‹ Louis XIII et RichelieuChapitre 85 sur 137 · CL VI II · texte numérisé non relu

CL VI II

A Chantilly, ce 4 septembre 1636.

Mon cousin, jenvoye ce gentillôme exprés pour savoir de vos nouvelles nen ayant point eu doiourduy ce qui me fait craindre que vous ne vous soyiés trouvé plus mal que de coutume, je vous prie me mander si vous viendrés demain loger a la Victoire ou a Sanlis si il ny a rien qui presse je serois bien aise de demeurer encor demain icy je vous prie me le mander par ce porteur, je suis plus révolté aue jamais contre le Reg* de Comarin je croy (jue a la fin il fauara séparer les comp"*«* dans les autres Reg*» SI on sen veut bien servir il nest venu nulles nouvelles des ennemis depuis ce que je vous mandoy ier^ asurés vous de mon affection qui sera toujours telle envers vous que vous la pouvés désirer et prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous redonne la santé telle que je la désire. — Louis. — {Ibid,, fol. 224.) — (Original.)

eux

De Chantilly, ce 4 septembre 1690.

Je donneroy ordre de faire arester les cap*»** qui ont quitté Doulans.

Je suis en peine de votre mal je vous prie que jen sache souvent des nouvelles.

Jay peur que du Bois ' soit enlevé ou tué jaimerois mieux le faire loger au bois de Vincennes ' en lui dônant la liberté de chasser dans le parc.

* Nous n*avons pas cette lettre.

* C'était un ancien capucin qui prétendait aroir découvert le mojren de faire de Tor et avait olfert au roi de lui vendre son secret. Nous aurons à revenir sur ce singulier personnage.

* Il est à remarquer que, par cette dénomination, on voulait désirer le donjon de Vincennes. Cet euphémisme devait paraître un p«a exorhitant à ceux qui étaient enfermés dans cette forteressoi

Jatans a toutes heures un valet de pied que jay envoyé a Conpièçne pour savoir lestât du mal et les ordres que on y aura mis.

Mons' des Noyers menvoyera les nons des ofîciers absants de la garnison de Doulans que Renbure a anvoyié afin que je face arester ceux qui se trouveront icy,

Jcnvoye dans ce paquet un controole a Descures afin quil ne preigne point. nos logements côme il fait tous las jours — Louis.

— (Ibid., fol. 225.) — (Original.)

De Sanlis, ce 18 septembre 1636.

La comp»»® du baron de Senac est de chevaux légers assés bonne elle est de 50 maistres je lay vue il la faudroit séparer dans les vieilles comp»*»» qui sont foioles ou la donner a quelqun.

M"" Dangoulesme ma proposé daler a Chasteau tierry ce que jay extrêmement aprouvé je me porte très bien

Jay encore entretenu le major qui a proposé la faire de Corbie il dit quil ny a pas moyien de ce loger au 2 pont parce que il est trop yeu de la ville et que derrière la chausée on ny peut aler ny travailer parce que cest tout marais. — Louis. — (Ibid., fol. 226.)

De Sanlis, ce 20 septembre 1636.

Je VOUS prie me mander si nous continuons dans la resolution de partir lundy ' parce quil faut donner aujourduy a midy les ordres aux troupes qui sont derrière de marcher demain auprès de Pont.

M^ de Sanlis veult faire publier le jubillé pour lundy regardés si il ne seroit point a propos de ly faire remettre jusques a mardy ou mercredy afin qu'a ne comansast pas le jour du partement.

— Louis.

Nous navons icy ni mèches ni plomb. — [Ibid., fol. 227.) — (Original)

1 Octobre 1636.

Mon cousin, il ne se peut rien adiouter au mémoire que vous m'avés envoyié je croy que le meileur avis que vous puissiés

* Pour Roye, qui venait d'être repris par l'année française.

prendre et daler a Amiens * Epenan vient dariver qui aporte do nouvelles dificultés sur toutes choses lesquelles il faut surmonter assurés vous de mon affection. — Louis. — {Ibid,, fol. 228.) —

Mon cousin, lespinoy un de mes mousquetaires que javois envoyié dans larméê des enemis revint ier au soir a Amiens dôner avis a M** de Chatillon de lentreprise de Jean de Wert il vous dira tout ce quil a apris parmy eux et lestât de leurs forces *. — Louis. — A la campagne ce 4 octobre i636 près Sailly. — (Ibid., fol. 229.) — {OnginaL)

De Demain, ce (10) octobre 1636*.

