I.K CARACTKRE DE LOIIS Xlll
Il plaisante de bonne heure sur toutes choses, mais en un tel langage qu'on ne peut presque rien reproduire. On pourrait taire un livre bien extraordinaire avec « les joyeux propos de Louis XIII ».
Sa première manifestation de dignité est amusante : « Mamanga faut pas tourner le ...à Mousseu le dauphin. » A trois ans, on lui donne le Saint-Esprit. M""^ de Ventelet lui attachait le ruban bleu à son cotillon; il voit que le ruban tombait un peu sur le derrière, et se prend à dire en riant : " Oh! oh! je pense, vous voule::^ faire mon ... chevalier >•; puis, le voyant encore plus en bas: " Oh! oh ! mon ... est chevalier » .
Là où son caractère s'affirme avec une rare précocité, c'est dans la résistance à la volonté du Roi, qui voulait lui imposer la société de ses autres enfants. Dès 1604, Henri IV avait trois enfants de Gabrielle d'Estrées : César, duc de Vendôme, Alexandre, le futur grand prieur, et M"^' de Vendôme; deux delà marquise de Verneuil : Henri, duc de Verneuil, et M"'" de Verneuil. A mesure que la Hste s'allonge, la répulsion du Dauphin augmente, et, quand on lui parle du fils de la comtesse de Moret, il répond en précurseur du brave Cambronne. Par contre, il accueille fort bien tous les enfimts de sa mère Marie de Médicis.
Sa vie s'écoule assez uniforme, coupée de temps en temps par des voyages à Fontainebleau. Le jeune Louis est toujours accompagné de Mamanga, qui le fouette, et du bon Héroard, qui le soigne, se prête à ses caprices, tenant jour par jour ses mémoires.
D'innombrables reparties montrent un esprit avisé. M. le chevalier de Vendôme lui contait des histoires, parlant de grands loups qui avaient des hures; il répond : " Non, ce ne sont pas les ionps, ce sont les sangliers, qui ont des hures. » A trois ans, son éducation cynégétique était donc fort avancée.
Les questions d'étiquette l'occupent beaucoup; on ne doit point rester couvert devant " Mousseu h dauphin ». Un jour qu'il s'amusait à jouer avec d'autres enfants, il les fit ranger autour de lui et dit : « nous tenons le conseil », ainsi qu'il le voyait faire à son père. Comme sa sœur, -< Madame », s'approchait : " Oh! oh! dit-il, vêla Madame qui s approche. Allei-vous-en, il ne faut pas que les files soient au conseil ».
La reine xMarie de Médicis était restée tout à fait italienne, vivant avec ses
favoris; clic parlait à peine français. Quand clic souffre, elle s'écrie : " Oimé, je iiioriu'. - 1-llc rect)mniandc d'a\()ir bien soin del Dcljhio c délia noiri7^:[a. Un jour, elle demande de\ant son fils du ■' soiicre », l'entant rectifie du « sucre ».
Le Dauphin détestait les Espagnols, " les ennemis de papa »; il avait on horreur les « amis de maman », tous ces Italiens de Fentouragc de la Reine. Le célèbre maréchal d'Ancre et sa femme, qu'iléroard appelle irrévérencieusement le Conchino et la Conchine, étaient en butte à ses plaisanteries. Les autres courtisans de la Reine étaient traités de la même taçon. Un jour il demande à un page italien : " Comment vous appelei-voiis? — Je m'appelle Pet rousse (c'était la prononciation française de son nom Petruccii. — Vous vous appelé^ Troussepet », dit le Dauphin.
L'âge \enant, on lui donne des précepteurs, puis un gouverneur, .\L de Souvré, et Héroard note les progrés plus ou moins grands de son royal client, peu porté, au début, pour l'étude.