‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 84 sur 137 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

Mon cousin, on ma dit que le duc Bernard doit venir demain icy cy jay quelque chose à luy dire pour son afaire ie vous prie de me le ïaire savoir auparavant qui! arive icy * jay lait réponce a ce que ma aporté M. de Bordeaux par luy mesme* aseurés vous toujours de mon affection. — Louis. — A Chantilly, ce 20 avril a midy i636. — (Ibid., fol. 184.) — (Original,)

1 La Gazette de France du 19 avril dit que le 14 avril, dans «• l'âpretlinée le roi mena le nonce à la chasae au loup qui fut heureuse. * Nous le ^ voyons, elle s'est légèrement trompée sur ce point.

* Voir plus loin une seconde lettre du 20 avril.

' Le comte d'Harcourt avait été nommé, le 9 avril, général de Tannée navale, destinée à opérer dans la Méditerranée et à tenter de reprendre l<*ft lies de Lérins aux Éspa^ols. L'archevêque de Bordeaux avait été nommé chef du conseil de marine de l'expédition. (V. la Gazette de France du 19 avril.) Le comte d'Harcourt devait, ainsi que son collègue, aller k l'Ile de Ré attendre le duc d'Orléans, qui faisait partie de l'expédition. Malgré l'ordre formel du roi, le comte ne partit que le 1" mai. (V. Gazette du 3 mai.)

* Le comte Scoti, qui avait accompagné son maître en FVance et y était resté après le départ de celui-ci, pour défendre ses intérêts.

* Le 16 avril, Louis XIII avait accordé au duc de Weimar une pension de 150,000 livres pour le récompenser de ses services et l'attacher plus étroitement à la France. Le duc de Weimar vint, en 'effet, le même jour a Chantilly pour faire ses adieux au roi avant de partir pour l'armée. {Gazette du M avril.)

* L'instruction qui lui Ait donnée avant son départ est datée de ce même jour «0 avril. (V. Papier» de Richelieu, t. V, p. 970.)

De Chantilly, ce 20 avril 1636.

Jay ouy M" du clergé auxcruels jay respondu de mot à mot suivant vostre mémoire * M. ae Bordeaux vous dira ce qui cy est passé.

Je suis très ayse que lafaire du duc Bernard soit sur le point destre achevée jay parlé au Près* du Bemet côme vous me laviez mandé *.

Il y a huit jours que M. de Souvray ma dit que vous vouliés quil aloit voir larmée navalle je luy dis que je le voulois bien et en suis très ayse' je suis très ayse de la confirmation que cette

Sersone donne de quelque bon succès je essoyeroy a me randre igné des grâces quil plait au bon Dieu de me faire tous les jours.

Jay brûlé vostre mémoire. — Louis. — [Ibid,, fol. 185.) — (Original,)

De Chantilly, ce 22 avril 1636.

Jay parlé au duc Bernard des désordres que font ces troupes et de ce quils ont enlevé une des comp»'®* de Canillac, il ma tesmoigné en estre extresmement fasché et ma dit quil avoit desja escrit pour faire tout rendre et que la faute venoit que celuy quil avoit laisé pour comander ses trouf)es nestoit pas assés absolu et que dès quil seroit retourné quil empescheroit bien ces désordres.

* Ce para^^aphe donne une date certaine à ce mémoire de Richelieu, des-

jour-là le cardinal alla trouver Te roi à Chantilly, détruit d'ailleurs la base d'argumentation de M. Avenel, car il est évident que Richelieu n'assistait pas k cette entrevue, puisque le roi lui apprend ici qu'elle a eu lieu.

'Toute cette lettre est une réponse à un mémoire de Richelieu, que M. Avenel a daté de la fin d'avril. La véritable date doit être le 19 ou 20 avril. (V. Pixpiers de Richelieu, t. Y, p. 453.) Le président de Bemet était président du parlement d'Aix. Dans son mémoire, Richelieu annonçait au roi que ce magistrat irait prendre congé de lui avant de retourner en Provence.

* « Si le roi estime à propos, disait Richelieu dans le mémoire, d'envoyer quelau'un de sa part en son armée navale pour la voir et encourager tout le monde de sa part, on m'a dit que M. Souvré ne seroit pas fâché de faire ce voyage. » Ce personnage était Jean de Souvré, marquis de Courtenvaux et fils du maréchal de Souvré, ancien gouverneur de Louis XIII. Jean de Souvré fut, pendant quelque temps, gouverneur de Touraine. Sa petite-fille, Anne, é{>ou8a Louvois en- 1662. voir, au stget de son projet de voyage, la lettr« tiûTanta et une autre du 28 avril.

Il ma parlé du desain quil avoit de se raprocher du conté ie luy ay dit les raisons portées dans vostre mémoire qui sont le besoin que jay de faire passer des troupes et des munitions de guerre par la Suise pour les envoyier aux grisons avant que faire aucune rupture avec la conté ce quil a fort aprouvé je luy ay parlé en suitte du desain de reprendre la place de la moselle et faire un efort de costé ce quu ma tesmoigné aprouver mais je voy bien par son discours que il voudroit bien vers Oulme ou Constance ^ il ne ma point parlé de son traité ny moy a luy je luy ay fait part des nouvelles de Liège et de ce que ses troupes qui étoient avec M. de Turene avoient fait de quoy il a tesmoigné grande joye'.

Je luy ay fait la meileure chère que je puis on ma fait cognoistre quil desiroit extresmement me bailer la serviette a mon aisner ce qui a esté fait de quoy il a tesmoigné grand contentement a plusieurs a qui il a parlé depuis, pour changer de discours M. de Souvray est venu a moy me dire quil croyoit que je nentendois pas quil fit ce voyage a ses dépens et que pour cet effect il faloit que jescrivissé a M. de Buiion de luy aoner de largent contant pour faire son voyage je luy ay dit que je le feroy 2 heures après jay reseu vostre lettre qui sera cause que je le remettray jusques a vostre venue je croy que ce voyage nest que pour avoir de largent et des lettres destot côme vous avés très oien dit ce c[ae je savois bien et que je navois osé vous escrire je ne say si je vous ay desja escrit ou non de vostre bône œuvre qui est de faire comandement par le chevalier du guet a labesse de S^ Pierre de Mets qui est a paris de ce retirer en son abaye on dit quelle vit dans paris avec grand scandalle.

