nouvelles compagnies des gardes, les deux hommes qu'u tire sur les vieilles. Bien estime il que Y. M: ne luy peut desnier les 6 deniers pour livres sur les nouvelles compagnies. Je luy ay fait valoir le régiment ae Ouyenne que V. M. luy accorde. » [Papiers de Bicheiiem^ t. V, p. 355.) En même temps, le cardinal écrivait à Servien : « M. de la Valette s'accommodera aux volontés du roy pour les régiments des provinces... U

jours de la continuation de mon afection et prieroy le bon Dieu de tout mon cœur quil vous tienne en sa s*« garde. — Louis. A Versaille, ce 21«"« novembre i63o.— {Ibid., fol. 158. — {OnginaL)

Mon cousin, dès ausi tost vostre lettre venue jay envoyé quérir a paris Brisac je trouve très bon tout ce qui est contenu dans vostre mémoire lequel exécuter le plus promtement que faire se poura *.

Je me porte bien grâce au bon Dieu et men vois voler le merle je vous recommande davoir tousjours soin de vostre santé. — Louis. — Versailles, ce 2J® novembre 1635. — (Ibid., fol. 159.)

— (Original.)

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