CCXXXIII
De SaintrGermain, ce lOmay 1641.
Vous mavés fait grand plesir de me faire savoir la nouvelle de Catalogne, je prie le bon Dieu quelle soit véritable, je trouve bon que M. Delbœuf le jeune sorte du bois de Vincennes après y avoir couché 3 nuits, jay comandé a Gevre qui sen va coucher a
qui
* La MeiUeraie, grand-maltre de l'artillerie.
■ La MeiUeraie était malade en ce moment à son château de la MeiUeraie. Le 19 avril, Richelieu se plaignait à Chavigni de ce que le maréchal de Brézé ne fût point aUé visiter le grand-mattre de TartiUerie, quoiqu^îl n'y eût que dix Ueues de Saumur. où habitait ie maréchal, à la Meuleraie. (V , Papiers de Richelieu, t. VI, p. 777.)
Paris de vous aler voir pour savoir de vous ce quil y aura a faire sur ce sujet, je vous dône le bon soir. Louis, (ibid,, fol. 307.) — (Original,)
Le 20 février 1 641 , un événement extraordinaire se produisait à la cour de France. Les députés d*une province espagnole y venaient réclamer le secours de Louis XIII contre leur souverain. La Catalogne se donnait à la France. Il était nécessaire d^agir rapidement et avec vigueur si Ton voulait enlever à l'Espagne cette belle principauté. On réunit un nouveau corps de troupes dont on donna le commandement à un maréchal de camp de Tarmée dltalie, le sieur de la Mothe-Houdancourt. En même temps Tarchevêque de Bordeaux recevait Tordre de croiser avec la flotte de la Méditerranée, près des côtes espagnoles, et d^ aider Farmée de terre dans ses opérations. Le 27 mars, Tarchevèque enleva, dans la baie de Roses, cinq vaisseaux espagnols, sous le feu des remparts de la ville. Quelques jours après, la Mothe-Houdancourt, après avoir fortifié Barcelone, tenta d'attaquer Tarragone. Après cinq jours de lutte Tannée espagnole se retira et laissa le général français assiéger tranquillement la ville. C'était cette nouvelle que venait d'apprendre Louis XIII, le 10 mai, lorsqu'il écrivait la lettre précédente. Mais il se pressait trop de se féliciter, car, après cinq mois de siège, Tarragone n'était pas encore prise, et, lorsque, le 20 août, une flotte espagnole vint attaquer la flotte française, l'archevêque de Bordeaux^ qui, par sa mauvaise volonté, avait rendu toutes les opérations de l'armée de* terre inutiles, fut battu et forcé de chercher, pour ses vaisseaux, un refuge dans les ports de Provence. Après cette défaite de Tannée
navale, la Mothe-Houdancourt ne pouvait continuer d'assiéger une ville que la flotte espagnole venait d'approvisionner à nouveau. Le général français abandonna le siège et repassa les Pyrénées. La Catalogne était perdue pour la France. Cette province n'était point à regretter pour elle-même, car, placée au-delà des Pyrénées, eUe n'aurait pas plus été conservée par la France que le Roussillon ne put l'être par l'Espagne. Mais le Roussillon appartenait encore aux Espagnols. La conquête de la Catalogne en 1641 aurait donc pu, dès cette année, assurer à la France, par voie d'échange, la possession du Roussillon. C'est à ce titre, mais à ce titre seulement, que Louis XIII et Richelieu agirent sagement en encourageant la révolte des Catalans. Mais nous ne croyons pas qu'ils aient jamais songé à étendre lé royaume de France, dans le midi, au-delà de ces murailles naturelles et presque infranchissables, en dehors desquelles il a été toujours fort imprudent de s'aventurer.
Au mois de décembre 1640, deux ermites, Poirier et Louis Allaiz, habitant un faubourg de Vendôme, étaient arrêtés sous l'inculpation de fausse monnaie. Mis à la torture le 18 janvier 1641, ils déclarèrent, pour se sauver ou tout au moins pour retarder leur supplice, que le duc de Vendôme leur avait offert une forte somme et proposé d'assassiner le cardinal de Richelieu. Ce qu'avaient espéré les deux ermites arriva. Ils furent transférés à la Bastille et longuement interrogés par le chancelier lui-même. Quoique ces deux malheureux ne jpussent appuyer leur
372 LBTTRES INÉDITES
accusation d'aucune preuve, leur témoignage parut suffisant et le duc de Vendôme reçut Tordre de venir se justifier.
