Fille d'honneur de la Reine Anne d'Autriche
voulu consentir: il n'y a point d'autre village que Hamel, où loge la cavalerie, qui bat l'estrade' de la nuit. J'irai demain sur les lieux pour voir tout ce qui s'}' pourra faire; cependant, j'ai ordonné la garde très exacte pour cette nuit. Mon frère est venu ici, qui m'a dit que, à cette heure qu'il était bien logé, qu'il fallait faire demeurer l'armée delà dix ou douze jours; je lui ai dit que la cavalerie n'y pouvait subsister longtemps; il n'a su que me répondre.
La cavalerie demande l'avoine; vous en parlerez à M. le chancelier.
Louis.
Il semble que mon frère ait pris résolution de ne s'en plus aller.
Dcmuin, i8 octobre 1636.
Je trouve bon qu'on ne donne point d'avoine aux étrangers ' et aux carabins.
Il y a trois jours que M. de Chàtillon m'avait promis de faire tracer ce fort; si on est toujours dessus, ils ne font rien. J'y eusse été aujourd'hui sans un peu d'émotion que j'ai eue cette nuit, avec un flux de ventre qui m'a empêché de dormir, lequel me dure encore; j'ai pris un petit remède ce matin; je m'en vas prendre médecine pour être en état d'aller demain au camp.
Je m'assure que La Roche ira bien vite à ce fort, car la terre est fort bonne. On travaillera demain matin aux lignes de deçà; le mauvais temps a été cause de quoi on n'a rien fait ce matin. Il est très à propos de faire la tête- de Chcàtillon, devant que travailler à celle de Fonteno)'. Je donnerai ordre aux huttes, afin qu'elles ne soient pas si pressées, ^'oyant que je ne pouvais aller au camp, j'y ai envoyé M. d'Angoulême et Chavign\- avec pleine instruction.
Louis.
Demuin, le 20 octobre 1636.
Il est nécessaire de faire fournir mercredi de l'avoine pour les 600 chevaux qui doivent entrer en garde aux lignes parce que ils demeureront vingt-quatre heures, et ensuite pour toutes les gardes qui se feront dudit côté.
Louis.
Lettre 326. — Archives de Chantilly.
1. Battre l'estrade, surveiller les routes, faire le service de reconnaissance. I. Régiments étrangers. — 2. L'ouvrage de fortification. Lettre 328. — Archives des affaires étrangères, à Paris. ~ Topin.-(CLXV.)
Demuin, 22 octobre i6j6.
Il est nécessaire d'envoyer les tourbes pour les corps de garde au bac à Dour.
Il faudrait avoir quelqu'un qui ait le mc-inc soin du paiement des travaux que .M. de Chartres.
.M. le Comte commence déjà à faire le protecteur des gens de guerre, disant que la cavalerie ne peut subsister si on ne l'envoie au loin, qu'il la faut épargner, que pour lui, si il en était cru. que on la logerait mieux, plusieurs autres discours comme cela.
Louis.
Deiifuin, le 26 octobre 1656.
Mon cousin, le marquis de La Force m'ayant témoigné le désir de venir avec moi, je crus lui devoir permettre, ayant toujours besoin de quelqu'un à celte heure que je ramasserai des recrues; je vous enverrai mon cousin le duc d'Angoulème qui vous dira toutes nos résolutions.
Louis.
Chantilly, 8 novembre 1636.
Mon cousin, j'ai vu par le mémoire que vous m'avez envoyé par Saint- Preuil que M. de La .Meiileraye vous avait dit que je ne voulais point absolument le siège de Corbic par force. Je lui ai bien dit que la saison était fort avancée, et que tout le monde criait contre à Paris, et que je ne voyais pas que la chose fût si faisable qu'on le disait', et que mon sentiment n'y était pas si le mauvais temps qu'il faisait, à l'heure que je lui parlais, durait; toutefois je m'en remettrais à vous; il fit ce qu'il peut afin de me dissuader, même des batteries. Je lui répondis que
Lettre 329. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.- (.'LXVI.)