Il est très a propos de donner le prest et comancer le plus tOt que on pourra côme ausi du pain a la cavalerie, il seroit a propos de faire faire la revue aux reg*» de paris mayant esté asuré quil y en a qui nont pas 300 homes et sont paies "pour 600 entre autre moncaut.

Je nav pas jugé a propos de laiser aler M** le conte a la guerre a cette (heure) mais bien quand les travaux seront un peu plus avancés de peur que pendant que ils iroient dun costé les enemis

* Il y arriva le 2. Le Mémoire dont parle Louis XIII est sans doute cela dans lequel Richelieu lui exposait ses idées sur la conduite (|u'il fallait tenir an sujet de Corbie et dans lequel il lui conseillait de retenir auprès de lu le duc d'Orléans et le comte de Soissons. (V. Papier» de Bichelieu, i, Y p. 590.)

* Le siège de Corbio était commencé. Louis XIII l'annonçait à la France et donnait en même temps quelques détails sur les dernières opérations de l'armée, dans un article qu'il écrivait le 8 octobre et que la Gasette de France publiait le 14 du même mois, mais avec les modilîcations ju((t*es n*»' cessaires pour le public par Renaudot. Nous avons déjà donné un dpécimen des articles du roi-journaliste. Durant tout le siège de Corbie, I«ouis XllI continua sa collaboration à la Gasette de France. La longueur de ses articles nous met dans l'impossibilité de les reproduire ici. On les trouvera d'ailleurs en manuscrits à la Bibliothèque nationale, Fonds français, t. 3840.

* Cette lettre ne porte pour date que ces mots : ■ de Demain ce octobre 1636, M nous pensons qu'elle a dû être écrite le 9 ou le 10 ; car, le 9. Richelieu, en écrivant au roi, lui disait : « Je crois qu'il est à propos qa<« Sa Majesté estant en travail ordonne la revue de Tinfanterie de Tarniee i*i déclare que les pretz commenceront lundy, afin que tous les solda tx luy en sçachent le gré qu'ils doivent. Si eUe approuve le pain de la cavalerie. cVst à dire une ration par cavalier pour le temps qu elle sera au lieu ou fUo est, elle doibt aussy le leur faire savoir pour la inesme raison que dessus. • (V. Papier» de Bichclieu, t, V, p. 620.) Il nous semble que la lettre de I^uis XIII répond k celle du cardinal.

ne Vincent par lautre et ne jettassent quelque chose dans Corbie, (juand le retranchement sera un peu plus avancé et le marais inondé, il ny aura plus rien a crainare, jiroy demain dès la pointe du jour aux travaux de delà et nen reviendroy que au soir. — Louis — (Ibid,, fol. 233.) — {Original,)

De Demuin, ce 20 octobre 1636 à midy.

Il est nesesaire de faire fournir mercredy * de lavoine pour les 600 chevaux qui doivent entrer en garde aux lignes parce que ils y demeureront 24 heures et ensuite pour toutes les gardes qui se feront du dit costé. — Louis. — {tbid., fol. 230.) — (Original,)

De Demuin, ce 22 octobre 1636.

Il est nessesaire denvoyer les tourbes pour les corps de garde au bac a dour *. • .

Faudroit choisir quelqun pour avoir le mesme soin du paiement des travaux que M. de Chartres a delà.

M. le conte comance déjà a faire le protecteur des gens de guerre disant aue «la cavalerie ne peut subsister de deçà si on ne lenvoye au loin quil la faut espargner que pour lui si il en estoit creu que on la logeroit mieux et plusieurs autres discours côme cela. — Louis. — (Ibid,, fol. 23i.) — (Original.)