César, duc de Vendôme, était, après cinq années de captivité, sorti de Vincennes à la fin de 1630, et depuis ce moment, sauf un court séjour en Hollande, il avait vécu tranquillement dans sa terre d'Anet. Ayant les mêmes intérêts que la noblesse du royaume, le duc de Vendôme devait être l'ennemi de Richelieu. Mais sa captivité l'avait refroidi, et il n'osa jamais agir ouvertement contre le ministre. Il s'était même tenu avec soin à l'écart des conspirations diverses foimées contre Richelieu. Aussi croyons-nous que l'accusation portée contre ce prince au commencement de 1641, par les deux ermites de Vendôme, n'avait aucun fondement. Mais Richelieu crut devoir saisir, avec empressement, une occasion qui lui semblait propice pour déconsidérer ou tout au moins pour amoindrir un membre éminent de la noblesse.
Dès qu'il s'était vu accusé, le duc de Vendôme avait envoyé à la cour sa femme et ses enfants et s'était préparé à y "venir lui-même. Mais, le 3 février, Louis XIII ordonnait à la duchesse de se rendre à Chenonceaux avec ses fils et d'y séjourner jusqu'à la complète justification de son mari^ Cette conduite du roi fit naître, sans doute, quelques défiances dans l'esprit du duc, qui, au lieu devenir à Paris comme il en avait d'abord formé le projet, se rendit à Cherbourg, où il s'embarqua pour l'Angleterre. Louis XIII prit alors complètement la direction du procès de son frère naturel, nomma et présida lui-même une commission de vingt-quatre membres, chargée de se pro-
* Papier» de Richelieu» t. Vl^, p. 277.
noncer sur raocusation. Le 22 mars, cette commission rendit un arrêt de prise de corps contre le duc et décida qu'il serait jugé par contumace. La procédure ayant été terminée le 1 7 mai suivant, les commissaires se rendirent à Saint-Germain, sous la présidence du roi, lequel avait déclaré qu'il se considérait comme personnellement atteint par la tentative formée contre son ministre. Tous les commissaires s'étant rangés à l'avis de leur rapporteur, Talon, conseiller d'État, qui avait demandé la condamnation par défaut, le jugement allait être prononcé, lorsqu'un des secrétaires de Richelieu, Cherré, apporta au chancelier une lettre du cardinal. Louis XIII prit connaissance de cette lettre ; puis, après une courte délibération avec le chancelier Séguier, Bouthillier, surintendant des finances, et de Noyers, secrétaire d'État à la guerre, il s'adressa aux commissaires et leur dit : « Messieurs, c'est M. le cardinal qui me prie de pardonner à M. de Vendôme ; ce n'est pas mon avis. Je dois la protection à ceux qui me servent avec affection et fidélité comme fait M. le cardinal ; et si je n'ai soin de faire punir les entreprises qui se font contre sa personne, il sera djfficile que je trouve des ministres pour prendre soin de mes affaires avec le courage et fidélité qu'il fait. Je me suis dt)nc résolu de prendre un expédient que j'ai proposé à M. le chancelier, de retenir le procès criminel de M. de Vendôme à ma personne, et d'en suspendre le jugement définitif, et selon qu'il se conduira envers moi, j'userai de bonté envers lui et lui pardonnerai si ses actions le méritent. » Le chancelier insistant et faisant observer que « M. le cardinal lui avait doQné ordre de demander avec instance le par-
don de M. de Vendôme, » le roi répondit qu'il était résolu à ne pas pardonner encore, mais seulement à suspendre le jugement définitif du procès, se réservant de faire grâce à son frère si la conduite de celuici devenait meilleure*.
En demandant la grâce du duc, Richelieu essayait de réparer la faute qu'il avait commise en acceptant trop à la légère une accusation uniquement fondée sur le méprisable témoignage de deux vulgaires criminels. Pendant l'instruction du procès de César de Vendôme, on n'avait pu, malgré toutes les recherches de la police du cardinal, découvrir aucune preuve matérielle delà prétendue conspiration du duc. C'est à peine si l'on était parvenu, grâce à quelques rap ports d'espions, à lui imputer à crime la fréquentation à Londres de certains Français émigrés et suspects. Il était impossible de prononcer une condamnation sur d'aussi vagues indices ; mais, comme on ne voulait pas reculer en proclamant l'innocence, Richelieu crut se tirer d'embarras en se montrant magnanime et en provoquant lui-même un pardon qui suspendait un procès qu'on ne pouvait continuer. D'ailleurs, en agissant ainsi, Richelieu comptait bien que Louis XIII, qui croyait son frère coupable, ne voudrait pas lui accorder une grâce complète. De la sorte le duc de Vendôme restait exilé et sous le coiip d'une accusation capitale, et Richelieu n'en avait pas moins tous les bénéfices de la magnanimité. Noos n'allons pas jusqu'à supposer que les deux ermites, auteurs de l'accusation contre César de Vendôme, aient été soudoyés par le cardinal; et pourtant il est
' V. la lettre de Richelieu an chancelier {Papier» de Biehelieu, t. VII, p. 791^ et tt n extrait du procès-verbal de cette séance de la commission iméme volum , p. 793).