Lettre 330. — • Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-iCLXVIL)
Lettre 331. — Archives de Chantilly.
1. On voit que Louis XIII était d"avis de maintenir l'investissement de Corbie,mais qu'il ne crovait pas, avec la mauvaise saison et les moyens dont il disposait, pouvoir faire un eiège en règle.
pour les dites batteries j'étais d'avis qu'on les fit et que, quand elles seraient faites, peut-être le temps se ferait beau, et que on pourrait pousser en avant; voici tout ce que je dis; M. de Chavigny était présent, qui vous pourra dire la même chose. Je suis tout prêt à retourner à l'heure même que vous le manderez.
M. de Chavigny vous fait réponse sur les autres points de votre mémoire. Je me porte fort bien, grâce au bon Dieu, lequel je prie vous vouloir conserver aussi longtemps que le souhaite la personne du monde qui vous aime le plus.
Louis.
Chantillv, 13 novembre 1636.
Mon cousin, je vous envoie dans le mémoire joint à cette lettre les troupes que j'estime devoir demeurer en garnison à Corbie', afin que vous les y fassiez entrer après que le régiment de mes gardes en sera sorti. Je n'estime pas qu'il faille retirer mon armée de la circonvallation, qu'on n'aie fait abattre tous les travaux qui ont été faits tant pour la dite circonvallation que pour l'attaque de force, e.xcepté la demi-lune de Campiz et le fort du marquis de La Force, que je désire être gardé, ce à quoi vous tiendrez la main, afin que le tout s'exécute selon mon intention. Je désire aussi, lorsque les ennemis sortiront vendredi, que mon armée soit en bataille, et que vous fassiez défense sur peine de la vie de mettre le feu dans le camp, que vous donniez ordre qu'on porte les meilleures huttes dans les dehors de la place et aux lieux qui seront choisis sur les remparts, pour hutter la garnison que j'ordonne y être mise, à cause du mauvais air, et que vous fassiez conserver dans Corbie les corps de garde et grands couverts qu'on avait faits pour la cavalerie dans la circonvallation. Je m'assure que vous ferez exécuter bien ponctuellement et avec soin les ordres contenus en cette lettre, comme important au bien de mon service. Sur ce, je prie. Dieu vous avoir, mon cousin, en sa sainte garde.
Louis.
Je désire que le sieur du Hallier aille en Champagne avec les troupes de cavalerie, ainsi que vous verrez par le mémoire des logements de la cavalerie que je vous envoie.
Lettre 332. — Archives de Chantilly.
I. Louis XIII avait vu juste. Corbie épuisée capitula, et fut remise aux troupes françaises le 14 novembre.
Pont de Neuilly', 18 novi-mbri,- 1O36.
.Mun cousin, .M. le Comte 'est arrive ce matin, auquel j'ai fait la meilleure chère que j'ai pu ; je lui ai montré ensuite le projet que j'avais fait des garnisons ; il m'a demandé si je m'étais donné la peine de le faire moi-même; je lui ai dit que oui, et que je l'avais fait transcrire à Lucas, parce qu'il était trop brouillé. Il m'a dit :
« S'il vous plait me bailler ledit mémoire, je le ferai exécuter de point en point pour les troupes qui vont en Champagne, lesquelles je conduirai moi-même dans les garnisons. » Je lui ai dit que cela ne méritait pas qu'il y allât. Il m'a extrêmement pressé de retourner h l'armée et ensuite en Champagne; je lui ai remontré plusieurs fois que cela n'était nullement nécessaire, et que. même si il y avait quelque chose à faire, ce serait du côté de la Bourgogne, où un maréchal de camp suffirait pour mener les troupes à M. le prince pour les raisons qu'il pouvait bien penser sur le commandement.