Jacorde a M. de Buiion le prioré quil me demende pourveu que vous jugiés que la persone pour qui il le demende en soit capable

Le duc Bernard ne sen ira que jeudy dicy ' je me resjouis extresmement de vostre aproche a reaumont^ je ne manqueroy de

* Nous Usons dans la Gazette du 12 avril : « L*archiduchess« du Tjrrol avott eu ordre de l'emjpereur de donner quartier sur ses terres à trois régiments allemands ; mais l'évéque de Constance, après lui avoir remontré la grande ruine qu'avoient apportée au pays ceux de l'année dernière, t'y est opposé, et résolut de leur en disputer l'entrée avec la milice du pays, si on Vy vouloit forcer. «

* Le vicomte de Turenne avait battu quatre régiments impériaux qui assiégeaient le château de Sancy, avait ravitaillé ce château et fait un grand butin. (V. Gaxette de France du 26 avril.)

* Le 29, le duc de Weimar prit congé de la cour de France. (Gasetiê dn 3 mai.) Néanmoins, ainsi que nous le verrons plus loin, il ne partit point encore pour l'armée.

* • Le cardinal, venu k Paris le 22, alla à St-Brice le 24 et de là à Royaumont. " {Gazette Am 26 avril.)

DE LOUIS Xin A RICHELIEU. 301

VOUS aler voir samedy nous parlerons de la faire de brehart a la première vue. — Louis. — ÇLbid., fol. 186.) — {Original,)

De Versaille, ce 24 avril 1636.

Je me resjouis extresmement de quoy vostre fiebvre ne revint

Î>oint ier si je neusse seu le mémoire de ce cette nuit jeuse fait ort froit a M. le prince mais a cette heure je luy feroy très bônë et lechauferoy côme il faut a lafaire des illes.

Jay dôné tout lordre pour le deuil de lamp"»'.

Madame de Rohan nest point venue si elle vient je luy feroy bone chère il faut songer a faire de bons choix pour les crèches vaquants.

Vervins doit venir aujourduy je luy parleroy corne il faut.

Je recognus ier par le discours du duc de Veimmar gue il ne fait pas estât de partir si tost je croy quil est nessesaire de le presser.

On me vient de dire que Vervins est arivé je parleroy a luy dès que je le verroy. — Louis. — (I6td., fol. 187.) — {Original!)

Mon cousin, jentendis ier au soir fort au long le s' Prioleo ^ qui ma fait entendre les nécessités de cette armée qui sont le pain et les recrues pour le pain je vous prie den parler de ma part a M. de Bulion cela estant du tout nessesaire et quil est Desoin que ledit Prioleo emporte des lettres de change pour cet effet*, pour les recrues il faut faire escrire a ceux qui les font de les haster, M. le duc de Veimmar est party dicy très satisfait de moy et ma tesmoi^é quil maloit servir de bon cœur et quil feroit merveilles, Montozier* sachant qu'il y avoit une de ses compag»*»*» vacante dans son reç' vint icy a la haste me la demander je luy ay acordé ne sacnant pas que M. de Rohant la demandoit pour un lieutenant qui a toujours tr^s bien servy, cest pourquoy vous dires a M. des Noyiers quil ne lexpédie point a celuy pour qui Montozier Tavoit demandée et quil lex^ pedie a celuy pour qui M. de Rohan la demande nomé clavaut

* Prioleau, secrétaire du duc de Rohan. Il était arrivé à Paris le 22, apportant des nouvelles du duc.

* Le 12 mai, Richelieu écrivait au roi que Ton venait d'envoyer « cent miUe francs à M. de Rohan pour le pain. » (Y. Papien de Richelieu, t. V, p. 459.)

s Charles de Sainte-Maure de Montausier, qui épousa plus tard, en 1645, la célèbre mademoiselle de Rambouillet. Il devint duc et pair en 1664.

je finiroy celle cy en vous aseurant toujours de mon afection. — Louis.— A Chantilly, ce 26 avril 1636. — (Ibid., fol. 188.) — (Original,)

Je trouve très bon que M. de Souvray ne face point ce voyage je croy que ayant des lettres destat il a tout ce quil luy faisoit dezirer cette comicion.

Le marquis de ViUeroy^ servira très bien en larmèe de M. le Prince et je le trouve très apropos.

Je me resjouis de la venue de M' de Chavigny* pour apprendre par luy en quelle disposition est mon frère.

Jiroy demain vous voir sur les 2 heures après midy'

Je me porte bien grâces au bon Dieu. — Louis. — De Chantilly, ce 28 avril «636. — (I6td., fol, 189.) — (Original)

De Venaille, ce 29 avril 1636.

Je ne manqueroy de me randre samedy a Ruel a 2 heures après midy pour vous voir.

Je parleroy a M. de la force.

je diroy à la reyne quelle done le tabouret a la fille de madame de la trimouiUe.

Je ne parleroy a persone de lafaire du cardinal de la Valette ce pour les raisons que vous me mandés.

Si vous nestiés proche de mes'* des finances tout demeureroit en errière.

Le père Monot^ me doit venir demain dire adieu a X heures du matin si vous savés que il me veille parler de quelque chose

* Nicolas de NeufviUe, marquis de Villeroy. Maréchal de camp en 1624, il f\it gouverneur de Pieperol de 1631 à 1635. Il combattit ensuite dans toutes les campagnes qui suivirent, et devint lieutenant général en 1643 et marechai de France en 1646. Gouverneur de Louis XI Y, il fut nommé duc et pair en 1663 et mourut en 1665.

* Il arriva le !•' mai. {Gazette du 10 maii)

* Il n'y alla pas, ainsi que l'indique la lettre suivante.

* Pierre Monod, iésuite, confesseur de la duchesse Christine de Savoie, soeur de Louis Xllf. Il était venu à Paris avec le pn^et de tenter, pour la première fois, d'obtenir pour la maison de Savoie les honneurs de la royauté. Ayant échoué dans sa mission, il profita de sa présence en France pour conspirer contre Richelieu. Mais celui-ci, qui le surveillait, le renvoya a Turin et devint dès lors un ennemi dangereux pour lui. Kn 1640, il le Et enlever et enfermer ii Pigncrol. La mort de Richelieu ne délivra pas le pri* sonnier, qui mourut k Miolans en 1644.