à remarquer que la Gazette de France ne parla jamais ni de ces deux accusateurs, ni de l'accusation, ni de ce procès, et qu'un silence si profond couvrit cette affaire que nous n'avons pu apprendre le sort définitif des deux ermites. Mais qu'il y ait eu machination ourdie par Richelieu, se servant des deux ermites comme complices, ou seulement, ce que nous aimons mieux croire, habileté à tirer parti de leur calomnieuse invention, il est certain que le cardinal a eu, dans cette affaire, l'honneur d'être magnanime et l'avantage de ne l'être pas.
En ce qui concerne le point d'histoire qui nous intéresse particulièrement, Louis XIII s'est montré dans cette circonstance, comme toujours, plus attaché aux intérêts de Richelieu qu'à ceux de ses propres parents. Il a fait de cette affaire son affaire personnelle ; il a tenu à présider lui-même le tribunal assemblé pour venger son ministre; il s'est montré aussi courroucé contre le duc de Vendôme, son frère naturel, que contre Gaston, son frère légitime. Ces sentiments de vive répulsion contre les ennemis du cardinal quels qu'ils fussent, de profonde affection envers Richelieu, ne se démentirent pas après le procès, ainsi que le prouve la lettre suivante. Nous appelons tout spécialement l'attention sur cette lettre, dans laquelle on voit Louis XIII allant jusqu'à s'interdire de lire les lettres qui lui viennent des ennemis de Richelieu.
De St Oermftin, ce 23 may 1641 *.
Je TOUS envoyé 3 lettres que M. de Lisieux* me dona ier au
* Cette lettre a déjà été citée par M. Avenel (t. VI, p. 793).
* Philippe Cospeaa, ôvéque de Lisieux depais 1636. II mourut en 1646.
soir de ma sœur de vandosme et de ses 2 enfans en remerciement de ce qui cest passé je ne les ay voulu ouvrir venant de la main de persônes qui ne vous aiment point, je vous recommande davoir toujours soin de vous plus que jamais. — Louis. — (I6ûl., fol. 308.) — (Original.) — (I6td., 4644, six premiers mois, fol. 331 .) — (Copie,)
Si Richelieu trouva toujours dans le clergé français des hommes dévoués à sa politique, il y rencontra ausii parfois de vives résistances. Le caractère envahissant du premier ministre, les alliances qu'il fit contracter à la France avec les protestants d'Allemagnç et de Hollande, la hauteur avec laquelle il imposa souvent ses volontés au pape, le sacrifice qu'il fit quelquefois de son caractère et de ses intérêts de prêtre à ses devoirs d'homme d'État, les lourdes taxes qu'il imposa, à plusieurs reprises, sur les revenus de l'Eglise, toute sa conduite enfin contribua à éloigner de lui beaucoup de bons esprits du clergé qui, frappés dans leurs croyances aussi bien que dans leurs intérêts, ne virent en Richelieu que le despote, sans apercevoir l'homme de génie.
En 1641, pressé par des besoins d'argent^ et ne pouvant plus frapper le peuple épuisé, ni créer de nouvelles charges pour les vendre, le cardinal voulut demander des subsides au corps qui avait le moins souffert des troubles intérieurs ainsi que de la guerre étrangère, et il s'adressa de nouveau au patriotisme du clergé. Au mois de février, une assemblée des députés de ce corps se réunit à Mantes. Richelieu lui demanda une imposition volontaire de 6,600,000 livres ^ Cette demande partagea aussitôt l'assemblée
* V. rinstruction donnée aux commissaires royaux, !e SI février 1641. {Papiert de JUchelieti, t. VI, p. 755.)