CLXVI I

Mon cousin, le marquis de la force mayant témoigné désirer venir avec moy je creu lui devoir permettre ayant toujours besoin de quelqun avec moy a cette heure que je ramasseroy des recrues* je vous envoyroy demain matin mon cousin le duc Dangoulesme qui vous dira toutes nos résolutions. — Louis. — A demuin, ce 26 octobre 1636.— (Ibid,, fol. 232.) — (Original)

1 Mercredi 22 octobre. Richelieu répondit le même jour, dans une lettre mie Cherré, son secrétaire, a datée plus tard à tort du 19 octobre, que Ton n avait pas encore distribué d'avoine parce que les cavaliers prétendaient obtenir une ration plus forte que celle a laquelle ils avaient droit. Il ajoutait du reste que le roi allait être obéi. {Papiers de Richelieu, t. V, p. 630.)

* Dans une lettre à Chaviçni, du même jour, Richelieu répondit que le roi allait être obéi. {Papiers de Richelieu^ t. Y, p. 634.)

* Les Mémoires de la Force nous disent, au contraire, que Louis XIII, voulanf avoir toujours auprès de lui le marquis de la Force, lui ordonna de le suivre; sur ce point de détail, nous ponsuns que le roi doit être cru de préférence à l'auteur de ces Mémoires. {Mémoires de la Force, t. III, p. 183.)

Décembre 1636.

Mon cousin, les longueurs du S' Du Bois ndnl point de raport a ses promesses , mais ce nest pas ce qui me fasche, le péril ou il !se met tous les jours me déplaist et vous sçavez le bruit que fait son travail et lenvie que beaucoup de gens ont de se saisir de sa personne, nous avons esté trompés a ne juçer pas mal de Deaucoup despris comme vous sçavés, il est a cramdre aue nous le soyons encore et ce me seroit un desplaisir irréparable qu'on fit mal a cet home et que mes enemis sen peussent prévaloir, je vous prie dy bien penser et ne vous reposés pas sur la bonté cie facile créance du bon père Joseph et sur celle que vous mesme avés quelquefois car il en pouroit ariver inconvénient.

Ma pensée est que vous faciès conduire cet home au Bois de Vincennes pour y estre jusques a ce que nous soyons asseurés quon ne puisse luy faire mal dailleurs, si vous estes du mesme avis, je vous envoyé Desprez pour cet effet, sinon je vous charge de levenement cest a dire que sil en arrive mal vous vous souviendrez que ma pensée nestoit pas quon laissast les choses en lestast quils sont'.

Asséurez vous de mon affection qui ne vous manquera jamais. — Louis. — A Noizy a 5 h. du soir. — (Ibid., fol. 23 1. — (Original.)

< Cette lettre est une réponse k une autre que Richelieu avait écrite U même jour à Louis XIII au sujet de Tavcnturier qui les trompait tous deux (inpiiis longtemps déjà en leur persuadant qu'il possédait le secret de fain* de Tor. Dans cette lettre, le cardinal proposait lui-uiémo de s'assurer «Ir* Dubois et de le faire arrêter le même jour ; aussi nous ne comprenons pas c<* qu'a voulu dire Louis XIII dans sa dernière phrase. (V. Papi^rt de ÂicAWt>«. t. V, p. 702.) Ce Dubois avait été présenté au roi et au cardinal par le P. Joseph, qui, on le sait, accordait facilement créance aux nécrom&ocien^ de son temps. La proposition de l'aventurier ne pouvait d'ailleurB pas paraître étrange à Richelieu, car, à cette époque, on croyait encore iiossible U découverte de la pierre philosofthale. Aussi fut-il entouré de soins de tout<*^ sortes, et Louis XI II lui promit-il des lettres de noblesse pour rfCorapen^T sa découverte. Dubois, qui, ancien capucin, s'était fait luthérien, puis s'eUit marié sous le nom de Mailly, se nommait réellement Pigard. Son inteoti<»n était sans doute d'exploiter le besoin d'argent où se trouvait alon le gouvernement français et de s'enrichir k ses dépens : mais il fut tromi»* dan% son attente, car, comme sa présence et ses promesses s'étaient •i}niit»»'<k on l'enferma au fort de Vincennes pour le mettre à l'abri des entreprise-* des ennemis de la France. Le pauvre diable dut se résigner. Il essaya •!••

(gagner du temps en continuant d'exploiter la crédulité de ceux dont il éuit e prisonnier. Il y réussit pendant quelque temps, mais enfin son imposiar«* fut découverte, et, le 25 juin 1637, il était mis à mort «« par am>»t de la chambre do justice, pour magie, fausse monnoye et autres crime». • \\. 6asette de l'rance du 27 juin 1637.)