DE LOUIS Xtll A RICHELIEU. 303

dafaire je vous prie de me faire savoir ce que jay a lui repondre,

— Louis. — {loid.y fol. i90.) — (OriginaL)

Mon cousin, le frère du gouverneur de guize vient dariver lequel ma aporté un oizeau pour héron du card*^ infant qui a esté {)ris proche de guize il ma dit que toutes les troupes tant cavaerie que infanterie qui estoit sur cette frontière tirent vers le Luxembourg et quil ne reste dans les places que les garnisons ordinaires, le gouverneur de bohain aient a la guerre avec 80 chevaux et 160 homes de pied ont esté chargés par 300 chevaux des enemis lesquels ont tué toute linfanterie pris le gouverneur de bohain prisonnier la cavalerie cest sauvée de vitesse je prie Dieu que ce soit la une partie de ce qui doit ariver a nos troupes M. des noyers vous parlera de quelaue chose que demande ledit frère du gouverneur de Guize pour la subsistance de la cavalerie qui est la en gamizon sur quo^r vous ordonnerés ce que vous jugerés à propos jay escrit dès le jour de la cention a M. le chancelier la lettre qne vous savés * tous les vieux reg*» ont tous qui 300 qui 400 homes plus quil ne leur faut cest grand domage de lesser perdre tout cela si on ne leur veut lesser il les faudroit faire doner aux autres reg*" qui ne sont pas complets assurés vous toujours de mon afection qui durera éternellement.

— Louis. — A Chantilly, ce 5 may 1636. — (Ibid., fol. 191.)

De Chantilly, ce 1" mai 1636.

Jay remis le touchement des malades a la my aoust soubs prétexte de la peste qui est a Paris et-en plusieurs vilages ' jay doné ordre pour laumosne extraordinaire laquelle javance sur mes menus plaisirs mais il faudra que M. de Bulion me renbource.

Je trouve très bon la proposition pour M. de Bouilon tant pour ta lieutenance généralle soubs M. le conte que pour lordre du S' Esprit pourveu que je puise faire le dernier sans contrevenir

* Dans cette lettre, Louis XIII se plaignait des vexations dont les gens de ^erre accablaient les habitants des pa^s qu'ils parcouraient et engageait le chancelier à faire châtier sans pitié ceux qui seraient reconnus coupables. (V. Papiers de Richelieu, t. V, p. 455.) L'Ascension, jour où fut écrite cette lettre au chancelier, tombait le 1*'' mai en 1636.

* Cette résolution fut publiée à son de trompe par les rues de Paris le 10 et annoncée par la Gaietie du \1 maii

30i LETTRES INÉDITES

a mes veux et le tout à condition qui se déclarera catolique auparavant ^ je trouve bon ausi que on face revenir le halier, pour Vobecourt il est bon de le lesser à chaalons y pouvant servir utilement.

Le bruit court icy que 800 croates se sont venus rendre et quils sont proches de troie plusieurs men ont parlé je nay pas fait semblent de savoir qui! y eut nul traité avec eux je vous prie me mender si cette nouvelle est vraye ce que jay peine a croire a cause de ce que Mayolas a mandé.

Je fais estât de partir lundy dicy pour aler a Versaille ou je seroy 5 ou 6 jours et après aler a fontenebleau * si vous juçés que mes afaires me le puisent permettre ma santé va fort bien grâces au bon Dieu.

Jacorde a Espenan la charge quil me demande'. — Louis. — (J6id.,fol. i9i.) — (Original)

Mon cousin, je vous envoyé le vieux bellevue lequel javois envoyé a la frontière de Picardie pour traiter avec fe gouverneur d'une place quil vous dira je voy lafaire en assez bon estât quand vous laurés entendu vous luy dires ce quil aura a faire la dessus celle-ci nestant a autre fin je prieroy le bon Dieu de tout mon cœur quil vous tienne toujours en sa s'* gsurde. — Louis. — A Chantilly, ce iO may 4636. y

Je vous envoyé dans ce paquet la reponce que M. de BuJion ma faite. — (I6id., fol. i93.) — (OriginaL)

De Fontenebleau, ce 21 mai 1636.

Je suis bien fasché de la mauvaise humeur du duc Bernard ja}r peur que ce soit des gens mal affectionés qui sont a paris qui ly mettent cest pourquoy le plus tost que on pourra le faire partir sera le meilleur *.

< Le 12, Richelieu répondait à ce sujet : « Nous avons avisé de renvoyer M. de Bouillon en Hollande pour les raisons que 'M. de Chavif^y dira ae> main au matin à V. M. à son lever. t\ ne recevra point maintenant l*bottneur qu'il vous plaît lui faire de vostre ordre ; il a communié à cette Pentecôte et est catholique zélé. » {Papierg de Bichelieu, t. V, p. 460.)

* Le roi alla à Versailles le lundi 12 mai et le 13 k Rueil, oa U y eut co»» seil. Il partit de Versailles pour Fontainebleau le 17.

* Ro^r Bostot d'Espenan était un gentilhonune dévoué à Richelieu, qd

Taimoit beaucoup. A cette époque, d'Espenan avait demandé on emploi Tarmée du prince de Condé en Bourgo^e.

* Le 19, le cardinal avait écrit au roi : « Le dnc Bernard est Ungowt !••

DE LOtJIS XIII A RîCfiËLlEU. 3ÔS

Pour lafaire de Hagnau il ne se peut faire autre chose que dy envoyer le card*i de la Valette ^

Je croy que la cavalerie qui est passée au conté est pour empescher les courses que les Suède y ont déjà faites (côme ma dit le marquis de la force) et non pour faire grande opposition à nostre armée le nombre de 1200 chevaux nestant asés bastant

Eour cela cela fait voir quils nont pas grandes troupes vers risac puis qui se servent de celles de Luxembourg pour secourir le conté*.

Je suis en peine de lafaire de Coblens et ny voy pas guère de moyen dy remédier ^ il faut savoir au vrai si le duc Charles est à S' Avol * je suis bien marry que lafaire de Brehart nest reusy.

Je trouve très bon de faire le vœu a la fason que vous me le mandés dans vostre mémoire du 19 may 1636*.

Je ne mengageroy point pour leveche de grasse que je nay vostre avis •.

Je me porte très bien grâces au bon Dieu auquel il faut bien recomander toutes nos afaires puis il en disposera selon sa s^® volonté.