DE LOUIS Xlil A BICHELIEU. 377
en deux camps. Beaucoup, parmi les députés, étaient dévoués à Richelieu et prêts à consentir au sacrifice qu'il leur demandait, mais plusieurs autres étaient hostiles au cardinal et lui refusaient l'argent qu'il réclamait parce qu'ils réprouvaient l'emploi que le ministre voulait en faire. Cependant, le 12 mars, l'assemblée accepta le principe de la taxe, mais les archevêques de Sens et de Toulouse, qui étaient présidents de l'assemblée, ayant refusé d'adhérer à ce vote, la discussion devint plus vive que jamais. Le 15 mars, Richelieu se plaignait vivement à Bouthillier de l'opposition qui était faite à ses projets et des retards qu'elle amenait. Il engageait le surintendant à presser les députés du clergé de consentir à l'impôt qui leur était proposé*. Enfin les deux archevêques s'étant décidés à accepter le principe de la taxe, comme le faisaient leurs collègues, un nouveau vote eut lieu le 19 mars, par lequel, dit le procès-verbal de cette séance, « fut résolu que, suivant l'avis de monseigneur le cardinal, l'assemblée accordait au roi quatre milUons de livres en trois années, si la guerre durait autant*. »
Ce vote ne contenta pas Richelieu. Le cardinal ne pouvait accepter quatre millions, il lui en fallait six. Les six derniers jours du mois de mars et les mois d'avril et de mai furent remplis par des négociations inutiles avec les membres opposants de l'assemblée du clergé •. Lassé enfin de tous ces retards et de l'opposition violente faite à ses projets, Richelieu se résolut à imposer arbitrairement une taxe qui lui
« Idem, t. VII, p. 280.
* Arch. des aff, ëtrang., France, 1041, six premiers mois, fol. 173.
• V. une lettre & Bouthillier, datée du 13 avril {Papiers de Richelieu, t. VII, p 282), et une autre du 18 avril, adressée aux présidents de l'assemblée {idem, t. VI, p. 775.)
paraissait nécessaire. Un des commissaires royaux délégués à Mantes, Michel d'Émery, intendant des finances, fut chargé d'expulser de l'assemblée les archevêques de Sens et de Toulouse et les évoques d'Ëvreux, de Maillezais, de Bazas et de Toulon, qui dirigeaient l'opposition des députés ^ C'est à cette mission de l'intendant des finances que Louis XIII faisait allusion en écrivant à Richelieu, le â4 mai, la lettre qui va suivre.
D'Ëmery exécuta fidèlement la mission qui lui avait été donnée. Le 3 juin il arriva à Mantes et exposa aux députés, dans un langage hautain, quelle était la volonté du roi^ Les prélats expulsés furent obligés d'obéir, mais l'assemblée s'empressa d'envoyer une députation au roi pour demander leur rappel, promettant en leur nom qu'ils ne s'opposeraient plus désormais aux propositions qui avaient été présentées aux députés du clergé '. Cette députation n'obtint aucune concession et revint à Mantes sans avoir réussi dans sa mission ^. Richelieu savait que les députés qui étaient restés en exercice lui étaient tous dévoués et qu'il en obtiendrait tout ce qu'il désirerait, aussi se souciait-il peu de faire revenir ceux qui jusqu'alors s'étaient toujours opposés à ses désirs. A partir de ce moment toutes les difficultés que rencontra encore le cardinal n'eurent que peu d'importance et furent toutes levées facilement*. Enfin le
* V. rinstruction qui fut donnée à d*Emery dans les demiert jonn de maL {Papiers de Richelieu, t. VI, p. 802.)
* V. la relation de la séance. {Bibliothèque nationale, fond* DupmM^ t. 590. fol. 140.)
* V. le procès-verbal des séances de l'assemblée du dergé. {Arek. des «/. étranç., France. 1641, six premier* nu>i*, fol. 495.)
* y. le mémoire adressé par Richelieu à l'assemblée vers le 10 juin. (P««» pier* de Richelieu, t. VI, p. 817.)
* Lettre à Bouthillier du 16 juillet. {Idem^ t. VI, p. 838.)
14 août, après bien des discussions de détail, les députés, ainsi que les commissaires royaux, signèrent le contrat par lequel le clergé s'engageait à payer toutes les redevances qui lui avaient été demandées*, et le 22 du même mois, l'assemblée se séparait après une session orageuse qui n'avait pas duré moins de six mois. Le 30 août, les députés vinrent à Amiens, où se trouvait Louis XIII, pour prendre congé de lui, puis chacun d'eux retourna dans son diocèse.
De DaDga *, ce 24 (mai) au soir, 1641 >.