Les troupes impériales, profitant du départ de l'armée du prince de Condé, avaient repris Toffensive en Franche-Comté et pénétré en Bourgogne. Après avoir menacé Dijon, les impériaux étaient venus mettre le siège devant Saint -Jean -de- Losne. Mais la résistance héroïque de cette ville permit aux Français de là- secourir à temps. Le siège fut levé au commencement dé novembre. Le cardinal de la Valette et le duc de Weimar, accourus de Lorraine, avec des troupes fraîches, poursuivirent les ennemis, qui perdirent dans leur retraite plus de huit mille hommes et une partie de leur artillerie. Le 14 novembre, ce côté de la frontière française était libre, Côrbie venait de se rendre, nos soldats se maintenaient en Italie et dans la Yalteline, les ducs d'Epernon et de la Valette préparaient vers notre frontière du midi une nouvelle armée, destinée à reprendre Saint-Jean-de-Luz, dont les Espagnols s'étaient emparés au mois de septembre, et à empêcher de ce côté de nouvelles attaques. La France respirait enfin : elle était sortie victorieuse de tous les périls qu'elle avait courus pendant cette terrible année de Côrbie^ dont la nation garda longtemps le souvenir. Partout l'on chantait le Te Deum, partout le peuple s'abandonnait à sa joie et les gouvernants à leur triomphe. Ce fut ce moment que choisirent le comte de Soissons et le duc d'Orléans pour faire courir de nouveaux dangers à la paix publique. Le premier, que les succès de nos armées irritaient parce qu'ils étaient en même temps le triomphe de Richelieu, profita de la faiblesse de caractère du frère du roi, pour l'entraîner dans un nouvel acte de folie.

Dans la nuit du 19 au 20 novembre les deux prin-

336 LETTRES inimffË$ *

ces quittèrent secrètement Paris. Mais ils n'avaient concerté aucun projet, car ils se séparèrent aussitôt, le comte de Soissons pour aller à Sedan, Monsieur pour se retirer simplement à Blois, dans son apanage. Les deux princes ne s'accordèrent guère que sur un point ; tous deux se plaignirent de la tyrannie du cardinal. Ils écrivirent séparément au roi, pour expliquer leur départ et lut exposer leurs griefs ; mais le comte de Soissons se montra plus coupable que le duc d'Orléans, car il essaya d'entraîner la Champagne dans la révolte qu'il méditait, par un manifeste qu'il adressa à toutes les villes de cette province*.

Au moment du départ des deux princes, le roi se trouvait à Versailles, et Richelieu, resté à Amiens, lui avait écrit la veille, 19, qu'il se préparait à revenir auprès de lui*. Louis XIII devait donc prendre seul, et sans les conseils de son ministre, les mesures nécessitées par le départ de son frère et de son cousin. Il sut les prendre. Ce prince, que l'on nous a trop souvent représenté dépourvu d'initiative, ne donnant jamais d'ordre lui-même, copiant toujours les lettres ou les actes préparés par Richelieu et incapable de les diriger, écrit cependant à Chavigni« le 20, le jour même de la fuite du duc d'Orléans et du comte de Soissons, la lettre suivante, dans laquelle, sans entrer dans les détails d'exécution, comme le faisait Richelieu, il indique néanmoins les mesures nécessaires et la forme dans laquelle elles doivent être prises : « M. de Chavigny, dit-il, et la

I Areh. des aft. étrang,, France. 1636, troU dernière ntoie. Ce volame cootient dix exemplaires maDuscrits du manifeste du comte de Sotssoat, ndreMés aux villes les plus importantes de la Champagne»