Je vous prie me. mander quelles nouvelles il y a du costé de Rocroy.— Louis. —(I6id., fol. 194 et i9^.)— {Original.)— {Ibid., 1636, janvier à mai, fol. 414.) — {Copie.)

De Fontenebleau, ce 30 may 1836.

Je VOUS envoyé dans ce paquet une lettre de bellevue avec un petit billet qui est dedans que jay resue par son fils qui vous

disposé et qui plus est en assez fascheuse humeur. » {Papiers de Richelieu, t. V, p. 466.)

* Haguenau était pressée par les impériaux. Richelieu, dans là même lettre, informait le roi que le cardinal de la Valette allait tenter de secourir cette ville. {^Ibid.)

* Le cardinal, toujours dans le même rapport, apprenait au roi que 1,200 cavaliers espagnols étaient passés du Luxembourg en Franche-Comtè. {Ibid.)

* Coblentz, abandonnée depuis la retraite du cardinal de la Valette vers Metz, était dans un état désespéré. Cette ville se rendit dans les derniers jours du mois de mai.

* C'était seulement sur un on-dit què ttichelieu annonçait la présence du duc à Saint-Âvold.

B Richelieu avait proposé au roi d'offrir à Notre-Dame de Paris une lampe d'argent et de fonder à cette occasion un service perpétuel en Thonneur de la Vierge et aân d'obtenir sa protection dans la guerre contre les Espap^ols. Une copie de ce vœu de Louis XIII se trouve aux affaires étrangères. \France, t. XVI, pièce 60.)

* C'est à Antome Godeau, qui fut de l'Académie française, que Richelieu accorda Tévéché.

rendra ce paquet, vous verres lestât ou est lafaire cest pourquov je ne vous en parleroy pas davantage.

Jay comancé la nostre dame que M. de Chavigny ma demandé de vostre part laquelle sera achevée demain sil plait a Dieu * .

Ma santé va toujours bien. — Louis.

Mon frère sera mercredy icy*. — (I6id., t. V, fol. 196.) — (Original.)

De fontenebleau. ce 4 juin 1636.

Jay veu le mémoire qui vient de la conté par ou je voy que tout comance bien jespère que le bon Dieu nous en donnera bône isue côme ausi en toutes nos autres armées '.

Je suis très ayse que nostre armée de holande repasse il me semble quil est a propos de comander aux cap»'» de cavalerie qui en sont de aler présentement tenir leurs recrues prestes pour renforcer leurs comp»'** quand elles ariveront afin que elles soient bien tost en estât de servir autrement elles seront 2 mois dans les garnisons a manger le peuple sans rien faire *,

Pour le père Rigaut je trouve bon cette proposition mais je nantendroy point de sermon que a la my aoust et a la tousains et en avant cest pourquoy si u faloit que ientendisse le sermont tous les dimanches et festes entre cy et la i:;ela menbaraseroit fort «.

* C'est, sans doute, à une retraite faite k Toccasion de son vœu qoe Louis XIII fait allusion ici. La Gazette du 31 mai dit que « le roi oe laissa

Sasser aucun jour de cette semaine sans assister au salut. » Or le 1** juia tait un dimanche.

* Il arriva, en effet, à Fontainebleau le mercredi 4 juin.

* Tout ceci répond à un mémoire de Richelieu du 3 juin. Dana ce Mémoire, le cardinal annonçait au roi l'arrivée d'un courrier venant de Franche- Comté et apportant des nouvelles de ce pays. Le prince de Condé assiégeait à ce moment la ville de Dôle,dans laquelle s'étaient renfermés l'archevêque et les membres du parlement de Besançon. Cette nouvelle explique 1a satisfaction exprimée par Louis XIII. Ce siège, d'ailleurs, n'eut pas un heureux résultat, puisque le prince de Condé fut obligé de le lever le 15 août suivant.

* Dans un rapport précédent, daté du 27 mai, Richelieu annonçait qui» les dernières troupes françaises qui se trouvaient en Hollande allaient revenir en France. (V. Papiers de Hichelieu, t. V, p. 473.)

■ Dans un rapport du 3 juin, Richelieu, parlant du P. Rigaut. supérieur des Carmes de Paris, disait au roi « qu'il étoit à propos de lui donner le brevet de prédicateur du roi et lui dire ou'il le retenoit pour |irécher les di> manches de ce carême devant lui... » Par mégarde on avait écrit : • les dimanche et ce carême. » C'est ce grand nombre de sermons que cette dernière version lui promettait ^ui enrayait Louis XIII. Du reste, d^s le lt*ndemain 5 juin, Ricnelieu rectifiait dans un nouveau rapport les termes mal copiés de celui du 3 juin et s'excusait de la méprise qui avait été faite. V. Papiers de Biehelieu, t. V, pp. 476 et 478.) La Oasette noua apprend que le P. Rigaut ne commença ses sermons qu'à la Toussaint.

DE LOUIS XIII A IlICHEUEU. 307

Je me porte bien grâces au bon Dieu.

Jatans mon frère ce soir. — Louis. — (Ibid., fol. 197.) — {Original.) — (Ibid.<, 1636, juin à septembre, fol. 9.) — {Copie,)

De St Germain, ce 8 juin 1636.

Jay veu la lettre que vous escrivés à M. de Brezé laquelle est très tien *.

Je- parleroy a bellefons côme il faut je vis ier derlac' a qui je fis très bone chère et luy témoigne grande satisfaction du Duc de Veimmar.

Je parleroy a lenvoyé de hesse côme vous me mandés'.

Je ne partiroy que lundy pour fontenebleau et lavois dit dès ce matin a M' de noyiers pour vous le dire. — Louis. — {Ibid,, t. V, fol. 198.) — {Original)

Mon cousin, je vous envoyé dans ce paquet un mémoire de quelques pansées que jay eues depuis les bonnes nouvelles que vous mavés envoyées vous en prendrés ce quil y aura de bon et rejetterés ce que vous ne tFouyerés a propos celle cy nestant a autre fin je prieroy le bon Dieu de tout mon cœur quil vous conserve et garde ausi long temps que je le désire ♦. — Louis.— A Tigery, ce 16 juin» 1636. — (ibid., fol. 199.) — (Original.)

Mon cousin, je vous envoyé un lieutenant de navaille lequel est très bien instruit de tout ce qui se passe a Dolle Breauté nest point blessé mais il y a force autres cap"«* de Picardie et des meileurs, celle cy nestant a autre fin que je prieroy le bon

* Cette lettre n*a été trouvée ni par M. Avenel, ni par nous, et nous ignorons quel pouvait en être le sujet.