Il n'a pas laissé de persister toujours à vouloir y aller, et disait qu'il n'y voulait être que quinze jours: toutefois, si je ne voulais pas absolument, qu'il obéirait, mais qu'il avait bien peur qu'on eut bien de la peine à faire recevoir garnison à ces grandes villes sans sa présence. Je lui ai fait connaître et dit doucement que je ne voulais pas qu'il y allât; à même temps les larmes lui sont venues aux yeux, et n'a rien répondu. Il m'a dit qu'il n'avait rien ici, et qu'il s'allait cacher à Paris pour deux ou trois jours, jusqu'à temps que son train fut venu. J'ai reconnu son esprit fort ulcéré. Il m'a prié ensuite qu'on exemptât Soissons de garnison, ce que j'ai cru lui devoir accorder.
Il dit aussi que Reihel et Chàtcau-Porcien sont tous pleins de peste. Je lui ai baillé de mes chevaux pour aller à Paris. Nous nous sommes séparés fort civilement en apparence, mais en effet je crois qu'il n'est pas content.
J'ai reçu un billet de M. de Chavigny, de Paris, trois heures après que .M. le Comte était parti d'auprès de moi, par lequel vous me mandiez que je lui dise que je vous allais envoyer l'état des garnisons; il croira bien, par mon discours que je lui ai fait, que Vous ne l'aviez encore vu, et que je vous le dois envoyer.
Pour Nanteuil, je lui en ai parlé comme s'il en eut déjà su quelque chose; si j'eusse reçu votre billet à temps, je lui en eusse parlé comme vous me le mandiez.
Lettre 333. — Archives de Chantilly.
I. \euilly-sur-Seine. prés Paris. — 2. M. le comte de Soissons quitta Paris avec Gaston d'Orléans dans la nuit du 19 au 20 novembre, et recommença à comploter contre Richelieu. M. le Comte allait même essaj-er de révolter la Champagne; il fut tué à la bataille de la Marfée, en 1641.
28o LETTRES DE LOUIS XIII A RICHELIEU
Je m'en vas h ^'e^sailles, la peste s'étant réchauffée à Saint-Germain depuis deux jours: assurez-vous toujours de mon affection.
Louis.
J'oubliais à vous dire que M. le Comte s'en voulait retourner ici demain matin.
Versailles, 20 novembre 1636.
Alon cousin, je vous envoie ce gentilhomme en diligence sur l'extraordinaire surprise oià je suis de ce que je viens d'apprendre du parlement de mon frère' et M. le Comte avec lui. Je suis extrêmement en peine de vous, ayant peur qu'il n'ait quelque dessein contre votre personne. Je vous prie que j'en puisse apprendre au plutôt des nouvelles pour me mettre hors de peine.
Il me semble qu'il est à propos de faire avancer quelque cavalerie de deçà. Je ne doute point que. sur la nouvelle de Saint-Preuil, vous n'ayez donné ordre à toutes les places de Picardie. Dès que j'ai su la chose, j'ai donné ordre à M. de Chavigny- de le faire, comme aussi de tous côtés; je ne sais s'il le fera, étant si éperdu qu'il ne sait ce qu'il fait.
Je m'en vas encore envoyer pour faire exécuter tout ce que dessus. Je me rendrai demain matin à Paris pour donner ordre à tout le reste. Assurez-vous que je vous aimerai jusqu'au dernier soupir de ma vie.
Louis.
Versailles, 24 novembre 1636.
Mon cousin, j'envoie ce gentilhomme pour me rapporter de vos nouvelles.
J'eusse été vous attendre h Rueil, rnais, jugeant que vous serez harassé du chemin et que vous aurez plus de besoin de repos que de visites, j"ai remis à demain à vous aller voir, en étant en extrême impatience.
Rames doit venir ici demain matin pour avoir la réponse à la lettre de mon frère: vous m'enverrez la dite réponse, si vous jugez que je la doive faire avant que de vous avoir vu: sinon, je le remettrai au temps que vous me manderez, ne
Lettre 334. — Archives de Chantilly.
I. Gaston d"Orléans, toujours indécis, se sépara rapidement du comte de Soissons, et se retira à Blois dans son apanage. — 2. Il faut se rappeler que Chavigny joignait à toutes ses charges celle de chancelier du duc d'Orléans.
Lettre 335. — Archives de Chantilly.