Mess'* du clergé seront bien surpris et faschés quand ils -liront la lettre que M. Demery leur porte.
Je Yoy parce que vous me mandés que le siège Daire comance très bien i espère que nous en auront bône isue avec laide du bon Dieu *.
Je partiroy lundy dicy pour aler coucher a Goumay, mardy a Aumale et mercredy a Aboeville.
Je vous conjure davoir toujours bien soin de vous. — Louis.
Si M' des Noyiers vouloit venir icy je vous prie de le retenir auprès de vous y estant du tout nécessaire en cette saison ^. — {Arch. des aff, étrang, de Finance, t. V, fol. 309.) — (Original,) — {Ibid., 1641, six premiers mois, fol. 332.) — (Copie.)
I Arch. des aff. étrang. ^ France, t. 97, fol. 196.
* Le roi partait pour la Picardie. « Le 23 de ce mois, le roi partit de St- Germain et alla coucher à Vigni et le lendemain & Dangut. » {Gazette de France du 25 mai.)
3 Cette lettre a delà été citée par M. Avenel (t. VI, p. 804.)
^ Le maréchal de la Meilleraye avait commencé le siège d'Aire-sur-la-Lys
le 10 précédent. Cette ville se rendit le 26 juillet, après une belle défense et
une intervention inutile de l'armée espagnole.
* Richelieu était resté à Vigny, près de Pontoise . Ainsi que Louis XIII, il partait pour la Picardie. La sollicitude du roi pour son ministre allait jusqu'à chercher quelle était la meilleure route que pouvait suivre le cardinal. En même temps ou'il adressait à Richelieu la lettre que nous donnons ici» il écrivait, prooablement à Chavigni : u Je croy que les meilleurs logements que puisse prendre M. le cardinal sont R«bets, Gerboy, Carcu et Oisemont, pour moy lundy jiroy coucher a Ooumay, mardy a Aumale et mercredy a Abbeville. » {Même manuscrit, fol. 310.)
De Qaesnoy, ce 28 juin 1641.
Je VOUS remercie du soin que vous avés de moy je ne me porte pas bien depuis ier si il faut séjourner a Peronne je serois bien ayse de pouvoir demeurer un jour a Gorbie pour me purger en ayant ^and besoin S vous mavés* fait grana plesir de me faire savoir Tes nouvelles de larmée car jen estois en grand peine*, ie vous dône le bon soir. — Louis. — (I6id., t.V, fol. 3 H ,)— '(Original,)
CCXXXVI I
De Nelle, ce 26 sept. 1641.
Jenvoye des prés pour savoir de vos nouvelles * et vous porter des mus<]uats ae Ghasteau tiéry que je crains aui ne soient pas encore bien murs je vous prie den bien faire laire laisé et les bien faire laver avant que aen manger je vous dône bien le bon jour. — Louis.
Je men vas prendre médecine. — (lôidl.. t. V, fol. 312.) — (Original,)
CCXXXVI II
De St Germain, ce 25 9^» 1641.
Je VOUS remercie des 3 bdnes nouvelles que vous mandates ier au soir il en faut bien remercier Dieu et recognoistre les gr&ces quil nous fait tous les jours'*, je me porte ce matin beaucoup mieux que je nay fait depuis un mois je men va a la chasse je vous dône le bon jour. — Louis.
Jespère ^ans 4 jours estre prest a aler partout si il en estoit besoin. — (Ibid,, fol. 314.) — (Original.)
De St Germain, ce 26 ^'^ 1641.
Envoyant ce gentillôme pour savoir de vos nouvelles je vous
* Le roi, parti depuis le 25 juin d'Abbeville, n'arriva à Corbie que le 29 il V demeura trois jours, puis en partit pour aller à Péronne,
■ C'est l'armée du maréchal de Châtillon qui s'apprêtait à attaquer Sedan et les troupes du comte de Soissons et du duc de Bouillon.
s Richebeu était à Cliaulnes, où I^uis XIII le rejoijmait le 26 septembre.
^ Nous ne savons de quelles nouvelles Louis XIII veut parler. A cette époque, les armées françaises se battaient partout, en Catalogne, en Italie, en Allemagne! en Flandre ; aussi nous pensons que Louis XIII avait appris quelques-uns des faits de guerre du moment.
aseureroy que je me porte fort bien, si le temps se foit un peu je fois estât daler coucher a Versaille je vous recomande davoir toujour plus de soin de vous que jamais. — Louis. — (lôtdl., fol. 315.) — [Original.)