* Jean-Louis d'Erlach était lieutenant du duc Bernard de Saxe-Weimar.

* Nous n'avons pas non plus la lettre de Richelieu, à laquelle Louis XIII fait allusion ïcî.

* Nous n^avons trouvé ni la lettre dô Richelieu ni le Mémoire écrit par le roi.

».La Gazette du 21 dit que « le 14 le roi partit de Fontainebleau et alla coucher à Tigeri ; le lendemain à Crône, le 16 à Conflans. » Elle fait, sans doute, erreur, puisque nous retrouvons Louis XIII à Tigeri le 16 et même le 17. (V. la lettre suivante<)

Dieu de tout mon cœur quil vous tienne en sa S^* garde. — Louis. — A Tigery, ce 17 (juin) a 2 heures après midy i636. — [Ibid.t fol. 201.) — (Original,)

Du 24 juin 1636.

La mort du mareschal de Toiras nenpirera pas nos afaires en Italie selon ma pensée au contraire je croy que M. de Savoie nayant plus un tel esprit avec luy sera plus aysé a gouverner ^

S^ Simon ma demandé pour M . Descne * les chiens pour renart et pour lièvre qui est la mesme chose que avoit le mareschal de toiras ' je creu que j[e les luy devois acorder et aue vous ne le trouveriés pas mauvois. M. de Souvié les demanoioit ausi mais je lavois promis des ier a S^ Simon et puis quelquefois on ne sacomode pas toujours bien avec M. de Souvié.

Le mareschal de Brézé ira ce soir coucher a paris et demain au matin se rendra a Gonflans il vous parlera de ma part de quelques afaires dont je lay chargé ayant entière confiance en luy.

Vostre mémoire ma tiré un peu de peine du costé du card*i de la Valette non seulement pour mes afaires mais ausi pour sa personne que jaime extrêmement.

Jay veu M. le nonce qui ma parlé de forces afaires de auoy vous rendra conte le maréchal de Brézé. — Louis. — (/oui., fol. 214 et 215.) — ((hnginal.)

De fontenebleau, ce 27 juin 1636.

On ma dit ce matin a mon réveil que le train du mar*' de Brezé estoit aie a Paris ce oui ma confirmé dans une pensée que jeus lorsque vous me mandates que je lenvoyace a Paris pour

' On sait que le maréchal de Toiras avait quitté le senrice da la France

P[>ur passer à celui du Piémont. 11 avait été tué le 14 juin en assiégeant ontanella. dans le Milanais. Ce que dit ici Louis XIII de ce soldat, qui avait rendu tant de services à la France, pourrait faire supposer que Ricbeliea ne détestait pas Toiras, comme on Fa cru, mais que si le cardmal a a^n quelquefois contre lui, c'est qu'il sentait l'obligation de ne pas défendre on oflt" cier que n'aimait pas le roi.

* (Tétait le père d^une des filles d'honneur de la reine.

* En 1615, pendant le voyage de Louis XIII à Bordeaux, où il allait épouser Anne d'Autriche, le ieune Toiras, qui alors était en faveur auprès do roi, en avait obtenu la cnarge de la meute des chiens pour le lièvre et le renard. Quelque temps après, ses talents de chasseur lUi avaient fait donner aussi la lieutenance de la vénerie. C'est la première de <:es chargea, que le maréchal avait coaservée malgré sa disgrâce, qui excitait les convoitisea des seigneurs de la cour.

les recrues des troupes de Holande qui est que vous trouvâtes cette occasion pour loster dicy de peur qu'il ne fit quelque chose qui me fut désagréable sur lafaire de quey je vous ay escrite il vous souviendra que mon mémoire portoit que je nen estois nullement fasché contre luy je vous puis asurer encore que je ne lay esté en fason du monde et vous prie que si il ny a que ce sujet la qui vous empesche de le laisser revenir icy (et quil ne soit utule a Paris pour mes af aires ou les vostres) de me le renvoyer estant très ayse de la voir auprès de moy my fiant extresmement.

On dit que dans le conté il y a grande quantité de bleds il me semble quil seroit bien descrire a M. le Prince de men faire serrer le plus quil poura et en faire des magasins tant pour nos troupes que pour loster aux enemis qui sen pouront servir.

Je me suis un peu trouvé mal ier au soir jeus un peu demotion avec froit a cette heure je me porte assés bien et men va a la chasse pour me. divertir*.

Je vous prie de faire en sorte gue on puisse atraper ce mousquetaire de quoy je vous escrivois ier, il se promené par paris efrontement je vous avoue que cette afaires Ine tient au cœur*. — Louis. — {Ibid., fol. 2i6.) — (Original.)

De Fontenebleau, ce 8 jnilet 1636.

Vous recevrés ce billet par le baron de busy lequel jay fort entretenu et pour un prisonnier il est ausi bien instruit des afaires de Flandres que si il avoit esté parmy eux en liberté.

Je trouve très bon que on envoyé dans les places de Picardie tous ceux qui sont només dans vostre mémoire.

Japrouve ausi que M. Daluin ' levé un Reg^ soubs le titre de Languedoc.

* Le lendemain, Richelieu, inquiet, écrivait à Chavig^i pour en obtenir quelques nouvelles de la santé du roi. Le 29, de plus en plus inquiet, il ècrivMt encore au jeune secrétaire d'État. Pour le presser davantage de répondre et expliquer cette seconde lettre., il ajoutait, après avoir signé : •i Nous n'avons aucune nouvelle, n {Papiers de Richelieu, t. V, p. 976.)

* Louis XIII veut, sans doute, parler du duel dont il est question aans une pièce ^ui ne porte qu'au dos la date du 25 juin et qui est adressée au roi par Richelieu. « M. de Humières et M. de Lancosme se sont battus dans Paris, dit le cardinal, accompagnez chacun d'un gentilhomme. Ils ne manqueront pas de dire qu# ce n est qu'une rencontre. Qui les pourroit prendre, le bois de Vincennes leur est préparé, selon le dessein général qu'en a fait Voatre Majesté ; mais il sera aifficile... » {Papiers de Michelieu, t. V, p. 493.) On aait que Louis XIII était fort ennemi du duel, contre lequel il ne cessa de rendre des ordonnances très-sévères.

s Charles de Schomberç, duc d'HaUuin, fils du maréchal de Schomberg. Il devint lui-même maréchal de France en 1637. En 1646, il épousa madame de Hautefort.