• Pofiieri de JiieÂelieu, t. V, p. 684.

ville au clercs escriront chacun en leur départe pour avertir les villes du départ de mon frère et de M. le comte, conferront avec M. de Bulion de ce que doit contenir la dépesche on envoyera diligemment à toutes les places de Champagne côme mouson Rocroy Charleville mont olympe *, fait à Versaille ce 20 à 3 heures après midy 1636. — Louis*. » Il est même à remarquer, qu'en cette circonstance, Louis XIII montra plus de perspicacité que Richelieu, car, dès que celui-ci eut appris le départ du duc d'Orléans et du comte de Soissons, il manda à Chavigny que les deux princes devaient avoir pris la route de Piémont, celle d'Angleterre ou celle de Guyenne, et qu'il fallait écrire aux chefs des corps qui se trouvaient dans cette dernière direction, pour leur apprendre la vérité et les empêcher par là de se laisser tromper ou entraîner hors de leur devoir par les fugitifs'. Louis XIII, en supposant que son frère et son cousin s'étaient dirigés vers la Champagne, se montrait plus logique, car il est évident que le comte de Soissons, qui avait commandé, dans cette province, où il possédait de grands domaine^, devait y avoir aussi des amis et des partisans en plus grand nombre qu'en Guyenne, province qui depuis longtemps semblait inféodée aux d'Épernon. De plus, on savait le comte de Soissons lié avec le duc de Bouillon, (Jui possédait Sedan, où les deux princes pouvaient trouver un asile ; il était donc naturel de présumer, comme le fit Louis XIII, que les deux cousins avaient pris la direction de l'est, où le duc d'Orléans

I Citadelle située en face de Charleville, de Vautre côté de la Meuse. « Arch. de» aff. étrang., France, t. V, fol. 236. Ori^j^inal inédit. • Papieri de Aichelieu, t. V, p. 688.

pourrait, d'ailleurs, trouver dans le duc de Lorraine un allié fidèle et intéressé.

Quoi qu'il en soit, dès que Richelieu apprit que Monsieur s'était séparé du comte de Soissons au sortir de Paris, il s'empressa d'agir pour empêcher que leur départ ne fût le commencement d'une révolte. Dédaignant le comte de Soissons dont l'isolement faisait la faiblesse, il concentra tous ses efforts sur Monsieur. Le 23, il lui écrit, pour lui montrer combien il avait eu tort de céder aussi légèrement aux conseils de son cousin et pour essayer de le décider à revenir à Paris*. Le 25, Louis XIII écrit aussi à son frère dans le même sens*. En même temps on envoie auprès du duc d'Orléans Bautru, conducteur des ambassadeurs, pour agir plus directement sur l'esprit du prince et le convaincre de l'intérêt qu'il a à se soumettre. Mais ce négociateur ne réussit pas dans sa mission. Il n'avait pas assez de valeur personnelle et d'autorité pour ramener Monsieur. Il fallait un homme plus habile et dont la situation pût inspirer confiance à Gaston. On envoya Chavigny. Le 8 décembre, celui-ci reçut directement du roi Tordre d'aller trouver le duc d'Orléans, paur négocier avec lui les conditions de son retour •. Le jeune secrétaire d'État partit aussitôt, accompagné du comte de Guiche. Les deux ambassadeurs agirent si bien que, le 11 décembre, ils décidaient Monsieur à signer un acte de soumission au roi^. Dans cet écrit, le duc d'Orléans suppliait son frère de faire juger de nouveau et promptement la question tant

* Papiers de Richelieu, t. V, p. 695.

* Idêtn^ p. 606.

* Arch. des aff. étrang. France, t. V, fol. 237.

* V. Bibliothèque nationale. Fonde Baluse, papiers des armoires, lettres, paquet VII, W 2, 3 et 4, fol. 28.

DK LOUIS XIII A BICHELIËU. 329

controversée de son mariage avec la princesse Marguerite, lui demandait une place de sûreté et le priait de traiter favorablement le comte de Soissons. Malgré sa diligence, Chavigny ne pouvait être revenu à Paris le 12 décembre ; aussi voyons-nous Louis XIII, ce jour-là, se plaindre de n'avoir reçu aucune nouvelle de lui.