De St Gennain, ce 24 décembre 1641.
Le marquis ville mest venu dire adieu qui mademandé la reponce pour ma sœur je vous prie de me lenvoyier parce porteur la lettre quil ma aportée étoit de créance sur luy et force compliments, je vous aône le bon jour et vous recommande davoir toujours soin de vous.— Louis. — (Ibid., fol. 316. — (OriginaL)
De Marly, ce 28 décembrt 1641 K
Je vous remercie du soin que vous avés de moy ma santé va bien pour le reste j espère que le bon Dieu mexaucera je nay rien a vous mander ayant point afaires a Paris je ne manaueroy de my rendre jeudy prochain je vous dône le bon jour. — Louis. — (Ibid., fol. 317.) — {Original.)
De St Germain, ce 23 janvier 1642 '.
Je trouve bon que le parlement et les autres compares me viennent dii^ adieu samedy* ils pouront partir de Paris sur les onze heures du matin et ariver a ôt Germain entre deux et trois après midy autrement il les faudroit traiter oui est une dépence superflue* je me porte bien je vous dône le ton soir. — Louis. — {Ibid,, îo\. dis.) — {Original.)
ccxLin
De Besiers, ce 9 mars 1642 >.
Vous saurés par M. de Noyiers les résolutions que jay prises
■ Cette lettre est écrite au crayon.
* Cette lettre est également écrite au crayon.
* Louis XIII partit de Saint-Germain, pour aller prendre la direction des opérations militaires dans le Roussillon, le lundi 27 janvier.
^ Cette tendance de Louis Xlll à épargner au trésor public des dépenses nntiles est à noter chez un prince, dont le règne est remarquable par les énormes déboursés que nécessitèrent les grandes entreprises d!e la France à cette époque.
* Le voyage de Louis XIII s'était accompli par petites journées, car il
aujourduy avec M. le Grand maistre^ lequel s'en est retourné a Narbone ^pour marcher mercredy jespère avec layde du bon Dieu que tout ira bien songes seulement a vostre persone * ie vous aône le bon soir. — Louis. — (I6id., fol. 319.) — (Original,)
Le 21 avril 164â, Louis XIII quittait Nai^bonne pour aller prendre la direction du siège de Perpignan. Il laissait Richelieu dans un fâcheux état de santé. Arrivé à Narbonne le 12 mai;s, le cardinal avait eu, le 18, un premier accès de fièvre ; puis, un abcès s'étant formé à son bras droit, il s'était vu dans l'impossibilité d'écrire. A ses souffrances physiques venaient se joindre de vives préoccupations morales. n connaissait toutes les intrigues de Cinq-Mars, qui, ne quittant pas le roi, ne cessait de poursuivre auprès de lui la perte du cardinal. Il savait la présomption et les foUes visées du frivole favori, et, s'abandonnant à ses terreurs ordinaires, il craignait que Cinq-Mars ne réussît à profiter de son absence. Richelieu n'ignorail point que le grand écuyer serait infailliblement perdu s'il était convaincu de conspiration contre l'État. Les intrigues du jeune favori, son caractère inconsidéré et enclin aux aventures, sa correspondance active avec Monsieur, les nombreux courriers qu'il adreissait à Paris, avaient d'a-
n* était arrivé à Lyon que le 17 février et à MontpeUier que le 7 mars. Parti le même jour de cette dernière ville, il avait couché le 8 à Pésénas et était arrivé le 9 à Bésiers.
* Le maréchal de la Meilleraye. On sait qu*un mois plus tard, le 13 avriU il reprenait Collioure sur le» Espagnols.
* Louis XIII arriva dans cette ville le 11 mars.
pour atteinare ce out, sur i aiae ae l>ouis ajii lui-meme. on ne peut que s'étonner que des historiens judicieux d'ordinaire aient partagé la folie do ce jeune homme, et nous aient représenté Louis XIII comme complice de ses complots antipatriotiques.
bord éveillé rattention du cardinal, puis lui avaient fourni la preuve morale de la culpabilité de Cinq- Mars. Mais, pour convaincre le roi, une preuve matérielle était nécessaire, et Richelieu n'en avait pas. Il dut attendre.