310 tETTRES INÉDITES

Il ny a point de chevaux de poste sur le chemin de Dolle il faut parler a M. de Nouveau * pour y ^n faire mettre.

Il faudrait haster le* Reg^ suise de Derlac qui vient de Bar pour le mettre dans les places qui ont besoin de plus forte garnison quilsnont. — Louis. — (md., fol. 2<8.) — (Original.)

De Fontenebleau, ce 11 juilet a 7 heures du aoir 1636.

Japrouve ce que vous me mandés tant pour le comte Dalès * que pour les autres ce quil faut exécuter promptement'.

On ne sauroit faire meileur choix que de Moison pour comander dans Verdun*.

Je trouve très bon que Ion dône le drapeau blanc aux Reg^* de 20 comp***'* et ce que je vous ay mandé na jamais esté a in> tention de ne leur pas dôner '.

Je me randroy demain a Juvisy* a 6 heures du soir. — Lon?, — (/6id., fol. 2190 — (Original.)

S'il est dans la vie d'une nation une période qui peut lui être fatale, c'est celle où un système vieilli et usé va faire place à un systënïe nouveau. Si, à ce moment, la nation n'est pas dirigée par des hommes

de génie, ou si elle ne s'abandonne point à la nou-

* C'était r administrateur des postes.

* Louis de Valois, flls du duc d*Angouléme, et qui succéda plus tard M maréchal de Vitry dans son gouvernement de Provence.

* La. Capelle venait 4*étre prise par les Espai^nols. qui étaient entrés en Picardie. Dans un Mémoire du 11 iuillet, Ricaelieu demandait au roi d'envoyer •< en diligence M' le comte a' Aies à Abeville, M' de VignoUes à Péronne et le marquis de Sourdis k Nancy pour un temps... parce que cela pressoit extraordmairement. » (V. Papierê de Richelieu, X. V, p. 509.)

* Richelieu, après l'avoir proposée, hésitait à maintenir la nomination de ce Moison comme maréchal de camp k Verdun.

■ Des doutes s'étaient élevés sur le sentiment du roi à propos de la manière dont ces régiments devaient être traités, et, dans un autre rapport du même jour, Richelieu disait à Louis XIII qu'il étai^ d'usare de ooaoer le drapeau blanc aux régiments de vingt compagnies, que si 1 on ne le faisait cette fois encore, les otiiciers se dégoûteraient du service, et que cet oubli de l'usage n'ofl^ait d'ailleurs aucun avantage. (V. PafAen de Aiekeiiem, U\, p. 506.)

* Dans un autre rapport du même jour, Richelieu demandait au roi s'il lui plairait de venir coucher le lendemain à Juviay. Richelieu était à Charonae en ce moment.

velle direction qui cherche à s'imposer à elle, la lutte qui s'organise dans son sein entre les anciens intérêts et les intérêts nouveaux peut s'éterniser et amener la décadence. Qu'à cette cause d'abaissement vienne se joindre la guerre étrangère, celle-ci risque d'être désastreuse pour la nation en voie de réorganisation, et les deux causes réunies peuvent produire rapidement sa ruine complète. Dans ces circonstances, ce n'est plus un effort normal, mais un effort désespéré, qu'il lui faut tenter pour vaincre. Si elle réussit, toute résistance intérieure disparait, le système nouveau est établi sur de fortes bases, et il se consolide assez pour être bientôt reconnu à l'ex»térîeur autant qu'il est accepté au dedans.

Le milieu du dix-septième siècle a été pour la France une de ces phases périlleuses d'où un peuple ne sort que tout à fait fort ou définitivement affaibli. Cette période de transformation, pendant laquelle la royauté termina au grand jour l'œuvre qu'elle poursuivait sourdement depuis si longtemps, en achevant de détruire la féodalité, pour établir unique et forte sa propre puissance, commença avec le second ministère de Richelieu, se termina à la mort de Mazarin et eut pour moment critique l'année 1636. Cette évolution se serait accomplie plus rapidement si la guerre étrangère avait pu être évitée par la France. Mais cela n'était pas possible. En même temps qu'elle combattait son ennemi intérieur, la royauté fut obligée de lutter contre l'ennemi extérieur, dont l'extrême puissance menaçait l'existence même de notre nationalité. Cette nécessité faillit tout perdre. La lutte intérieure, en désorganisant la société française pour lui donner une autre forme, absorba ou

312 LETTBES INÉDITES

fit dévier la plus grande partie des forces nécessaires contre l'étranger, de telle sorte que, dès que celuici, après avoir vaincu ou éloigné les alliés de la France, la trouva isolée, il put envahir son territoire sans rencontrer de résistance sérieuse.

La féodalité, en succombant sous les attaques réitérées de Louis XIII et de Richelieu, leur rendit coup pour coup. Elle désunit la famille royale, en prêtant son concours aux sottes jalousies ou aux ambitions mesquines de la mère et du frère du roi. Les plus grands seigneurs ne craignirent pas de s'allier aux ennemis de la France et de les appeler sur le sol français. Aucun d'entre eux ne crut trahir ses devoirs en livrant sans les défendre les villes qui leur avaient été confiées ou en refusant de se battre lorsqu'on le leur demandait. Ils ne pensaient pas dépendre de la royauté, se considéraient comme libres et ne voyaient dans le roi que le plus puissant d'entre eux. Aussi ne se crurent-ils jamais coupa- ^ blés lorsqu'ils se révoltèrent pour défendre leurs privilèges, qu'ils regardaient comme des droits. A cette époque, le respect de l'omnipotence royale était loin d'être entré dans les mœurs, car tous ceux que Richelieu, accomplissant l'œuvre implacable de l'édification du système nouveau, eut à réduire, protestèrent toujours de leur dévouement personnel et de leur fidélité envers le roi, tout en le combattant par des moyens qui les déshonoraient. Tous prétendirent n'attaquer que le ministre et ne poursuivre, dans leur rébellion, que sa chute ; de telle sorte que, pendant tout son règne, Louis XIII, qui ne voulait à aucun prix se séparer du cardinal, ne put compter d'une façon absolue que sur les alliés ou les créa-

tures de Richelieu. Cette nécessité fatale, dans laquelle se trouva toujours le fils d'Henri IV, explique et justifie la conduite du grand ministre, contraint de donner, pendant la durée de son ministère, toutes les missions importantes à ceux qu'il savait lui être personnellement dévoués, et de tenir toujours à l'écart ceux de ses adversaires auxquels leur naissance semblait avoir donné des droits. D'ailleurs, nous ne saurions trop le dire, jamais Richelieu n'accorda le moindre emploi sans prendre, au préalable, l'avis du roi, qui toujours approuva les choix de son ministre.