De Noisy, ce 12 décembre 1636.

Je me rendroy après demain a Ruel pour savoir ce que raportera M. de Chavigny an estant en impatiance, il faut faire ou faillir promptement cette afaire pour ne leur donner loisir dajusttet leurs afaires et gagner quelque gouverneur.

On ma asuré que les receveurs de largent que ceux de paris ont donné en ont encore entre leurs mains , il seroit bon de les faire compter.

Je trouve très bon que lambert aille a Charleville je vous rendroy demain reponce sur le major de Nancy. — Louis. — (Ibid., fol. 238.) — {Original)

Dès que le roi eut connaissance de la soumission de son frère, il lui écrivit pour lui accorder tout ce que Gaston lui avait demandé en faveur du comte de Soissons. Quant au mariage de Monsieur, Louis XIII n'en parle pas dans sa lettre du 16 décembre*, mais le même jour, Richelieu écrivait au prince à ce sujet. Il l'assurait de Taffection du roi et lui disait que Sa Majesté ne pouvait considérer comme valable le mariage qu'il avait contracté sans son autorisation, mais qu'elle lui permettait d'accomplir cette union, si, de sou côté, Monsieur voulait promettre de prendre les intérêts du roi et de la France contre ceux du duc de Lorraine, et, si les circonstances l'y obligeaient,

• Papier» de Bichelieu, t. V, p. 711.

de combattre celui-ci; malgré la parenté qui Tunîrait à lui^ Monsieur refusa d'accepter ces conditions. C'était provoquer la guerre civile et la provoquer follement, car pendant toutes ces négociations Gaston était resté inactif, tandis que Richelieu réunissait des troupes entre Paris et Orléans. Aussi, dès que Louis XIII connut le refus de son frère, quittat-il .Paris pour s'avancer vers Orléans avec son armée. Monsieur, effrayé, se laissa convaincre par le cardinal de la Valette qu'on lui avait envoyé au dernier moment, et vint trouver le roi, le 8 février 1637. Cette fois, il accepta les conditions que Louis XIII lui avait proposées et toute cause de division disparut. Quant au comte de Soissons, laissé d'abord en dehors, on traita quelques mois après avec lui, pour l'empêcher de se jeter définitivement dans les bras des Espagnols, ce qu'il allait faire sur les sollicitations de la coupable Marie de Médicis. Ce second traité ne fut pas favorable à la monarchie, et l'on peut dire qu'en cette circonstance le comte de Soissons dupa Richelieu, puisque ce prince obtint la permission de rester à Sedan, ce qu'il désirait. Cela lui permit de continuer impunément ses intrigues et ses négociations avec les Espagnols et de faire de cette ville, en 1641, la base d'opérations d'une nouvelle révolte, qui faillit être fatale à l'autorité* de Richelieu et peut-être même à celle de Louis XIII, car nul ne peut dire ce qui serait advenu, si une mort accidentelle n'avait enlevé le comte de Soissons, le 6 juillet 1641, au milieu de ses succès sur l'armée royale

I Papieri de Richelieu, t. V, p. 713»

tus U)UIS XIII A RICHELIKU. 331

De Noisi, ce 19 décembre 1636.

Je pensoîs aler a Ruel vous voir mais voyant le temps si mauvois et si rude jay creu que vous ne sériés point fâché que je ny alasse point aujourdhuy je vous envoyé lucas qui vous parlera de plusieurs petites afaires de ma part, si vous jugés apropos quil parle a M' de Chatillon de ma part il le fera. — Louis.

Je vous prie me mander come va lafaire de du Bois. — - (Ibid.^ fol. 239.) — {Original,)

De Noisi, ce IS"" décembre 1636.

Puisque Liancourt a veu M. de Chavigny il nest pas 'besoin de luy rien mander jay escrit a M. de Chatillon de ce rendre demain a Ruel ou je seroy a i heure après midy. — Louis. — {Jbid., fol. 240.)— {Original.)

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