La situation d'esprit où se trouvait le cardinal n'était pas de nature à lui faire recouvrer la santé. Son mal empira. Les médecins, dans l'impossibilité où ils se trouvaient de faire cesser les tortures morales qui déchiraient l'esprit de Richelieu, lui conseillèrent de quitter Narbonne, dont le climat était pernicieux, et d'aller respirer l'air salubre de la Provence. Richelieu hésitait à mettre une si grande distance entre le roi et lui dans un moment que ses craintes lui faisaient paraître critique pour sa fortune ; mais Louis XIII lui-même lui conseilla vivement un départ que la gravité du mal rendait nécessaire.
Le 23 mai Richelieu faisait son testament, et le 27 il quittait Narbonne. « Je pars, écrivait-il le même jour au roi, je pars en suivant le conseil de V. M. dont je ne pense pas pouvoir me mal trouver venant d'un si bon maître*. » Nous trouvons un nouveau témoignage de la sollicitude royale dans cette lettre de Richelieu du 4 juin 1642 : « Je recevray avec contentement les tesmoignages de l'affection de V. M. par qui que ce puisse estre, mais je n'en ay pas besoin pour m'en tenir assuré en ayant toujours reçu des effets pour le passé en toutes les occasions où on tasche le plus puissamment de l'ébranler*. »
A la même époque, où Richelieu écrivait cette
' Papiers de Jlichelieu, t. VI. p. 924»
« Idem, p. 925.
lettre il en recevait une de Louis XIII encore plus affectueuse que les précédentes.
Du camp devant Perpignan, le 3 juin 1642.
Jenvoye monsieur de Chavigny vous trouver sur le malheur arrivé au mareschal de Guiche, nous avons fait un mémoire des choses qui se peuvent faire la dessus, sur quoy me remettant je finiroy en vous asseurant que quelque faux Druit qu'on fasse courre je vous ayme plus que jamais et quil y a trop longtem{>s que nous sommes ensemble pour nous jamais séparer ce que je veux bien que tout le monde sachet — Louis. — (Recueil dAubéry, t. II, p. 841.) — [Histoire de Louis XUI, par le Père Griffet» t. III, p. 458.)
En quittant Narbonne, Richelieu se dirigea vers Tarascon. Malgré d'intolérables souffrances, il ne continuait pas moins à rechercher activement une preuve matérielle de la trahison dont il soupçonnait Cinq-Mars. Les espions du cardinal, partout en cam* pagne, lui adressaient chaque jour do nouveaux renseignements qui fortifiaient la conviction morale de Richelieu, sans lui permettre néanmoins de présen-
< Antoine de Gramont, comte de Guiche, maréchal de Franec depuia le mois de septembre 1641, et parent de Richelieu, dont il avaK épousé une cousine, s'était laissé battre à Honnecourt, près de Cambrai. Cette défaite ayant répandu aussitôt la terreur dans tout le nord de la France ; on redouta une nouvelle invasion ; on crut aue Tannée 1642 serait une nouvelle amm*^ de Corbie, et les ennemis de Ricnelieu ne manquèrent i>as d'exploiter ce fâ* cheux événement contre le ministre. Ils allèrent jusqu'à prétendre que le maréchal de Guiche avait reçu du cardinal le conseil de se laisser battre à dessein, afin de faire naître pour la France un grave péril dont le grand ministre seul était capable de la tirer. La lettre de Louis XIII preuve que, non-seulement le roi n'a point partagé d'aussi ridicules soupçons, mais encore qu'après avoir donne par écrit a Richelieu les plus réels témoignages de confiance, il a chargé Chavigni de lui renouveler verbalement ces témoignages. Il résulte, en outre, de cette lettre qu'aussitôt la défaite connue, Louis XIII s'est lui-même occupé des movens de la réparer. Du reste, le danger était peu sérieux, car les Espagnols, n'osant s'avancer dans le ccBur du pays, se bornèrent à faire quelques reconnaissances du coté de la frontière française.
ter au roi un document certain et irréfutable. C'est à Arles qu'il reçut, le 9 juin, un premier avis de l'existence du traité conclu avec l'Espagne au nom de Monsieur, du duc de Bouillon et de Cinq-Mars. Aussitôt Richelieu rédigea un mémoire dans lequel il instruisait longuement Louis XIII des actes du grand écuyer. Chavigni, porteur de ce mémoire, arriva le 12 à Narbonne, où se trouvait alors le roi. L'arrestation de Cinq -Mars résolue et exécutée, Louis XIII se mit en route pour aller rejoindre son ministre à Tarascon et préparer avec lui le procès des coupables. Le roi et Richelieu étaient également malades. Ce fut le souverain qui, après un long voyage accompli avec de grands ménagements, se fit transporter, le 28 juin, dans la chambre du ministre. Là, dans un état de santé déjà fort grave, tous deux couchés dans leur lit, ils condamnèrent les conspirateurs avant même la réunion du tribunal.