Mais cette obligation, funeste en ce qu'elle éloignait des champs de bataille beaucoup d'éléments qui y eussent été utiles, ne fit perdre à la France aubon général. Cette période ne produisit pas, chez nous, d'homme ayant le génie militaire. Ni l'un ni l'autre des deux partis qui se disputaient le gouvernement de notre pays ne possédait de grand capitaine. Il est à remarquer, cependant, que les généraux dont Richelieu se servit avaient tous beaucoup plus de talents que ceux qu'il laissa de côté parce qu'ils lui étaient hostiles ou, tout au moins, n'avaient pour lui aucun attachement. Le prince de Condé, le cardinal de la Valette, le comte d'Harcourt, le maréchal de Brezé, le duc Bernard de Weimar, sans être des capitaines hors ligne, étaient tous beaucoup plus capables de commander une armée que Gaston d'Orléans, que le comte de Soissons, le duc d'Angoulême,le maréchal de Châtillon, Bassompierre et tant d'autres, dont la naissance faisait la valeur.

Le voyage de Louis XIII en Lorraine, à la fin de 1635, avait été utile à sa cause, car à peine un mois

après qu'il eut quitté cette province, les dernières troupes impériales, reconnaissant Timpossibilité de s'y maintenir plus longtemps, Tévacuaient complètement. La campagne de 1636 commençait donc, de ce côté, dans les meilleures conditions. Il en était de même, du reste, sur presque tous les points de la frontière française. Le maréchal de la Force s'était, pendant l'hiver, cantonné en Lorraine, protégé par le cardinal de la Valette et le duc de Weimar, qui opéraient en Alsace. Le duc de Rohan, à qui, pour l'occuper et ne pas avoir à le craindre, tout en en tirant quelques services, on avait confié la défense d'un pays protestant contre les Espagnols, se maintenait toujours victorieusement dans la Valteline et chez les Grisons. Le comte d'Harcourt venait de partir pour prendre le commandement de la flotte de la Méditerranée, destinée à chasser les Espagnols des tles de Lérins, dont ils s'étaient emparés l'année précédente. En Franche-Comté, le prince de Condé s'était arrêté pour assiéger la ville deDôle, dans laquelle toutes les autorités de la province s'étaient retirées, et qui lui résistait avec ténacité. En Italie, le maréchal de Créquy et le duc de Savoie agissaient mollement et sans grand succès, mais ils y retenaient une armée espagnole. Du côté delà Picardie seulement, la frontière française était découverte. Il n'y avait dans cette province aucune armée. On avait pensé que les Espagnols, appelés de tous côtés, ne pourraient réunir assez de forces pour agir encore dans le nord, et que, d'ailleurs, le prince de Condé s'emparerait, sans doute, rapidement de la Franche-Comté, ce qui pei^ mettrait de transporter son armée sur la frontière de Picardie. Néanmoins, Louis XIII et son minisire

DE LOUIS Xlll A RICHELIEU. 315

se préoccupaient vivement de réorganiser le corps qui, en 1638, avait fait la campagne de Flandre sous les ordres du maréchal de Brézé, et dont les derniers soldats étaient revenus, depuis peu, de Hollande avec leur chef. C'est ce qui résulte de plusieurs lettres du roi et de Richelieu, adressées soit aux surintendants des finances, soit au secrétaire d'État à la guerre, de Noyers, soit au maréchal de Brézé, soit, celles du roi, à Richelieu lui-même. Mais Tincurie d'une administration à peine née et surtout la mauvaise volonté systématique de tous les adversaires de Richelieu retardaient malheureusement la formation de cette armée.

Les Espagnols profitèrent de cette situation. Vers la fin de juin, le cardinal-infant appela auprès du prince Thomas de Savoie, qui commandait l'armée espagnole en Flandre, deux généraux allemands, Piccolomini et Jean de Wert, qui assiégeaient Liège à ce moment, et les trois corps d'armée envfiJiirent la France. Leur marche et leurs premiers succès furent rapides. Entrés en France dans les premiers jours de juillet, ils s'étaient déjà, à la fin du même mois, emparés de toutes les villes fortifiées situées au-delà de la Somme, avaient traversé cette rivière, étaient entrés dans Roye et mettaient le siège devant Corbie, à trente-trois lieues de Paris. Après huit jours d'une faible résistance, cette ville suivit l'exemple de ses voisines et ouvrit ses portes, le 18 août, aux ennemis de la France. Mais cette semaine avait suffi à Louis XIII et au cardinal pour organiser la résistance. La France allait être sauvée, encore une fois, par l'énergie de ses chefs et le patriotisme de ses habitants.

3i6 LETTRES INÉDITES

Dès les premiers jours de rinvasion, Richelieu prit les mesures que réclamait la situation. Le 8 juillet, il ordonne au duc- de Montbason de réunir la noblesse de TIle-de-France pour en former le noyau d'une nouvelle armée * ; le même jour, il fait partir le maréchal de Brézé pour la Picardie, avec mission d'organiser la défense de Corbie '. En même temps, Louis XIII ordonne de faire par toute la France des processions et des prières pour obtenir la protection du ciel en faveur de nos armes •; Richelieu, de son côté, faisait un vœu à la Vierge, afin d'atteindre le même but*. Ni l'un ni l'autre ne perdent un instant, et nous croyons que les historiens se sont trompés en affirmant que, dans le premier moment, Richelieu, ne jugeant pas la résistance possible, proposa d'abandonner Paris pour se retirer derrière la Loire, et que Louis XIII seul, par son insistance, le fit résoudre à rester dans la capitale et à y organiser la défense du territoire. Si le cardinal avait émis l'avis qu'on lui a prêté, il n'aurait pas, selon nous, épousé les projets de son maître avec la vigueur qu'il apporta dans leur exécution; son caractère, son tempérament s'opposaient à ce qu'il mit en pratique des idées qu'il n'approuvait pas. A ce moment, comme toujours, ces deux personnages eurent une pensée unique, un but commun : sauver la France, et ils ne divergèrent pas sur les moyens. Ni l'un ni l'autre ne désespéra. Comment ne serait-on pas convaincu d'ailleurs que Richelieu fut d'un avis semblable à

* Papier* de Richelieu^ t. V, p. 496, lettre à de Noyers.

* /dém, p. 878, lettre au duc de Chaulnes.

s Idem, p. 500, lettre aax évéques de France.

* Idem, p. 497, copie du vœu a la Vierge.

celui de Louis XIII, quand on le voit, le 27 juillet, recommander au comte de Soissons, seul général en face de Tennemi en ce moment, beaucoup de prudence en même temps que beaucoup d'énergie et de célérité dans ses opérations ? « En ces occasions, lui dit-il, les moments valent des années ; je vous supplie de vous en souvenir ^ » Quant à lui, son génie suffit à tout, et lui fait trouver de nouveaux soldats et de nouvelles ressources dans un pays épuisé par neuf années consécutives de guerres étrangères et de guerres civiles. Il se sert des sentiments de patriotisme qu'éveille dans le cœur des Parisiens le danger imminent que court leur ville, et en obtient de grands sacrifices. Un corps de vingt mille hommes, dont les habitants de Paris font tous les frais, s'org£tnise dans la capitale. Ceux qui ne s'enrôlent pas contribuent aux dépenses nécessaires ou vont travailler aux fortifications de la ville. Les plus âgés prennent pour eux la garde des portes et la police intérieure. Tous enfin font leur devoir avec enthousiasme ; si quelques récalcitrants élèvent la voix, ils sont bientôt réduits à se taire par le ferme langage et l'attitude énergique de Louis XIII. En efi'et, des membres du Parlement s'étant faits les interprètes de plaintes inévitables dans une pareille crise, le roi les mande devant lui, le H août, pour leur reprocher leur conduite antipatriotique. « Messieurs, leur dit-il, je n'eusse jamais cru avoir besoin de vous envoyer quérir pour le sujet qui vous amène ici. Ce n'est point à vous à vous mesler des affaires de mon Estât, et vous n'avés peu penser à ce qui s'est faict ce matin en Testât présent sans une très-mauvaise

* Papien de RickeUeu, t. V, p. 518.

volonté. Je ne parle pas de tout le corps, mais seulement de quelques-uns pleins de malice et d'envie. Je ne souffrirai en aucune façon leur entreprise, comme vous pouvés croire*. » Et comme on avait accusé Richelieu d'avoir agi en dehors de lui, le roi déclare hautement que tout ce qui a été fait, Ta été par son ordre*.

Mais les troupes levées en hâte à Paris n'étaient pas assez solides pour résister seules aux bandes espagnoles. Le 8 août, Louis XIII se décide, à contre-cœur, à abandonner la conquête de la Franche- Comté; il donne Tordre au prince de Condé de lever le siège de Dôle et d'envoyer ses meilleurs soldats vers la Picardie*. Le même jour, il ordonnait au comte de Soissons de faire repasser l'Oise au corps qu'il commandait, et de s'établir fortement en deçà de cette rivière, pour couvrir Paris en attendant l'arrivée des troupes du prince de Condé*. Dans le même temps, son ministre négociait, mais inutilement, avec les capitaines espagnols qu'il supposait pouvoir gagner*.

Malgré tous les efforts du roi et de Richelieu, le 15 août, jour où les Espagnols entraient dans Corbie, l'armée française de Picardie se composait à peine de 7,000 hommes*, et le cardinal reconnaissait que l'on ne serait prêt définitivement que trois semaines plus tard''. Mais, dans le même moment, Condé abandonnait le siège de Dôle et envoyait dans

• Papiers de Richelieu, t. V, p. 541.

• Histoire de Louis XIII, par le 1'. Qriffet, t. II, p. 749. " Papiers de Richelieu, p. !>34.

A Idem, p. S30.

■ Idem, pp. 536 et suiv.

* V. une note du roi en marge d'un Mémoire de RichelieUt Papiers de itt* rhelieu, t.V, p. biS.

* Lettre à Cbavigny. Idem, p. 549«

le Nord douze régiments d'infanterie ; de plus, le duc d'Orléans arrivait à Paris, le 19, avec Tarrière-ban de son apanage, ce qui permettait à Richelieu d'an-: noncer au cardinal de la Valette, le 23 août, la réunion en Picardie, pour le 6 septembre, d'une armée de 10,000 chevaux et de 28,000 hommes de pied*.

Louis XIII partit de Paris le 1" septembre, pour aller prendre le commandement de ces troupes. Le 13 du même mois, l'armée française repassa l'Oise et s'avança de nouveau vers la Picardie. Les Espagnols qui, depuis la prise de Corbie, n'avaient rien entrepris d'important et s'étaient contentés de piller le pays qu'ils occupaient, se retirèrent à son approche et lui laissèrent reprendre Roye, qui résista seulement quelques jours. Us ne s'opposèrent même pas au passage de la Somme. Richelieu et son maître, arrivés le 2 octobre à Amiens, s'empressèrent de profiter du mouvement de retraite de l'ennemi pour mettre le siège devant Corbie, qui capitula le 14 novembre, après un mois d'investissement et une défense assez molle.

Après la reprise de Corbie, la France était sauvée, et la prépondérance de la royauté partout reconnue au sortir de cette crise terrible. En eflfet, la rovauté seule sauva la France, en 1636, d'un démembrement imminent. Dès ce moment, la nation entière se rangea de son côté contre la féodalité, qui, par ses divisions et son égoïsme, avait permis qu'une invasion fût possible. Aussi, le résultat définitif de la lutte intérieure pouvait-il être prévu avec certitude après de tels événements. La Fronde, qui vint douze ans plus tard, ne fut que le dernier râle de la féodalité expi-

• Lettre à Chavigny. Papiers de Richelieu, t. V, p. 987«

320 lëtthës inédites

rante; cette révolte ne pouvait se terminer autrement qu'elle ne le" fit, car depuis 1636 la féodalité n'était plus une puissance, elle était devenue un parti. Elle n'avait plus de force depuis qu'elle avait laissé la royauté appeler directement le peuple à la défense du territoire envahi. Après la terrible année de Corbie, la féodalité conservait des partisans, mais elle n'avait plus la nation avec elle.

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