Après cette visite du roi, Richelieu, un peu. plus confiant en sa fortune, écrivait le lendemain à Louis XIII : « J'envoie savoir comment S. M. se porta hier de son voyage, priant Dieu de tout mon cœur qu'il luy ayt produit un aussi bon effect que jen ay receu de l'honneur de sa visite, qui me soulagea tellement qu'en me faisant panser à six heures, je levay mon bras tout seul à la veue de toute la faculté*... » Le roi, toujours aussi affectueux pour son ministre, lui répondit aussitôt :
29 jain 1642.
Je ne me trouve jamais que bien de vous voir je me porte beaucoup mieux depuis hier et ensuite de la prise de M. de
* Papier t de Hichelieu, t. VI, p. 951.
Bouillon gui est un coup de partie S jespère avec layde de Dieu gue tout ira bien et qui! me dônerala parfaite santé cest de quoy je le prie de tout mon cœur. — Louis. — {Histoire de Louis jJIl, par le Père Griffet, t. III, p. 473.)
Le même jour, Louis XIII se mettait en route pour retourner à Fontainebleau. Arrivé le lendemain à Bagnols, il écrivait de nouveau à Richelieu pour lui donner les pouvoirs les plus étendus sur les provinces du midi. .
De BagnoU, ce dernier juin 1642.
Mon cousin, estant contraint par la considération de mes affaires et par Testât auquel est vostre santé de vous laisser en ce pays avec très grand regret, je vous escrit cette lettre pour vous dire que ayant une confiance entière en vous mon intention est que vous y fassiez les choses qui regarderont mon service avec la mesme authorité que si jy estois que les ordres que vous envoyerez soit dans les provinces de deçà soit au dehors du royaume, a mes lieutenans généraux darmée ou a mes ministres soient aussi ponctuellement exécutés que les miens propres et gue vous pourvoyez aux choses pressées sans men doner avis, je suis asseuré que je ne saurois jamais mettre mes affaires en meilleure main et quelles ne vous sont pas moins a cœur qua moy, je vous conjure seulement de les faire sans altérer vostre santé qui mest chère au dernier point, je finiroy en priant Dieu quil vous la redone telle que je la désire. — Louis. — (Arch. des aff, élrang. France, t. iOl, fol. 146 et 143. — (Copies.) — {Recueil d'Aubéry, t. II, p. 841 . --{Histoire de Louis nÛ, par le Père Griffet, t. III, p. 48f.)
De Monceaux, ce 10 septambre 1642.
Je VOUS envoyé un projet que jay dressé des armées pour lannée qui vient vous le trouvères disposé pour aler de tous les cestés ou on peut entreprendre a mon avis qui sont ou continuer*
* Le duc de BonUlon avait été arrêté à Casai le 23 juin.
* Cette lettre contient trois portions de phrases chmMes, que nous ■'«• vons pas traduites, n'ayant pu, malgré toutes nos recherches, trouver U def du chi Are dont Louis XIII s'est servi ici.
OU attaquer ou aler vers la ce que je trouve très dificile
si vous trouvés ledit projet bien je feroy les logements du cartier diver sur iceluy je loge les troupes qui sont présentement avec le Halier dans la Loraine Barois et Champagne du costé de Bourgogne et le reste des reg^* qui ne sont delarmée du halier en Bourgogne il y a cette heure cinq reg** dinfanterie que je loge au milieu de tout (come vous verres dans le controole) pour tourner de quel costé que on voudra faire la grande ataque avec 3 reg'" de cavaleries et 4 comp"*"»» de gens darmes de quel costés que ce corps aille larmée sera considérable.
Larmée de picardie je la logeroy depuis la rivière doise jusques derrière la seine et quelques reg*» dans le boulonois la 3®™° qui est celle présentement du mar"* de Guiche entre loise et laine. — Louis.
Pour ce qui est de la séparation des troupes qui sont maintenant en Rousillon et catalogue je men remets a vous.
Je nay rien adjouté a mon mémoire depuis que courteille est revenu que larticle ci dessus^.
M» de Chavigny et de noyiers exécuteront de point les 2 derniers mémoires que vous avés envoyés. — A Livry, ce 20 septembre 1642*. — Louis. — {Arch» des. aff. étrang,^ France, t.V, fol. 320.)